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Essais

Que cela fait-il de moi ?

Marc, jeune Cracmol en fuite, découvre que son potentiel magique est si immense qu'il a brouillé les sorts de recrutement de Beauxbatons. Entre révélation et mystère, il est envoyé à la NFYA, une organisation secrète.

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En cette période de ma vie, je crois qu'il est utile de préciser que je m'imagine devant un tournant existentiel qui recule chaque jour. Ainsi j'attends patiemment que l'heure de mon rêve ait sonné. C'est pourtant nourri de haine que je m'apprête à m'élancer, plus ou moins vaillamment, vers un destin que je finis par détester parce qu'il me trahit chaque jour et tous les jours.

Je sortis du tube qui était destiné à amuser les enfants des immeubles autour de l'aire de jeux qui, vide, donnait envie de se pendre. Le cylindre rouge m'avait permis de me reposer un peu, tant bien que mal durant la nuit. M'enfouissant dans les buissons hauts dans le but de camoufler mes activités par une envie pressante, je sortis ma baguette de ma poche après avoir vérifié que j'étais hors de vue. Je prononçai d'une voix endormie l'incantation, sans grande conviction, et je fus transplané à Brocéliande. Me demandant si les sortilèges repousse-moldus s'appliquaient à moi-même en raison de mon état de Cracmol, je progressais lentement parmi les ronces éparses. Rassuré chaleureusement par la vision des clochers gothiques de Beauxbatons, je me mis à courir à grandes enjambées. Ce quatorze juillet-là, il me semble que des feux d'artifice avaient été tirés dans la forêt. Poussées par mes mains engourdies par la légère brise du matin, les grilles couvertes de lierre s'ouvrirent et montrèrent fièrement la gigantesque porte, aussi haute que trois étages d'un logement moldu. C'était une porte sculptée profondément et munie de deux heurtoirs. J'eus l'usage de l'un d'eux, mais on vint m'ouvrir avant que j'aie achevé l'habituelle rythmique à trois temps. À côté de la porte, il y avait une ouverture dans le granit. Une ouverture qui permettait sans doute aux personnes du château de distinguer l'identité du visiteur.

Ce fut par là qu'on m'ouvrit, me présentant le premier signe de bienvenue que j'avais espéré. Je ne parvins même pas à voir la couleur des yeux de la personne qui ouvrit le volet, car il régnait une obscurité presque totale à l'intérieur du château. L'homme dit d'une voix neutre et monotone :

« L'école ferme du 29 juin au 31 août.
— Mais c'est une urgence pour monsieur Erwan, mentis-je.
— Une urgence ?
— Oui, à propos de vous savez quoi, dis-je sans savoir ce que j'évoquais. »

L'homme sembla hésiter un instant, puis manœuvra quelque instrument et un instant plus tard, je me trouvais devant la porte ouverte, ou entrouverte, pour d'évidentes raisons de commodité.

Je fis mon entrée le plus théâtralement que me permettait ma démarche boitillante. Mes pieds touchèrent le parquet flottant de chêne et mon visage fut éclairé par un lustre à chandelles éternelles. L'homme qui m'avait ouvert sortit à ce moment-là de la pièce adjacente pour faire à son tour son apparition dans l'entrée, dévoilant des proportions réduites.

Il sembla surpris de voir à qui il avait affaire, ce qui avait quelque chose de compréhensible car passer pour un membre de la NFYA à 14 ans était difficile. Mais il siffla d'un strident grincement pour que deux fauteuils ambulants apparaissent. Je pris place, éduqué par l'exemple, sur l'un d'eux. Nos sièges s'animèrent pour monter les escaliers de marbre couverts d'un tapis rouge. Je fus mené, avec mon compagnon qui se révéla peu loquace, dans, eus-je l'impression, tout le château, ce petit trajet rajoutant chaque seconde à mon émerveillement.

Traversant hall, salles, pièces, couloirs, salons, portes, cuisines, chambres, nos fauteuils ne faiblirent pas. Ils entreprirent tout de même de s'arrêter devant une dalle de bois aux rainures perpendiculaires à celles du parquet. On m'y mit. Je dis « on » parce que je ne sais plus très bien comment j'y fus mené. Toujours est-il que je me trouvais à présent sur ce carré de bois qui semblait être du pin, par opposition au parquet de chêne.

