
Selon le Dictionnaire Hachette Encyclopédique de 1997, le mot « urgence » est défini comme ce qui est urgent : un cas, une situation devant être réglé sans délai. Donc, à moins que je me trompe ou que la définition ait évolué, le Service des Urgences d'un hôpital s'occupe de ces cas urgents. Pourtant, un certain mardi de fin juillet 2001, il en allait autrement.
Une appendicite mal diagnostiquée
En fin de journée, mon ami se plaignait de douleurs dans le bas du ventre. En fin de soirée, la douleur lui barrait le ventre et c'est plié en deux qu'il partit pour les urgences. Là-bas, on lui diagnostiqua une appendicite et on l'allégea avec des médicaments. Il fut opéré le mercredi après-midi, soit presque 24 heures à se gaver d'antidouleurs parce que le chirurgien n'avait pas voulu opérer la veille.
Le lendemain, je souhaitais lui rendre visite mais sa mère, le trouvant trop faible, m'a demandé de venir le vendredi. Le jeudi, je lui passai tout de même un coup de fil et lui qui d'habitude était si courageux avait une toute petite voix et me disait qu'il souffrait. J'allais donc lui acheter VTT Magazine car il adorait cela et j'attendais le vendredi.
Le vendredi matin, vers 9 heures, ma mère, n'en pouvant plus, vint me réveiller pour m'annoncer la terrible nouvelle. Il était mort. Une déchirure pour moi, pauvre adolescent qui perdait une partie de lui, sa moitié. Il était tout pour moi, nous passions beaucoup de temps ensemble, nous nous étions vus la veille de son entrée en clinique et nous avions plein de projets pour l'été.
Les circonstances troubles de sa mort
La mort peut frapper à tout moment et je me serais peut-être mieux remis si les circonstances avaient été différentes. S'il s'était tué sur son tout-terrain LOOK acheté en début de mois, je l'aurais accepté car je savais qu'il serait mort heureux. Au lieu de cela, il est mort car on l'a opéré d'une appendicite alors qu'il avait une péritonite et qu'on doit opérer d'urgence.
Cette erreur de diagnostic n'est pas la plus grosse faute professionnelle puisque l'opération s'était bien passée. C'est tout ce que je sais concernant cette histoire. Mes parents ne m'ont rien dit pour me préserver, je pense, mais il y a eu enquête de police car il est passé par la fenêtre et que les fenêtres sont trop hautes pour qu'un opéré de l'appendice enjambe et saute. L'hypothèse du suicide est donc écartée. De toute façon, il n'était pas de nature à se suicider.
Une autre version qui m'est parvenue — et ce sera celle que je garderai pour ne pas me gâcher l'existence — est qu'il a fait une crise d'asthme et, ayant besoin d'air, s'est avancé vers la fenêtre et a chuté. Il était asthmatique donc je garde cette idée, même si j'entends mes parents parler d'infirmières qui l'ont vu se promener mais qui n'ont rien fait alors qu'il était une heure du matin.
Erreur médicale : quand l'hôpital étouffe l'affaire
Tout ça pour dire que l'hôpital se protège depuis et a étouffé l'affaire, mais il est certain que par plusieurs fautes professionnelles, l'hôpital a tué mon meilleur ami. Alors, si on ne peut pas se faire opérer d'une appendicite — opération banale — peut-on espérer un jour guérir d'un cancer ? Bien sûr, jusqu'au jour où cela sera devenu banal (et je le souhaite car cela montrera qu'on peut soigner un cancer) et que les médecins seront blasés et s'intéresseront à d'autres choses.
En tout cas, on parle d'insécurité mais on oublie celle-là.