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Essais

Réponse à "Chacun aime la musique qu'il aime"

Peut-on vraiment discuter des goûts musicaux ? De Kant à Günther Anders, une réflexion philosophique sur les dangers de la tolérance.

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En gros, voici ce que certains affirment avec véhémence : « Moi, j'aime une musique, et que tous ceux qui n'aiment pas la même chose se taisent, parce que de toute façon ils n'ont pas à critiquer... »

Le monde avance, mais pas ces gens-là ! Cette position, bien que courante, mérite qu'on s'y attarde de plus près.

Kant et l'universalité du Beau

Rappelez-vous Emmanuel Kant et sa fameuse théorie du Beau. Pour le philosophe prussien, une chose n'est véritablement belle que si elle est universellement reconnue comme telle. Le beau possède une prétention à l'universalité. Par conséquent, si je n'apprécie pas Korn (ce qui est mon cas), cela suffit à ouvrir un débat légitime sur la valeur esthétique de la musique produite par ce groupe. Je ne m'appuie pas ici sur des théories farfelues, mais si l'on y réfléchit sérieusement, Kant n'a pas tort : dire « c'est beau » ne revient pas à dire « ça me plaît ».

Günther Anders et la critique du pluralisme culturel

Vous voulez savoir ce qu'en pense Günther Anders ? Cet écrivain et philosophe est beaucoup plus catégorique et pessimiste que Kant. Pour lui, le monde actuel court à sa perte, mais pas pour les raisons que l'on croit. Pas à cause de Ben Laden, pas à cause de Bush — il s'en fichait, considérant qu'il s'agissait d'« ahuris » — mais comme suite logique d'un système créé par tous ceux qui répètent en boucle « on ne discute pas les goûts et les couleurs ». Anders pointe ici du doigt ce qu'il nomme le pluralisme culturel aveugle.

Pourquoi la tolérance excessive nuit à la culture

Selon Günther Anders — et je suis totalement d'accord avec lui — cette tolérance excessive entraîne la décrépitude de notre sens critique. Si l'on accepte tout indistinctément, on finit par ne plus rien penser et surtout par ne plus rien aimer vraiment. Tout se vaut, tout se levelle. C'est le règne de l'indifférence généralisée : « J'aime Dieu et j'aime Satan, c'est pareil après tout ».

Il faut donc cesser de proférer des vérités qui sont fausses en apparence, du style « chacun fait ce qu'il veut ». Le relativisme total n'est pas une preuve d'ouverture d'esprit, mais un renoncement à penser.

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redhox
redhox @redhox
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