Je ressentis une étrange sensation partout sur le visage, les mains, et les pieds, puis je sentis le carré descendre sous moi, à la manière d'un ascenseur. Je descendis ainsi pendant environ une minute sous le regard supérieur renforcé par ma position basse, lui resté, du majordome. Au fur et à mesure que je descendis, je fis la découverte d'un encadrement qui augmentait de taille, poussé par la logique, en hauteur. Quand mon ascenseur s'arrêta, je pus aisément me glisser par l'ouverture qu'était l'encadrement. Je rentrais dans une vaste pièce chaleureuse aménagée par des étagères et bibliothèques sur la totalité des murs, et des tables et bureaux diverses, disposées de telle manière qu'un seul bureau en ressortait. L'architecture des fenêtres était d'architecture celtique post-romane.

Assis devant le bureau, un homme assez âgé qui me fit assez largement penser à Dumbledore me dévisageait par-dessus d'étranges lunettes aux formes biscornues et asymétriques.

« Je vous attendais, Marc, dit monsieur Erwan.
— Ah, heu... Eh bien..., furent les mots que je choisis pour traduire mon puissant étonnement.
— Oh, oui, depuis bien longtemps, déjà. Un mois, pour être précis. »

C'était précisément la date où j'avais appris mon rattachement au monde de la magie. Précisément ce jour où j'avais commencé ma quête vers Beauxbatons en m'enfuyant de chez mes parents, ce quatorze Juin-là.

Reprenant mon assurance devant l'imposante impression, je fis :

« Sauf votre respect, je voudrais bien savoir pourquoi. »

Cette question sembla contrarier le directeur.

« Pour la même raison que toi.
— Je viens ici parce que j'ai besoin de vous.
— Je me demandais si tu ne devais pas me transmettre un message.
— Cette raison est cadette de mes soucis.
— Vous m'en voyez désolé, jeune homme, mais ce que vous devez me transmettre est de la plus haute importance. »

J'avais remarqué sa façon de me tutoyer, et de me vouvoyer alternativement. Cela m'intrigua.

« Pourquoi confier une telle tâche à un Cracmol ?
— Pourquoi penser que tu en es un ?
— Je ne suis pas admis dans votre école, c'est une bonne raison, non ?
— Marc, sais-tu comment on recrute, dans cette école ?
— Non.
— Nous utilisons un sortilège de repérage, il faut pour cela se munir d'une carte. Comme tu dois le savoir, il y a eu plusieurs types de magie qui ont précédé l'apparition de celle que nous utilisons. Le sortilège de repérage appartient à la magie animale, celle utilisée lors de la fondation du premier établissement magique. Je t'expliquerais volontiers comment cela fonctionne, mais tu comprendras très vite que le temps ne nous est pas illimité. Comme je l'ai dit avant, la magie animale est ancienne, elle a perdu de sa puissance. C'est pourquoi notre sortilège n'a pas fonctionné. Ou plutôt a fonctionné à l'envers. En effet, les enfants susceptibles d'intégrer l'école ont été trouvés, cependant les enfants dont il était certain qu'ils allaient devenir de bons élèves dans notre école n'ont pas été nommés. Ainsi nous n'avons découvert que plus tard ce problème. Il se trouve que jusqu'à présent tu es le seul à ne pas avoir été nommé. Et une réflexion m'a poussé à penser que ton potentiel doit être tellement énorme qu'il a brouillé un sortilège fondamental issu de la plus ancienne forme de magie. »

Je ne compris que quelques secondes plus tard ce que tout cela signifiait. Il est clair que cela a créé une sorte de traumatisme ponctuel et bref dans mon esprit. En l'espace temporel d'à peine une dizaine de minutes, j'étais passé d'un statut auto-estimatoire proche du niveau zéro à celui d'un sorcier au potentiel énorme. J'étais orgueilleux.

« Ce qui est troublant, dis-je, c'est que contrairement à Harry, il ne s'est rien passé de magique dans ma vie. Je croyais que les sorciers pouvaient provoquer involontairement des évènements que les moldus appellent surnaturels.
— Ceci est une chose sur laquelle je me suis penché. J'ai pensé que, tout pouvant bien sûr contredire cette théorie, tu sois si puissant que le plus grand mage noir qui ait jamais existé t'ait remarqué, grâce à ton aura, et aurait balayé autour de toi tous les indices qui auraient pu nous faire remarquer ta présence. Je ne parle pas de Voldemort. Car il est tout à fait possible qu'il l'ait fait s'il eût été vivant. Il ne l'est plus. Il aurait été sans doute ainsi s'il n'avait été entouré d'infidèles qui ne l'eussent pas tué.
— Cela veut dire qu'il me veut du mal.
— Il en veut à tout le monde.
— Il s'intéresse à moi ?
— J'en ai bien peur. Et j'ai aussi peur que tu t'en réjouisses.
— Que cela ferait-il de moi ?
— Sans aucun doute quelqu'un d'important aux yeux de la NFYA.
— Est-il grave que je m'en réjouisse ?
— Cela te concerne.
— Vous allez me laisser entre leurs mains ?
— Je n'ai pas le choix.
— Je reviendrai ?
— Bien sûr, pour apprendre.
— Quand dois-je partir ?
— Sur l'heure. Il semble que vous ne possédez rien de ce qui a cours chez les sorciers, excepté votre baguette.
— Oui.
— Nous allons vous trouver cela. Alors voyons, je t'aurais bien donné un balai mais encore aurait-il fallu que tu eusses le droit d'en posséder un. Donc, robes, et fournitures scolaires.
— Un balai ?
— Je mentirais en disant que je respecte ce qu'on me donne comme directives, mais ici, je suis d'accord avec cet ordre.
— Très bien.
— Maintenant, suivez-moi, mais avant donnez-moi le message. »

