
Le regard sur une vie passée
Une brise nostalgique balaye mes pensées, toutes ces années où j’ai erré sans but. D’abord l’enfance, cette étape de la vie où nos désirs ne sont pas réprimés, où le mensonge n’est qu’un jeu amusant et où l’on se sent aimé dans toute circonstance.
Puis l’adolescence, l’époque des premiers amours, de la méchanceté gratuite et de l’apprentissage de la vie.
Pourtant, j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu toutes ces choses, toutes ces étapes qui semblent normales à tout être dit « normal » dans cette existence peuplée d’illusions. Peut-être parce que je fus, et que je suis encore, considéré comme en marge des individus peuplant notre monde.
L'ivresse et l'oubli
Je m’allonge un moment, je ressens la fatigue m’envahir, peut-être la faute à ce liquide rouge et amer qui nous force à oublier souffrance et malheur.
L’effet se fait sentir de plus en plus présent. Les larmes coulent tel un fleuve millénaire garantissant la formation d’un océan de peine. À sa surface pointent de minuscules récifs blancs. Ces choses si petites, prises en grande quantité, peut-être pour se sentir mieux.
Mieux ? Le bonheur n’est qu’une illusion fonctionnant comme une drogue : on en est dépendant, mais il ne dure à peine une fraction de seconde, une poussière dans le néant de l’univers.
Le passage vers l'ombre
Mes yeux se font lourds, mes paupières se ferment tel un pont-levis protégeant des assauts de la vie.
Le noir se fait de plus en plus présent. Ma tête me fait horriblement souffrir. Toutes ces choses, tous ces paysages merveilleux connus et si tôt perdus.
Le mal est fait, je ne peux revenir en arrière. Ma bouche devient pâteuse, ma respiration irrégulière. J’entrevois une autre réalité, une autre façon d’exister. Je tourne la tête, esquisse un sourire à la photo d’une famille autrefois unie comme pour dire un dernier adieu, et rentre dans un rêve, dans l’ombre, le reflet d’une vie qui fut plus que pathétique et sans réel but…