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Essais

Rupture (1)

Sur son lit de mort, Patrick écrit une lettre bouleversante à sa femme Ema. Séparés par la Première Guerre mondiale, il lui révèle enfin les secrets de son passé et l'histoire d'amour tragique qui l'a marqué à jamais.

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Le 15 juin 1917

Chère Ema,

Je t'écris cette lettre en espérant que Dieu me donne plus de temps pour lire ta réponse. Les enfants me manquent, mais toi plus encore. La guerre est de plus en plus féroce. Je suis blessé, mais ce n'est pas grave, ne t'inquiète pas.

Je voudrais, avant de mourir, te raconter ma vie, te raconter les causes de rupture dans mon âme. Tu te demandais toujours pourquoi ce froid dans mon comportement avec toi, pourquoi je n'essaie jamais de m'attacher à notre famille ? Eh bien ma chère, tout ceci n'a qu'une seule réponse : la peur.

La peur de subir la même expérience qu'il y a 15 ans. Je vais te raconter l'histoire de mon passé, la cause de mes soucis. Mais je te demanderai seulement de tout lire. Je sais que ce sera dur pour toi autant que ça l'est pour moi. Alors voilà :

J'étais jeune, j'avais 20 ans, perdu dans mes rêveries. Je cherchais le vrai sens de la vie. J'essayais d'être Dom Juan dans ses aventures. J'ai connu plusieurs femmes car mon rond social me l'assurait. J'étais, et je suis, propriétaire d'une usine au Maroc, ce qui me rendait célèbre dans le monde bourgeois. J'étais l'amant de plusieurs femmes, les plus belles d'entre elles.

Mais un jour, alors que j'étais en voyage d'affaires, je me promenais dans le jardin d'Angleterre. Une perle est passée devant moi : elle était blonde, de teint blanc et à la silhouette svelte. Une beauté et une élégance de gestes. Elle m'avait obligé à la remarquer. Je l'ai vue le lendemain et ne pus m'empêcher de l'inviter au déjeuner. Lors de notre conversation, je sus que son nom était Julie, originaire de France, de grande famille. Elle s'était installée ici pour profiter de la beauté de l'Angleterre. Elle était si douce que j'eus envie de partager avec elle une balade en forêt, puisqu'elle était si fascinée par la nature. Mais ma surprise a été grande lorsqu'elle m'a invité en premier.

Le temps s'est vite passé lors de notre balade. J'ai découvert, de jour en jour, son caractère exceptionnel : elle pouvait transformer un paysage normal en paysage magnifique.

Les mois passèrent et je la demandai en mariage. Nous étions heureux. Chaque année, nous passions une semaine dans le chalet de Bretagne. La vie était belle à nos yeux.

Mais lors de notre dernière balade, Julie eut un mal de tête puis s'évanouit. Je l'emmenai à l'hôpital et c'est là que le docteur me dit :

« Navré, monsieur Brille, votre femme a peu de temps à vivre. Elle souffre d'un cancer du sein et malheureusement, nous n'avons encore pas trouvé de remède à cette maladie. »

Je me souviens de cette phrase comme s'il me l'avait dite il y a une minute. Ma tristesse était profonde. Je ne pouvais l'affronter et lui dire la vérité. C'était dur, vraiment dur.

Je décidai alors de la faire vivre, de lui montrer toutes les belles choses de la vie. Nous allâmes faire un tour du monde. J'essayais de vivre chaque minute avec elle. Je sentais que Julie était comme la fleur qui fanait jour après jour.

Un jour, quand nous étions au bord de la rivière, elle me dit :

— Écoute mon chéri, je t'aime et je ne voudrais pas que tu souffres à cause de moi. Alors promets-moi que si je meurs...

Je l'interrompis en lui disant :

— Je mourrai avant toi, ne t'inquiète pas.

Elle me regarda longuement puis m'embrassa en disant :

— Je sais que c'est difficile mais j'ai peur que ma vie soit plus courte que la tienne. Alors promets-moi que si je meurs, tu continueras à vivre normalement.

— Je ne peux pas ma chérie. Tu es la fleur de ma vie, la lumière de mon passé. Je t'aime. Je ne pourrai jamais vivre sans toi.

— Chut, ne dis pas ça. La vie continue pour toi, alors que sa fin est proche pour moi. Alors promets-moi que tu aimeras une femme, tu vivras avec elle, vous aurez beaucoup d'enfants. Et surtout, souviens-toi toujours que tu es le seul homme dans ma vie, que tu es le seul homme que j'ai aimé, que tu es mon passé et mon présent, et que je t'aime.

Julie savait qu'elle allait mourir, elle le sentait.

Le lendemain, Julie mourut et laissa un grand vide dans ma vie. Je lui avais promis de faire ce qu'elle voulait. Mais notre rupture était si dure. J'avais le sentiment du vide, comme si une partie de moi était partie avec elle. J'éprouvais un grand attachement à sa personne.

Vois-tu, ma chère Ema, cette expérience m'a servi de leçon. Elle m'a appris à ne jamais m'attacher à une personne, car la rupture, on ne la choisit pas : c'est elle qui vient.

Après ce drame qui a encore ses traces dans mon cœur, j'ai essayé d'honorer ma promesse et de vivre normalement. Je me suis installé au Maroc où j'ai passé de merveilleux moments. Ma fortune grandissait jour après jour. J'ai changé, mais je n'ai rien oublié...

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hackergirl
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