
Les coulisses du théâtre semblent s'étendre à l'infini, un labyrinthe de bois poussiéreux et de velours râpé. Fais le tour de la scène, avance pas à pas, et tu te retrouveras face à la vedette. Cette femme aux yeux verts, hypnotiques, aux cheveux noirs et ardents comme une nuit d'été. Oui, fais simplement le tour de la scène, car c'est là que tout se joue. Le chemin est tracé, il mène invariablement à elle.
Je me sens soudain comme un funambule sur son fil, ma volonté devenant indépendante de mes craintes. Je pose mes pieds les uns après les autres sur le plancher, le cœur battant la chamade. Le bois grince sous mon poids ; il a déjà senti le poids de son corps… Je passe après elle, empruntant les mêmes traces, suivant ses pas invisibles. Qui sait, peut-être que ce parquet garde encore la chaleur de sa présence ?
Un reflet enflammé
Il y a un miroir, et dans ce miroir, un reflet.
Installée devant sa coiffeuse, elle applique ses dernières retouches de maquillage. Ses yeux flambent, intensifiés par le khôl et la poudre fine. Longs et dorés, ses cils soulignent son regard de braise, capable d'enflammer n'importe quel cœur. La poudre rougeoyante illumine son visage entier, et à côté d'elle, le feu de la cheminée qui crépite dans la pièce n'est qu'une pâle imitation de l'éclat qu'elle dégage.
Sa bouche forme des mots brûlants, ceux d'une passion dévorante, des « Je t'aime » malheureusement réservés à d'autres que moi. Ses cheveux de jais contrastent avec la pâleur de son teint de porcelaine. L'encens, disposé sur sa table de maquillage, embaume l'air ambiant d'une odeur lourde et suave, dispersant une fumée qui l'enveloppe tout entière d'un voile mystérieux.
Le destin de la danseuse et du spectateur
Soudain, telle une flamme vivante parmi d'autres, elle enfile des vêtements aux couleurs éclatantes qui évoquent l'Inde lointaine et le soleil ardent. Moi, je retourne me mêler au commun des mortels, redevenant invisible dans la masse.
Ce soir, elle dansera devant les hommes, elle sera l'incarnation même du feu sur scène. De mon côté, je me consumerai d'amour en silence, noyé et perdu au milieu de la foule en délire. Et ce soir, quand tous les spectateurs s'en retourneront chez eux, le cœur encore plein de sa performance, et quand tous rêveront d'elle, j'allumerai ma dernière bougie. Je prierai pour elle, je rêverai d'elle, je vivrai à travers elle, existant uniquement par la grâce de son art.
Et au petit matin, quand elle se confondra avec l'Aube naissante, je regagnerai mon Monde à moi, un monde où je pourrai enfin mourir en paix, l'âme apaisée.