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Essais

Quelques gouttes de sang

Un vampire hanté par le meurtre de sa bien-aimée, dont le sang coule désormais dans ses veines. Une nouvelle noire sur l'amour, la possession et l'éternité.

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Il pleut. Il est dimanche soir. La nuit commence à venir, je le sens. La bête nocturne que je suis désire déjà m'échapper. L'heure de la Liberté arrive, amie, patiente encore quelques minutes.

Quel temps parfait pour la chasse. La chasse à l'Homme... C'est étrange. Une sorte de chat : une proie, un chat, une souris. J'ai toujours aimé ce jeu, quand j'étais chasseur. Ai-je aimé cela avant ? Je ne m'en souviens plus.

J'ai aussi aimé être une proie. La proie des chasseurs aux crucifix. Dans mes souvenirs, j'étais à la fois proie et chasseur. Un cercle vicieux... C'était souvent un combat à la vie, à la mort. Mais les Hommes sont insignifiants face à ma race. Pourtant, ils possèdent des moyens et des armes terrifiantes. Et leurs traditions aussi. À chaque siècle, sa nouvelle ère. Mais de l'Homme ou de la bête, c'est toujours la bête qui garde l'avantage du combat, de la force, et surtout de la peur.

Je n'ai pas toujours été comme ça. Ai-je toujours été comme ça ? Ai-je toujours eu peur avant ? Sans doute... J'ai dû croire mon heure arrivée un jour. Ai-je eu le temps de m'en apercevoir au moins ? Peu importe, ce n'était qu'une renaissance...

Calme-toi, mon Amour, tu es tellement pressée. Ô combien je l'étais moi-même de te transformer. Mais tu as refusé... Ô mon cher Ange — il pleurait de douleur maintenant, pauvre démon solitaire — les monstres ne supportent pas les Ordres. J'aurais dû te le dire, tu aurais dû le savoir. Tu t'es tuée indirectement, par mon biais... Pourquoi m'as-tu désobéi ? Pourquoi t'es-tu débattue ? J'aurais dû t'obliger, mais je t'aimais trop. Je n'en ai pas eu le courage. Et maintenant ton sang, qui a coulé dans ma gorge assoiffée et sèche, vit dans mes veines, mon Amour. Tu vis en moi, et par moi, nous ne sommes plus qu'Un...

J'ai tellement faim, mon Amour. La lune Rousse est pleine, à présent nous pouvons sortir. La chasse est ouverte. Niiih — Son sourire s'illumina sous la sombre lumière des néons. Il émit un cri de satisfaction. Déjà il sentait le sang couler dans ses veines, la femme saigner, l'implorer de l'épargner. Non : il n'y avait plus de pitié ! Ce soir il devait s'amuser. S'amuser pour oublier. Faire souffrir pour oublier sa propre souffrance.

Pauvre homme aux cent visages ! Pauvre démon invulnérable au cœur d'Homme ! Dragon aux mille âmes ! Terrifié par la nuit dans laquelle il vivait, par des souvenirs d'homme fuyant ses actions et ses sentiments.

Pauvre créature troublante qui lui avait volé tout ce qu'il possédait. À ce moment, il en voulait à la terre entière et surtout à cette femme. Elle lui avait refusé la virginité de son âme, alors, par amour pour elle et pour qu'elle ne l'accorde jamais à personne d'autre, il l'avait tuée.

Mais elle vivait... Oh oui, combien elle vivait. Il le sentait, partout dans son corps : là dans sa main, ici dans son doigt... Mais surtout dans son annulaire gauche où la vie devait passer pour rejoindre son cœur.

Et cette bague qu'il aimait à porter... Elle avait voulu la lui voler, il la lui avait reprise. Il ne la quittait plus jamais maintenant. Elle était comme lui : immortelle... En argent, elle n'avait jamais rouillé. Elle lui rappelait combien son amour était fort et combien le souvenir de sa mort était vif. Mais si cette bague possédait, comme lui, l'immortalité, alors elle devait s'être lassée de son doigt, tout comme lui de la vie.

À présent, l'Éternité lui paraissait extrêmement longue, surtout depuis qu'Elle n'était plus là.

Elle, il en avait eu besoin, de la posséder, de lui infliger cette douleur de sentir la vie la quitter, tandis que lui s'appropriait son souffle avec un plaisir et un bien-être indescriptible et pourtant quelque peu sadique.

Il l'avait aimée, oui... Aimée au point de la tuer pour ne plus avoir à la partager jamais. Il avait d'ailleurs réussi... Il revenait victorieux, il l'avait possédée jusqu'à l'extase, possédée jusqu'à la mort. Une extase mortelle. Une mort extatique sans doute...

Avait-elle eu autant d'amour à donner qu'il lui en avait demandé ? S'étaient-ils aimés sur un pied d'égalité ? Dieu seul le sut.

« Mais je crois qu'en effet, sa mort lui avait procuré un plaisir intense, trop intense. Je l'ai senti, ce plaisir, quand son sang coulait dans mes veines. Oh oui, oui elle avait aimé mourir comme ça. Une mort lente mais tellement rapide, douloureuse mais si paisible, douce et brutale à la fois... »

Quelle quiétude le sang de sa bien-aimée lui procurait quand il coulait dans ses veines. Elle n'était pas morte en fait. Il le savait. À chaque pas qu'il faisait, son sang lui ordonnait de la laisser partir. Il tuait pour faire taire ce sang trop pur, apeuré par tant de monstruosités. Oh non, non, elle n'était pas morte et elle continuerait à vivre tant que lui-même vivrait. Elle n'avait, en fait, fait que se liquéfier pour mieux se fondre en lui, pour qu'ils s'unissent mieux.

« Je savais parfaitement ce que cette garce, mon aimée... Oh non, elle n'était pas une garce, elle était loin d'en être une, de ces garces... Elle était Dieu à elle seule. Elle avait donné sa vie, pensant que son sang, plus pur que le mien, calmerait mes pulsions meurtrières... Peine perdue... Et maintenant, je la maîtrisais... Quelle ironie !

Je voulais lui rendre cette vie, mourir pour lui rendre cette liberté de son sang damné à présent, souillé du mélange avec le mien. Mais quand on est déjà mort, on ne peut pas mourir plus. Et je ne pouvais pas l'aider... Même avec ma force démoniaque et mes sentiments humains. »

Il s'effondra devant ces pensées trop douloureuses, devant l'impulsif instinct qui l'avait poussé à la tuer. À présent, tous ses souvenirs rejaillissaient, des éclats de larmes et de lames le transperçaient de toutes parts.

Le sang et le pouls qu'il n'avait plus s'accélérèrent.

Lui et la femme n'étaient plus qu'un maintenant. Une vraie fusion, un cri charnel de désespoir, dans ses yeux devenus pluie, lui résigné à une condition de mutant et elle, tombée devant la faiblesse de l'Humanité.

Combien de temps resta-t-il par terre, souffrant pour elle, et son sang à elle souffrant pour lui... Ils ne vivaient plus que pour un, c'était lui qui vivait pour elle. Il ne se nourrissait plus par faim, ne vivait plus parce qu'il le fallait. Il mangeait pour nourrir Son sang, vivait pour faire vivre Son corps... Tout l'intérieur de cet homme lui appartenait. On lui aurait dit de mourir, il l'aurait fait. Mais il prenait soin d'Elle, elle qui n'était plus que quelques gouttes de sang, dans un corps où tellement d'autres se mélangeaient.

Mais cela lui importait peu.

C'était lui et elle, elle et lui...

Soudés par les liens du sang et de la mort, pour l'éternité.

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