Je lui ai donné. Il le lut après avoir ôté le cachet de cire, et son visage s'assombrit. Je n'ai pas demandé de quoi il s'agissait. Il m'entraîna dans une pièce adjacente dont l'accès se faisait par une porte dérobée. Là, il claqua des doigts et une immense forêt de portes-manteaux surchargés apparut. Un miroir sur ma gauche m'étonnait par son immensité.

Le directeur me dit de me déshabiller, ce que je fis, gêné car pudique. Nu, je le suivis à travers les rayons de vêtements. Il me fit essayer avec peu de résultats une douzaine de robes jusqu'à ce qu'il en trouve une qui m'aille.

Elle me donnait, je l'avoue, l'air très élégant. Il m'en donna d'autres et m'assura que maintenant qu'il connaissait ma taille, il n'y avait pas besoin d'essayer les autres. Je me suis rhabillé en moldu. Nous sommes ensuite rentrés dans le bureau qui me semblait à présent, quoi qu'il ne fût pas changé, bien plus impressionnant.

Je n'eus pas tout à fait tort en ayant dit que la pièce fût changée. Je me suis aperçu qu'elle était occupée par quelqu'un. En effet une jeune sorcière qui ne devait pas avoir plus de trois ans de plus que moi attendait à ses aises sur le fauteuil. Je frémis à l'idée qu'elle eût pu me voir alors que j'étais en tenue d'Adam. Mais Mr Erwan l'accueillit avec une grande courtoisie, comme s'il s'était agi d'une comtesse.

Il me la présenta comme la personne qui allait m'emmener dans les locaux de la NFYA. Mr Erwan me donna une valise pleine des vêtements dont j'avais fraîchement fait l'acquisition. Je pris la valise, mais Mme Martin me la prit des mains. Elle m'entraîna pour partir de la pièce sans que j'eusse pu dire au revoir à Mr Erwan.

J'ai refait à pied le chemin inverse. En la piteuse compagnie de cette jeune fille qui ne m'adressa d'ailleurs ni sourire, ni parole, ni regard, ni tout autre signe de réconfort.

Sortis nous fûmes de ce magnifique château, nous entrâmes par une porte couverte de cuir noir et sale, dans une sorte de diligence garée en bas du perron majestueux. Je m'assis sur l'un des bancs de bois miteux et elle se mit en face.

J'ai demandé : « Combien de temps allons-nous voyager ?
— Juste trente minutes, le temps de rejoindre une route accessible par le Magicobus.
— On va prendre le Magicobus ?
— Tu es trop jeune pour transplaner légalement (Je sais que tu l'as déjà fait), et les réseaux de cheminette et de portoloins sont surveillés.
— D'accord. Où se situe le siège de la NFYA ?
— À Rennes.
— J'y habite.
— Je sais.
— Cela ne m'était pas accessible lorsque j'étais moldu ?
— Tu ne l'as jamais été.
— Vous m'avez compris. Alors ?
— Si. Tu y allais même tous les jours.
— Alors les moldus peuvent s'y rendre ?
— Ce sont les moldus qui l'ont créé.
— Mais ils connaissent notre existence ?
— Certains, oui. Depuis la seconde crise du Noir.
— Mais cela fait dix ans.
— Et alors ?
— Comment se fait-il qu'ils n'en aient pas parlé à tout le monde ?
— Parce qu'ils ne voulaient pas. Ils ont créé la NFYA pour protéger les moldus en préparant les sorciers à une nouvelle crise.
— C'est donc dans un centre moldu que vous m'emmenez ?
— Oui. Dans ton collège. Au collège Anne de Bretagne, dans la partie souterraine, il y a un réseau de couloirs reliant d'immenses complexes secrets.
— Que ferai-je là-bas ?
— Ce qu'on te dira. »

À ce moment j'ai compris que le mois qui allait suivre n'allait pas être de tout repos. Maintenant je sais que j'avais raison.

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marcdetoday
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