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Essais

Remords amoureux

Mathieu a profité de Charlotte pendant des mois. Quand elle lui a enfin dit de se faire foutre, il a réalisé qu'il l'aimait — trop tard.

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Maintenant que j'y repense, j'ai toujours été un pauvre salop avec Charlotte. On était juste amis, jusqu'au moment où j'ai appris qu'elle était amoureuse de moi. Ce n'était pas réciproque. Elle était mignonne, mais elle n'était pas une bombe. Moi, j'aimais les bombes. J'en ai quand même profité. C'est toujours agréable de savoir que si on veut, quelqu'un ne dira pas non pour un petit câlin, pour un petit moment tranquille, pour se faire dorloter.

En même temps, j'en avais marre de savoir qu'elle était toujours là, avec ses grands yeux, à me pardonner toutes les conneries qui en auraient fait craquer plus d'une. Même le fait que je la prenne dans mes bras, que je dorme avec elle, pour finalement devenir froid, arrêter de lui parler toute la semaine suivante, elle me pardonnait, elle ne me faisait pas la moindre réflexion là-dessus.

Quand l'indifférence ne suffit plus

Alors, j'ai fini par chercher tous les moyens pour la faire réagir négativement. Il fallait qu'elle me montre que je n'avais pas tant de pouvoir sur elle que ça. Je suis devenu beaucoup plus gentil, mignon et câlin lors des fêtes. Je passais tout mon temps à la prendre dans mes bras, à lui dire qu'elle était belle comme tout, à la titiller gentiment comme elle l'aimait. Le lendemain, elle n'existait plus, au lycée non plus.

Mais j'ai découvert qu'elle était assez habituée à mon comportement. Alors, j'ai passé la vitesse supérieure. Elle existait, mais mal. Je la critiquais sans arrêt. Elle ne pouvait pas faire un geste, dire une phrase, sans que je la ridiculise devant tout le monde. Au début, elle a continué à ne pas réagir. Elle devait me penser juste de mauvaise humeur. J'ai continué. Je l'évitais au maximum, puis, quand la confrontation entre nous deux était inévitable, j'atteignais le point culminant de la méchanceté.

Son regard sur moi avait changé. Il traduisait l'incompréhension, mais aussi le sentiment que je l'avais blessée. Mais toujours aucune réaction verbale. J'ai appris par un copain qu'elle avait fini par craquer, se mettre à pleurer de façon incontrôlable. Ce n'était pas ce que je voulais, j'ai eu des remords.

La tentative de réconciliation

J'ai tenté de reprendre une relation normale avec elle, mais elle gardait ses distances. Je me suis rendu compte qu'elle me manquait. Je savais que je lui manquais également — j'avais mes sources. Je ne savais plus trop comment me comporter avec elle, elle m'échappait petit à petit, sans que je garde le moindre contrôle. Tout ce que je voulais, moi, c'était qu'elle ait une petite réaction, une petite colère, rien que pour me montrer qu'elle n'était pas que soumise, mais elle fuyait.

Un jour, on discutait tous ensemble, et elle me snobait totalement. Alors, je l'ai « cassée », comme on dit. Je ne sais même plus quelle connerie j'ai bien pu lui dire. Elle s'est tue et m'a regardé franchement dans les yeux. Elle m'a souri avec un naturel étonnant. Déjà, je me suis senti décontenancé, ce n'était pas habituel. Et avec ce sourire aux lèvres, elle m'a dit simplement, sur un ton calme et serein :

« Va te faire foutre, Mathieu. »

Bam. C'était dit. Je venais de l'avoir, ma réaction. Et je n'ai pas su quoi lui répondre.

Le choc de la prise de conscience

Je me suis senti extrêmement mal, mais étrangement, ce qui me faisait le plus mal, c'est que je me rendais compte que je ne l'avais jamais vue aussi belle que durant cet instant. On aurait dit qu'elle se libérait de mon emprise d'un seul coup, et que cela lui rendait tout ce que je lui avais volé depuis tant de mois — c'est-à-dire son bonheur, sa joie de vivre, sa beauté, son bien-être. Le fait qu'elle soit si calme me donnait l'impression qu'elle se rendait elle-même compte que je n'avais plus aucun intérêt pour elle, que plus rien ne pourrait jamais la heurter venant de moi, que je lui étais totalement indifférent.

À partir de ce moment-là, j'ai commencé à la voir différemment. Elle ne voulait plus avoir affaire à moi. Elle avait fait passer le message par mes copains. Ils étaient d'accord avec elle, sans vraiment me le dire clairement, avec le fait que je m'étais comporté comme un vrai salop avec elle, et que je ne devais pas me plaindre qu'elle finisse par se lasser d'aimer un type aussi con et méchant que moi.

Pourtant, j'ai essayé d'avoir une conversation avec elle, de lui expliquer que j'avais compris, que je m'en voulais terriblement, que je voulais que tout redevienne comme avant. Je me suis rendu compte qu'elle était en réalité une amie formidable, que j'avais besoin d'elle. Mais rien n'y a fait. Elle s'est éloignée, je l'ai perdue.

Réaliser qu'on aime quand il est trop tard

C'est con à dire. Je ne pensais même pas le dire un jour. Mais c'est quand je l'ai perdue que je me suis rendu compte que je l'aimais.

Ok, je sais, si vraiment je l'aimais, durant tout ce temps, pourquoi je me suis comporté comme ça avec elle ? Ou bien, alors qu'elle m'aimait, pourquoi je n'ai pas décidé de franchir la barrière, de sortir avec elle alors qu'elle ne désirait que ça ? Tout simplement parce que je suis lent à la détente, et que je n'avais pas compris que tout ce jeu que je lui faisais subir n'était juste qu'une manière de rester proche d'elle d'une certaine façon, rester dans ses pensées, sans pour autant prendre le risque de réellement m'attacher à elle, sans prendre le risque d'aimer pour de vrai.

Mais j'ai été un vrai con, parce qu'au final, je l'aime, et je l'ai fait me haïr.

Ce que j'ai compris de son silence

Depuis, j'ai eu le temps de réfléchir sur son comportement à elle, vis-à-vis de moi, durant tout ce temps. Je crois avoir compris. Elle était amoureuse de moi, elle savait que je ne changerais pas d'avis sur nous deux, alors elle profitait des moments que je lui offrais. Normal.

Quand j'étais froid avec elle, elle devait souffrir intérieurement, mais elle ne voulait rien laisser paraître, parce qu'elle savait que je ne lui devais rien. Elle avait une carapace. En jouant avec elle, j'ai frappé sur la carapace, et elle a fini par se briser sans que je sois là. À ce moment-là, elle a dû décider de reconstruire sa carapace, sans me laisser le moyen de la briser à nouveau. C'est normal.

Je n'ai eu que ce que je méritais. Je l'ai fait souffrir durant trop longtemps, elle m'a éjecté de sa vie pour ne plus souffrir. Je sais qu'elle a eu raison. J'ai été con.

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kinine
kinine @kinine
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