
Quand tout était simple et beau
Retour en arrière à l'époque où tout était pur, simple et beau. Un monde où seule l'envie de rendre heureux guidait nos pas. Un monde où je vivais avec mes amis, qui maintenant ont leur propre vie.
Bref, je me souviens du ciel bleu chaque matin qui s'étendait au-dessus de nos têtes ; des arbres qui étendaient leurs branches jusqu'à nos visages émerveillés. Son regard qui pénétrait dans mon cœur et voyait tout ce qu'une enfant peut ressentir. Son sourire qui me disait de rire encore, tant que la joie était dans mon cœur. Il me regardait encore et toujours.
Puis un matin, il est parti, il nous a tous quittés. Un long voyage, je ne sais pas exactement où, mais je sais que je ne le reverrai plus, ou alors dans très longtemps. Dès cet instant, tout a basculé : la vie, la joie, les rires. Le ciel bleu s'est noirci. Du moins, c'est l'impression que j'avais en le regardant tous les matins.
Ma mère m'a toujours dit que la vie, c'est comme une plante : elle a ses beaux jours et ses mauvais jours. Je dois vous avouer que depuis que Martin a décidé de nous quitter, ma plante a vu plus de mauvais jours.
Le silence du collège après la perte d'un ami
Le lundi 6 septembre : je rentre en troisième. C'est la routine pour moi, je connais ce collège depuis trois ans déjà. J'y ai mes amis, même si depuis le départ de Martin on s'est éloignés les uns des autres. Moi surtout, je me suis enfermée dans mes chagrins... Pour éviter les regards accusateurs. Mes larmes étaient trop lourdes à porter. Régulièrement, quand j'arrivais tôt le matin avant les cours, j'allais m'enfermer dans les toilettes et je pleurais. C'est là-bas que je trouvais un réconfort dans mes pleurs, dans mes douleurs, en pensant à cet ami qui est parti.
Ce qui fait le plus mal, c'est de ne trouver personne à qui parler. C'est devoir assumer toute seule sa tristesse. Parce que malgré le fait que tout le monde vous propose son « aide », vous n'avez pas envie de l'accepter parce qu'ils ne vous comprennent pas et que, quoi que vous fassiez, ils ne comprendront jamais. Parce que c'est votre histoire, votre vie qui se déroule et qui coule le long de vos joues pendant ces mauvais jours.
Pendant un an, ma vie n'a été que pleurs. Pendant un an, j'ai essayé de revoir ce regard. Pendant un an, je ne savais plus qui j'étais, où j'étais...
Quand la porte de l'infirmerie reste fermée
Cette fois-là, je venais d'arriver sur le parking ; mes parents s'étaient disputés avec mon frère. Rien de grave, mais juste assez pour faire tomber ces larmes qui attendaient la moindre occasion pour s'échapper de mes yeux. J'ai ouvert cette porte qui m'était si familière, gravi cet escalier rouge. Puis je suis arrivée dans le seul endroit où je me sentais libre de pleurer. Alors les larmes ont envahi mon visage. Mes joues humides me piquaient, mon nez coulait. Peu à peu, au fil des minutes, la cuvette des WC se remplissait de mouchoirs.
Puis la sonnerie a retenti. Je ne pouvais pas, et d'ailleurs ne voulais pas, voir ces gens me regarder, l'air interrogateur — les autres se sentant une espèce de fierté parce qu'ils savaient pourquoi mes yeux étaient rougis, pourquoi je marchais la tête basse, fixant le sol. Alors j'ai choisi d'accepter cette aide qui m'avait été si souvent proposée par ces adultes qui comprenaient. Je suis sortie ; le soleil m'éblouissant, je me suis rendue dans cette pseudo-infirmerie où une adulte pourrait m'expliquer pourquoi la peine ne me quittait pas... Mais cette porte était fermée...
C'est comme si on vous avait menti, comme si j'avais eu raison. Mais je n'avais jamais voulu avoir raison.
Alors je suis partie. Je suis allée tout droit.
