
« L'amour », avec un grand A, comme « attachement profond et désintéressé ». Voilà, le mot est lancé. Il est là, il est beau, il est vrai, mais est-il réel ? Désintéressé ! Pouvons-nous l'être vraiment ?
Pourquoi remettre en question la réalité de l'amour ?
Ne vous êtes-vous jamais demandé si l'amour existait, ou plus exactement s'il était réel ? J'entends par là : accessible. Car certes, le concept, l'idée abstraite, est bel et bien ancrée dans les mœurs et a fait rêver plus d'un. Oui, mais… Ce n'est pas parce que je rêve d'aller sur la Lune que je le pourrai. Or, « l'amour » voudrait pour son objet la décrocher !
Mais avant d'aller plus loin, j'aimerais préciser, pour couper court aux critiques totalement justifiées que je pourrais avoir, que j'aborde ici « l'amour » noble, celui que nous décrivent les poètes, ou du moins celui que l'on idéalise d'après leurs vers si romanesques.
Passion amoureuse et idéal romantique : quelle différence ?
Je m'explique : je ne parle pas ici de « l'amour » en tant qu'« attachement passionnel », car celui-là est bien réel. Qui n'a jamais ressenti un vif désir envers une autre personne, vif désir partagé par l'autre ? Mais ne nous leurrons pas : dans l'esprit des gens, dans le sens commun, « l'amour » ne se restreint pas à un simple désir de l'autre. Quand les gens parlent de « symbiose », de « complémentarité », d'« âme sœur », non seulement ils font référence à un être élu, unique, qui leur est prédestiné, mais en plus ils laissent entendre qu'une certaine magie, « métapassionnelle », vient réunir leurs deux corps et leurs esprits.
Entendons-nous bien : « l'amour » est magnifique, mais peut-être même est-il utopique ! Je n'ai pas la prétention de démontrer que « l'amour » n'existe pas. Je veux juste préciser mon avis sur ce qu'est, à mon sens, ce que les gens entendent par amour, et ce qu'est en vérité ce qu'ils appellent amour, et pourquoi !
L'amour est-il une construction sociale ?
Voilà donc mon sentiment : bien des gens parlent à tort et à travers d'amour. Qui ne connaît pas, dans son entourage, des gens qui se disent amoureux mais qui se séparent après peu de temps ? Qui ne s'est jamais dit que le conjoint avec qui il était n'était rien moins que l'amour de sa vie ? Alors que, de même, les couples se font et se défont.
Et pourtant, qu'est-ce qui nous dit que ce sentiment d'amour qui apparaît après coup, et que l'on juge FAUX, n'est pas plus « véritable » que celui que ressentent les soi-disant « couples d'amoureux » qui, depuis 50 ans, demeurent mariés ? Peut-être que la seule chose les différenciant est que les conditions sociales ont, dans un cas, été défavorables à la continuation de la relation, voire favorables à son arrêt, et que dans l'autre, rien n'est venu interférer.
Dans ce cas, comment peut-on être sûr que ce qu'on construit avec une personne est une relation « amoureuse », si la seule façon de le vérifier est de l'éprouver ? Il n'y a rien de plus subjectif, vous me l'accorderez.
L'égoïsme au cœur de l'amour
N'est-il donc pas risible, voire pitoyable, de voir tous ces gens se servir du prétexte de l'amour pour signifier qu'ils ont, en ce moment, un accord sentimental, passionnel, voire intellectuel avec une personne qui leur apporte ce dont ils ont besoin ?
Car là est bien l'enracinement de ce que nous appelons vulgairement amour : des besoins. Mais d'où nous viennent ces besoins ?
Il nous faut d'abord exclure celui biologique de la reproduction, qui en appelle à un conditionnement inculqué par notre instinct. Nous l'excluons pour ne pas omettre les homosexuels. Car, à moins que je ne me trompe, l'homosexuel peut ressentir ce même « amour » que nous, hétérosexuels, ressentons, et je ne restreindrais pas leur « amour » à une simple histoire de cul. L'ersatz « d'amour » qui existe, lui, je le pense bel et bien, va au-delà du simple attrait physique lié à la relation sexuelle ; n'oublions pas que les rapports passionnels ne se restreignent pas à cela.
Toutefois, notre amour — enfin celui que l'on rencontre couramment et qui forme bien des couples mariés depuis des lustres — ne va pas non plus au-delà de cette passion commune l'un pour l'autre.
J'aimerais citer la phrase de quelqu'un dont je ne me rappelle malheureusement plus le nom et qui a dit un jour : « L'amour, c'est de l'égoïsme à deux. » C'est, à mon sens, totalement vrai !
L'amour comme projection de soi chez l'autre
De nos jours, on clame l'amour quand on retrouve chez l'autre la possibilité de projeter ce désir d'amour, ce fantasme, et quand il y a de plus « réciprocité ». Chacun y trouve son compte, son amour ; c'est un donné pour un rendu. Voyez ici l'amère constatation que l'amour n'est que l'illusion du bonheur à deux, illusion moteur dans nos relations avec l'autre, l'être sur qui on peut projeter le plus facilement possible l'image de l'être rêvé !
Nous touchons ici au cœur de ce que je pense, au cœur de mon hypothèse, de ma conjecture, concernant la réalité de ce que bien des gens appellent amour ! L'amour rend donc bien aveugle en ce sens qu'étant projeté sur la personne « à aimer », il nous cache sa véritable personnalité. C'est ainsi que quand on aime, on ne compte pas les défauts.
Mais on est ici bien loin de ces rêves de prince charmant, de fille de nos pensées, de personne juste faite pour notre cœur. C'est d'ailleurs l'inverse : c'est notre cœur, notre envie d'aimer, qui nous pousse à idéaliser une personne bien particulière.
Conclusion : l'amour ne serait-il qu'une illusion ?
« L'amour » n'existerait donc qu'en nous, et ce ne serait que notre naïveté qui nous ferait croire en sa réalité. Belle naïveté, mais d'autant plus douloureuse puisque, comme toutes les illusions, quand elles s'avèrent ne pas correspondre à la réalité, on est bien obligé de les abandonner et, pour le coup, de changer notre réalité pour la véritable.
Et quand « l'amour » dure « toujours », ce n'est qu'une heureuse convenance entre les illusions des deux conjoints : chacun trouve chez l'autre ce dont il a besoin.
L'important en « amour » est donc de ne jamais oublier que c'est un jeu. Considéré comme tel (« on se disait qu'on était amoureux, et qu'on vivrait éternellement heureux »), on n'est donc pas surpris si un jour l'un des deux participants s'en lasse. Le retour à la réalité est ainsi accepté aussi bien par celui qui s'en va que par celui qui doit se « résigner » à arrêter de jouer.
Il ne faut pas se mentir à soi-même : ce n'est pas l'autre que l'on aime, c'est l'amour qu'on peut y trouver !