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Essais

Qui es-tu, Happy ?

Happy Sindane, adolescent blanc sud-africain, affirme avoir été enlevé à 6 ans et réduit en esclavage pendant onze ans. Une quête bouleversante pour retrouver ses vrais parents.

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J'ai eu mon premier « contact » avec Happy Sindane à la mi-juin. Alors que j'attendais un train à la gare, je me suis dirigé, comme souvent, vers le kiosque à journaux. J'avais l'intention d'acheter n'importe quelle publication qui me permettrait de faire passer le temps. Machinalement, ma main se tend vers le présentoir d'où je ressors Le Nouveau Détective, un magazine hebdomadaire d'enquêtes qui ressasse les faits divers réels : meurtres, énigmes, assassinats, etc. Ses articles portent souvent des titres aussi évocateurs que « Le tueur est dans la maison », « Un crucifié dans la nuit », « Assassin à 91 ans » ou encore « Elle fait cuire la tête de son mari dans une casserole ». OK, ça fait très beauf, mais il y a de la lecture et c'est pas cher. Aussi il m'arrive de temps en temps d'acheter ce journal, lorsque je dois faire un long trajet en voiture, en train, ou que j'ai du temps devant moi.

L'enfant sans nom : une histoire qui interpelle

Ce jour-là, l'article principal résumé en couverture n'est pas très original (« Il abat le violeur de sa fille en plein commissariat », du déjà-vu), mais ce qui attire mon attention, c'est le titre d'un autre article : « L'enfant sans nom ». Le chapeau de l'article, sur la couverture, dit : « Il ne sait pas qui il est. Il se souvient qu'il a été enlevé par une famille et traité en esclave pendant onze ans. D'où vient-il ? Où sont ses parents ? La police lance un appel à témoins... » À côté figure la photo du garçon en question. Blond, teint mat, il a un physique un peu ingrat. À première vue, je lui donne environ 16 ans, mon âge. Immédiatement, j'accroche à l'histoire. Sans ouvrir ni feuilleter le magazine, je passe à la caisse du kiosque, le paye, puis je file m'asseoir sur un banc le long du quai et je l'ouvre.

L'histoire vraie de Happy Sindane, esclave blanc en Afrique du Sud

Tant pis pour les autres articles, je passe directement à la page 24. L'article est intitulé « L'esclave Blanc ». L'histoire se déroule à Pretoria, en Afrique du Sud. Un homme blanc, Jan-Hendrik Botha, lit son journal lorsqu'un titre attire son attention : « Enlevé à l'âge de 6 ans ». Tout être humain serait ému par ce titre, mais Jan-Hendrik a une raison supplémentaire (et quelle raison !) de l'être : son fils Jannie a disparu à l'âge de 6 ans et sa famille ne l'a jamais retrouvé ! Dans le journal est publiée une photo du jeune homme qui dit s'appeler Happy Sindane et être âgé de 18 ans, l'âge qu'aurait Jannie aujourd'hui. Jan-Hendrik Botha pense qu'il peut s'agir de son fils disparu. Pieter, son fils aîné, âgé de 27 ans, en est quant à lui persuadé. « C'est Jannie, j'en suis sûr », dit-il à son père.

L'espoir de la famille Botha : et si c'était Jannie ?

En 1992, Jannie Botha, alors âgé de 6 ans, a disparu. La police n'a trouvé aucun indice qui permettrait d'explorer une quelconque piste. Sans nouvelles de leur fils, Jan-Hendrik et Sarie Botha, un couple blanc d'Afrique du Sud, ne perdent pas espoir pour autant. Et ce 20 mai 2003, leur cœur bat plus fort. Le couple se signale alors à la police et revendique la paternité de Happy. Les éléments fournis par le jeune homme à la police la veille semblent donner raison aux Botha : Happy se souvient que ses vrais parents parlaient afrikaans et dit être né en 1985. Comme Jannie. Mais les versions divergent. La « famille adoptive » (si on peut la nommer ainsi) de Happy prétend qu'un jour leur voisine leur a confié son fils et a quitté la région sans laisser d'adresse. Happy nie cette version.

Verdict ADN : Happy est-il vraiment Jannie Botha ?

C'est l'essentiel de l'article. Je referme le journal, ému, en gardant une date en tête : le 17 juin, nous connaîtrons le résultat des analyses ADN effectuées sur Happy et sur la famille Botha. Pour moi, ça ne fait aucun doute que Happy Sindane n'est autre que Jannie Botha. D'ailleurs lorsque, cette fameuse nuit, je le vois en rêve, il s'appelle bien Jannie alors qu'il est appelé Happy dans la presse. Quelques jours plus tard, alors que j'avais pris l'habitude de suivre l'affaire sur Internet, j'apprends qu'un expert en physionomie affirme que « le nez de Happy n'est pas celui de Jannie » et qu'il y a « 70 % de chances que Happy Sindane et Jannie Botha soient deux personnes différentes ». J'avais déjà remarqué que Happy présentait un nez large, semblable à ceux des Noirs africains, mais après tout, sa peau était blanche et, en dehors de son nez, son visage avait une apparence caucasienne. Je me suis accroché aux 30 % de chances restantes pour que Happy soit bien Jannie et, lorsque je parlais de cette affaire avec des copains, je l'appelais effectivement Jannie et pas Happy.

Seulement, le résultat des analyses ADN a fini par tomber : Happy Sindane n'est pas le fils de Jan-Hendrik et Sarie Botha.

L'enquête continue : à la recherche des vrais parents

Entre-temps, plusieurs autres couples de Blancs ont revendiqué la parenté de Happy. Les médecins qui l'ont examiné ont jugé qu'il avait moins de 18 ans et Happy a été placé dans un foyer pour mineurs. De son enfance, il se souvient d'avoir eu un petit chien et d'une photo de mariage de ses parents... Il se souvient aussi qu'après avoir été enlevé, il a vu un jour sa photo lors d'un avis de recherche diffusé à la télévision et que sa « mère adoptive » l'a alors jeté contre un mur et lui a interdit de regarder la télévision. Koos Sindane, le grand-père, prétend quant à lui que Happy est un métis né d'une femme noire et de son amant blanc. Mais la date de naissance ne colle pas puisque Koos Sindane affirme que Happy est né en 1984. Or, selon les médecins, Happy a moins de 18 ans.

L'enquête se poursuit et il ne se passe pas un seul jour sans que je ne pense à Happy, ce garçon de mon âge à qui je souhaite de retrouver tout le bonheur qu'il n'a pas eu dans son enfance. Je prie pour lui et pour tous les enfants séparés de leur famille.

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nino-
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