
Pourquoi remettre en question la capture de Saddam Hussein ?
Pourquoi avoir écrit un article qui tente de décrédibiliser toute l'histoire de la capture de Saddam Hussein ? Tout simplement pour qu'on réfléchisse un peu plus loin, qu'on essaie de voir quels auraient pu être les mensonges destinés à améliorer et enjoliver l'histoire, comprendre les enjeux, et prendre du recul face aux médias qui nous assomment de scénarios hollywoodiens.
Saddam Hussein : le méchant parfait du cinéma américain
Dans la lignée des grands « vilains » des superproductions américaines, Saddam Hussein a depuis environ une décennie été présenté comme le méchant du monde, l'homme responsable du mal, l'homme à abattre, le diable réincarné. D'un autre côté, nous avons le héros : George Bush. Il est gentil, un peu naïf, très croyant, et rien ne l'arrêtera pour servir son pays. Nous avons là les deux ingrédients principaux d'un succès cinématographique américain.
On y ajoute un soupçon de revanche car, comme dans tous les bons films, le héros veut venger son père d'une défaite face au mal. Un peu de tyrannie, d'innocents tués, des explosions, une menace qui pèse sur le monde entier, des traîtres, des alliés kamikazes, des bras-droits, des soldats, des héros américains sauveurs du monde, et un décor exotique. Voici le plus grand blockbuster de tous les temps.
La capture : un scénario hollywoodien ?
Après une lutte contre son ennemi juré, George décide de tenter le tout pour le tout et envoie 600 soldats à la recherche du démon. Et comme dans tous les films, c'est là où on ne pense pas chercher que se trouve le méchant. On a fouillé tout l'Irak, sans penser qu'il serait tout bêtement caché dans sa ville natale : Tikrit.
Saddam Hussein est très malin aussi. Sachant qu'on n'irait jamais l'embêter dans une ville aussi probable, il savait que George le chercherait dans tous ses merveilleux palais, mais jamais il n'aurait l'idée de venir dans une vieille ferme pourrie. Mais George est un futé, et à l'approche des élections, il a ce coup de génie et décide de fouiller la ville natale de son ennemi.
Les quelques soldats parviennent jusqu'à une petite ferme, semblant être abandonnée. Un vent poussiéreux balaie les quelques brindilles jonchées sur le sol. Un décor digne d'un des meilleurs westerns.
Le trou : décryptage d'une mise en scène
Il est 20 heures lorsque les braves soldats américains découvrent une sorte de trappe dans le sol. Pensant à une astuce, les marines décident de se méfier de ce petit trou... Ils interviennent donc et découvrent avec joie et surprise que ce cher Saddam s'est caché à l'intérieur.
Toute l'ironie du film se déroule à ce moment-là : ce dictateur, riche et puissant, possédant des palais parmi les plus somptueux, est réduit à l'état de loque humaine par les gentils sauveurs. Il lève les mains en capitulant, se rend pitoyablement et nous assistons alors à un dialogue hollywoodien :
Saddam : « Je suis Saddam Hussein »
(Il faut que tout le monde le reconnaisse puisqu'il arbore une magnifique barbe de 9 mois. Et comme les méchants sont bêtes, il ne lui serait jamais venu à l'idée de se faire passer pour quelqu'un d'autre, il préfère tout de suite donner son nom.)Saddam : « Je veux négocier »
(On ne sait jamais, peut-être que les soldats américains sont cupides et risquent d'accepter un compromis.)Le marine : « George Bush vous salue »
L'humiliation télévisée du dictateur
Ah, que c'est bon. Le fameux méchant, riche et puissant, tel un clochard se rend lamentablement. Le peuple est content, il y a presque 10 Irakiens qui témoignent dans les rues de leur joie, les autres préférant allumer des voitures afin de communiquer aux policiers et aux représentants américains leur gratitude. Le monde pousse un grand cri de soulagement.
Les autres politiciens de chaque pays, qui n'avaient pas cru en George, sont obligés de se soumettre à leur tour, en respectant ce grand monsieur qui a osé affronter l'armée la plus dangereuse du monde, où leur chef possédait des bunkers et des forteresses quasi imprenables : un petit trou protégé par une dalle en polystyrène expansé et un sac en plastique.
Pour peaufiner le tout, il faut évidemment prévoir un moment de ridicule pour le méchant. On va pour cela lui faire passer une visite médicale. On va le mettre en slip devant des millions de personnes, le raser et le teindre pour lui redonner son apparence afin que tout le monde le reconnaisse, et surtout ne pas oublier de mettre des gants, pour rappeler au monde qu'il est pire que méchant : il est contagieux.
À prévoir également : de la publicité clandestine afin de remercier les différents sponsors. Pour cela, on jonchera la cachette du méchant de différents produits américains et étrangers. Merci aux barres chocolatées Mars et au shampooing Dove.
Générique de fin
- Réalisateur : Gouvernement américain
- Producteur : Gouvernements américain, espagnol et anglais
- Scénario : CIA
- Acteurs : Saddam Hussein, George Bush, et merci à tous les figurants qui ont contribué au succès et à la crédibilité du film : Jacques Chirac, Silvio Berlusconi, Gerhard Schröder et Louis Michel
- Special Guest Star : Oussama Ben Laden
- Coordination : CNN, Al Jazeera, TF1, RAI UNO, RTL TVI, BBC, TVE, et toutes leurs petites sœurs.
Épilogue
On prévoit déjà un numéro 2, qui se déroulera en Irak et où le méchant Saddam va évidemment s'échapper pendant son procès, aidé par son collègue Oussama, et où le mal va reprendre un peu le dessus en écrasant des engins sur les bâtiments européens et américains. On prévoit un scénario hyper-catastrophe du style Armageddon, mais où les États-Unis vont une fois de plus nous sauver de toutes ces horreurs, comme en 1945 ou en 2003, et à chaque fois que le monde fut menacé. Merci les USA !
Mon avis
Le vrai Saddam a bien été attrapé, mais toutes ces enjolivures qu'on place autour de cette affaire sont à mon avis trop lourdes et trop clichées. On présente le tout comme la fin d'une tyrannie alors que le gouvernement US place les hommes choisis par leurs soins au gouvernement provisoire irakien. À leur tête : un barbu avec un turban.
Loin de moi l'idée de faire des amalgames, mais on se souvient tous comment ils ont placé Saddam, Oussama ou Pinochet au pouvoir afin de mieux les combattre par la suite. On n'exagère à peine quand on lit cet article, et j'en suis convaincu, des personnes sont payées à plancher sur des scénarios de ce type, et à fournir au monde à l'aide des médias, leur version des faits.