La rentrée au lycée : un nouveau départ
Je suis sûre que vous avez déjà ressenti ce sentiment. Vous avez mal au ventre, vos mains sont moites et vous avez terriblement envie de rentrer vous blottir dans votre couette.
Une nouvelle vie qui commence
L'année de seconde ; la rentrée au lycée. Une nouvelle vie commence. On prend l'éponge, on la mouille, on l'essore et on essuie le tableau. Alors il n'y a plus de traces de ce qu'il y avait d'écrit avant. Quand on rentre au lycée, c'est la même chose. Tant de nouveaux visages ; tous ont ce regard curieux, les garçons cherchent les jolies filles et les filles, elles, non seulement regardent les garçons mais surtout analysent la concurrence. Et elles s'empressent de commencer à juger, sans connaître, bien sûr. En nous focalisant sur leur regard, on peut distinguer une touche de jalousie.
Il y a les anciens, les terminales. Eux, maintenant, ils ont le respect de tous les autres élèves. Ils ont l'expérience. Enfin, les professeurs ; je ne sais pas dire s'ils ont une grande appréhension le jour de la rentrée. Tout ce que je sais, c'est qu'eux aussi sont curieux de voir les nouveaux arrivants.
Cette année, je suis avec Marie. Une de mes amies les plus compréhensives, je pense. On s'installe dans le fond, comme à notre habitude. Et on commence à faire l'inventaire des futurs camarades de classe ; nous aussi, nous commençons à juger. La fenêtre à ma droite est comme la porte d'entrée vers l'évasion. Je n'écoute plus le professeur parler, mais j'entends cette douce mélodie qui me berce doucement vers la sérénité. Mon regard fixe un oiseau qui chante sur la branche du saule pleureur qui se trouve à côté de notre classe. Je sens la chaleur du soleil sur mon visage, je me sens bien.
— Elo, tu penses à quoi ?
— Rien, c'est juste que je me demandais ce qu'allait donner cette année. À mon avis, on n'est pas prêtes de retrouver l'ambiance du collège.
— Hum...
Marie m'ayant arrachée à mes pensées, je décide d'écouter le monologue de notre prof, lequel, je dois le signaler, m'a l'air aussi motivé que nous à commencer cette nouvelle année. Ce qu'il y a de bien dans les jours de rentrée, c'est qu'il n'y a pas de cours, juste une présentation succincte de notre lycée et de son règlement. Chaque année, c'est toujours le même rituel : le professeur met plus ou moins de soin à lire ce papier vert, et un humoriste en herbe trouve à toutes les phrases une petite remarque destinée à faire rire ses camarades et, s'il est vraiment doué, on pourra voir apparaître un sourire sur le visage du lecteur.
Enfin, la délivrance : on entend notre sonnerie. Après avoir étudié en long et en large les directives à suivre pendant notre année scolaire, je me décide à sortir, sac sur le dos et cigarette à la bouche. Je pousse la porte qui donne sur la cour et tâte mes poches à la recherche de ce qui pourrait ressembler à un briquet. Je scrute l'espace qui nous est réservé. Je cherche, comme toutes les filles, « le garçon » qui est susceptible de me plaire. Malheureusement, je constate que ce n'est pas cette année que je trouverai mon premier amour. Toujours pas de feu dans les mains, je demande celui d'un garçon de ma classe. J'allume ma cigarette, prends une grande inspiration, et m'assois sur une espèce de rambarde. Je commence à regretter ce qu'il y avait d'écrit avant que je ne nettoie ce tableau.
Marie s'installe à côté de moi, elle aussi vient combler son manque de nicotine dans le sang. Elle prend une bouffée de fumée, gonfle ses joues d'air puis les dégonfle deux ou trois fois de suite et enfin rejette cette épaisse fumée grise de sa bouche.
— Ça va, toi ?
— Ça peut aller, ça fait bizarre de se retrouver ici. Mais bon, va bien falloir qu'on s'y habitue, de toute façon on n'a pas le choix.
Après quelques répliques, je jette un coup d'œil sur ma montre, me lève, fais la bise à Marie, prends un chewing-gum dans la poche arrière droite de mon jean et me dirige en direction de chez ma grand-mère, à environ cinq minutes de mon lycée.