Image 1
Essais

Pourquoi te détruis-tu ?

Une adolescente de 17 ans se laisse entraîner dans la spirale destructrice d'un garçon mystérieux, entre attirance et danger.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Image 1

Je me sens aspirée, happée, attirée malgré moi vers cette lumière. C'est étrange. Une lumière non pas blanche, mais complètement noire, pourtant ça m'éblouit. Je n'ai pas l'impression de flotter, mes tripes me tirent vers le bas, désagréable comme sensation. Je me sens vide de l'intérieur, vide, comme lorsque tu m'as montré... Enfin... Vide, oui, juste vide.

Une adolescence en fracture

J'ai 17 ans. Un âge pourri selon mes parents. Il ne faut pas chercher à comprendre, ils sont comme ça, ils sont gentils mais à leur manière, disons. J'étais dans un lycée privé, donc forcément un « lycée sans problème », c'est ce qu'on dit. Quand je suis arrivée, la dernière bonne sœur venait de lâcher, pas de cours de religion, donc finalement il n'y avait pas de grande différence avec mon ancien bahut. Enfin, au niveau enseignement, ça revenait au même, c'était légèrement différent pour ce qui était des élèves. On sentait que la plupart se voulait élite, ils vivaient dans leur sorte de microcosme bien tranquille. Dans un lycée public ils n'auraient peut-être pas tenu longtemps.

Et puis il y avait toi. Un interne.

La rencontre avec Mathieu

Je ne savais pas trop vers qui me tourner au début. J'avais le choix entre groupe modèle 1, groupe modèle 2, groupe en révolte ou alors groupe « j'm'en-foutiste ».

Mon année scolaire s'est bien passée, j'étais une élève « solitaire mais studieuse et dotée d'un grand sens des réalités », ils entendaient par là que j'avais déjà des projets pour mes études. « Un grand sens des réalités », s'ils avaient su... Si j'avais seulement prévu...

Les cours allaient bientôt s'achever, je lisais un bouquin dans un coin du couloir lorsque je l'ai vu s'approcher. Il m'a demandé si on ne pouvait pas aller dehors un moment. Nous sommes allés nous asseoir sur un banc, sous les yeux de ses amis. J'avais cru entendre qu'un de ses amis s'était suicidé cette année, on avait étouffé l'affaire au lycée, il ne fallait pas que l'on se mette à faire courir des rumeurs dans les couloirs. Le prestige avant tout ! Il m'a proposé de sortir avec lui, je le connaissais à peine ! J'ai immédiatement refusé, ça n'avait aucun sens !

Je savais qu'il sortait souvent durant les vacances. Un après-midi, il me proposa une balade dans le parc pas très loin. Une idée plutôt sympa. Jamais je n'aurais dû accepter. Tout s'est enclenché à partir de là.

L'enfermement dans la douleur

L'idiote que j'étais s'est faite rouler, il m'a embrassée. Je suis tombée sous le charme, c'était étrange, un baiser triste et doux. Je le voyais pratiquement tous les jours, peu à peu je le découvrais, je voyais les entailles qu'il se faisait partout sur son corps. Je n'aurais pas dû rester. « Fuis ! Mais fuis donc, pauvre sotte ! » Je suis restée, je n'aurais pas dû.

J'ai moi aussi essayé chez moi, je voulais comprendre, comprendre pourquoi il faisait ça, comme j'ai tenté de comprendre son besoin d'alcool. Mais la douleur était la plus forte, je reposais rapidement la lame loin de moi. Non, décidément, je n'arrivais pas à comprendre.

La confrontation finale

Je décidais un soir d'aller le voir pour essayer à nouveau d'en discuter. Forcément, il était complètement ivre.

— Qu'est-ce que tu fous là, toi ?
— Mathieu, calme-toi, je suis juste venue voir ce qui se passait.
— Ce qui se passe ? Ben vas-y, regarde par toi-même, fais le tour, fous-moi la paix après.
— Qu'est-ce qu'il se passe, Mathieu ? Explique-moi, pourquoi fais-tu ça ?
— Pourquoi je fais quoi ?
— Mais pourquoi tu te détruis ?!

Il m'agrippa le bras et me tira dans la salle de bain. Je vis un de ses amis couché par terre, évanoui.

— Il m'a posé la même question, celui-là. Ne me demande pas de t'expliquer.

Il me montra un revolver posé sur le rebord de la baignoire. Je tentais de me dégager de sa main, prise de panique, mais il serra plus fort encore.

— Tu veux te dégager, ma chérie ? Tu ne veux plus comprendre ?... Tu n'as rien à craindre, rien à craindre de moi je veux dire.

Je ne comprenais plus rien. J'essayais vainement de m'échapper. Il mit sa main sur mes yeux, je sentais ma tête qui commençait à tourner, des images sorties de nulle part se projetaient devant mes yeux. Je me sentais tomber. Je voyais Mathieu, différent, souriant, puis tout à coup une ombre passa sur son visage. Les images défilaient devant moi, une immense douleur me parcourait, et Mathieu était toujours là, il pleurait en regardant les images. Je ne sentais plus mon corps, juste cette douleur lancinante, je n'étais plus dans la salle de bain mais dans un lieu sombre qui me semblait sans limite. Et toujours les images. Elles me crevaient le cœur, je ne voulais plus regarder mais je n'arrivais pas à détourner mon regard et encore moins à fermer les yeux. Mathieu se faisait du mal, à nouveau, il regardait alternativement les images puis moi, beau dans sa douleur qu'il m'infligeait, beau comme un ange, un ange venu des enfers. Un fulgurant éclair de douleur me transperça.

Mathieu ! Aide-moi ! Je t'en prie ! Je t'en prie, Mathieu... Aide-moi...

L'issue tragique

Quelques jours plus tard, on entendait à la radio qu'une jeune fille ainsi qu'un jeune homme avaient été retrouvés morts, probablement assassinés, dans un appartement. Le supposé meurtrier et propriétaire de l'appartement avait pris la fuite et restait pour le moment introuvable. Il était fort probable qu'il ait tué d'une balle ces deux personnes. Cependant, le doute persistait, l'arme ayant été retrouvée dans la main de la demoiselle.

Vers la lumière noire

Je me rapproche de plus en plus de la source lumineuse. J'essaie de la toucher avec ma main, mais je n'arrive pas à l'atteindre, et toujours ce poids qui me tire vers le fond. Mathieu, mon ange noir, il m'a montré, il a osé me montrer ce qu'est vraiment l'Homme. Non ! Je ne veux pas descendre ! Je ne savais pas que vouloir sortir de ce monde, s'enfuir de la vie rendue nauséabonde, était un péché. J'essaie d'avancer, je n'y arrive pas, mais je continue.

As-tu aimé cet article ?
donna987
5 articles 0 abonnés

Commentaires (1)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires