
Mon enfance à São Francisco do Sul au Brésil
Je suis née à São Francisco do Sul au Brésil, il y a de cela 18 ans. Cette histoire s'est passée alors que je n'avais que 3 ans. Ma mère m'avait emmenée manger au restaurant avec un de ses amis. C'était l'été, le restaurant se trouvait à environ dix kilomètres en dehors de la ville, sur le bord de la grande route qui allait vers Rio. Nous le connaissions bien car il appartenait à une très bonne amie à ma mère.
Au-dessus du restaurant se trouvait l'appartement de cette amie, qui avait des triplettes, trois petites filles de mon âge avec lesquelles je jouais pendant que ma mère discutait. Mes trois petites copines m'emmenaient dans leur chambre et on y refaisait le monde à notre façon. Ma mère n'avait aucune raison de s'inquiéter...
L'enlèvement : la soirée où tout a basculé
Ce soir-là, maman avait décidé de rester après la fermeture du restaurant pour discuter avec son amie qu'elle n'avait pas vue depuis plusieurs mois. Pensant que j'étais en train de jouer avec mes copines dans leur chambre, elle ne se faisait aucun souci. Ce qu'elle ne savait pas, c'est que mes copines étaient couchées et que, par conséquent, j'étais partie m'amuser toute seule devant le restaurant.
Au bout d'un moment, je commençais à être terriblement assommée par l'ennui. Je voulais rejoindre mes autres copines qui habitaient dans le centre-ville. Je n'avais aucune notion de la distance qu'il me fallait parcourir, ni de l'heure qu'il était, mais j'étais fermement décidée à me rendre chez elles.
À ce moment, un homme assez grand et plutôt mince, les cheveux noirs coupés court, sortit de la nuit et s'avança vers moi.
— Qu'est-ce que tu fais là toute seule en pleine nuit ? me demanda-t-il d'une voix très douce.
— Je vais chez mes copines, répondis-je, déterminée comme jamais.
— Et où est-ce qu'elles habitent, tes copines ?
— Là-bas. Je montrais du doigt la direction de la ville dont on pouvait apercevoir les lumières au loin.
— Viens, je t'y conduis.
Il me tendit la main de manière très sereine, comme si c'était la réaction logique à ma requête, et nous partîmes dans la nuit...
L'alerte et les recherches policières
Pendant ce temps, ma mère dit à son amie qu'elle devait partir car il fallait qu'elle se lève de bonne heure le lendemain. Elle lui demanda s'il était possible de monter me chercher dans la chambre de ses filles. L'amie de ma mère lui répondit qu'il était impossible que je sois là-haut car ses filles dormaient depuis plusieurs heures déjà, et qu'en montant les coucher elle ne m'avait pas aperçue. Mais elle ne s'était pas inquiétée car elle croyait que je m'étais endormie dans la voiture de ma mère, comme je le faisais souvent.
Ma mère et l'ami qui l'accompagnait me cherchèrent dans tous les recoins possibles et inimaginables, sans la moindre piste à suivre.
Maman était terrifiée, elle ne savait plus quoi faire. Par chance, son ami était policier et dès qu'ils eurent remarqué ma disparition, il appela le poste de la ville et mit toutes les patrouilles à ma recherche. São Francisco do Sul est comme une île : le seul moyen d'en sortir et d'y rentrer, c'est de passer par un pont. Alors l'ami de ma mère posta des patrouilles de chaque côté du pont. Ils avaient pour ordre de fouiller toutes les voitures qui sortaient de la ville. Les recherches se poursuivirent jusqu'au petit matin...
Le dénouement au lever du soleil
Je voyais le soleil se lever. Je n'avais pas dormi de la nuit. L'homme et moi étions sur la plage, assis en terrasse d'une espèce de petite pagode en bambou, et je mangeais une glace.
À partir de ce moment, tout s'est passé très vite. Trois voitures de police débouchèrent du coin de la rue et s'arrêtèrent net devant la pagode. L'ami de ma mère bondit de l'une d'elles. Il courut jusqu'à la table, empoigna l'homme, le plaqua contre le capot d'une des voitures, lui mit les menottes et lui infligea un sévère coup de poing dans la figure. Puis il le fit monter dans la voiture qui redémarra aussi vite qu'elle était arrivée, et l'emmena.
Ma mère courut vers moi en pleurs. Elle me serrait si fort que j'en avais du mal à respirer. Je lui dis :
— Il est parti où, le monsieur ? Il va revenir ? Il était gentil.
Mon témoignage et mes réflexions aujourd'hui
Voilà mon histoire. Cet homme ne m'avait fait aucun mal, et je n'en garde (étrangement) qu'un bon souvenir. Je ne sais pas ce qu'il est devenu, et malgré ce qui s'est passé, j'espère qu'on ne lui a pas fait de mal. Je sais que cela peut paraître bizarre, mais c'est comme ça que je le ressens. Cela ne veut pas dire pour autant que ce que cet homme a fait est pardonnable, et je sais aussi que j'ai eu beaucoup de chance car les choses auraient pu très mal tourner. Si vous avez des réactions à cette histoire, surtout n'hésitez pas à m'envoyer un message.