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Essais

Pour toi papa

Un témoignage bouleversant sur une enfance brisée par la violence paternelle. De cette souffrance est née une force inattendue : l'insensibilité comme bouclier.

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Je voudrais dire à mon père, même si je sais qu'il ne lira jamais cet article, que je le remercie d'avoir fait de moi ce que je suis aujourd'hui.

Je suis devenue quelqu'un d'insensible.

Ce soir-là, tout a commencé

En fait, tout a commencé un soir où il venait me chercher, ma petite sœur et moi, chez notre nourrice. Je devais avoir environ 11 ans et, comme j'étais la plus grande, ma nourrice ne m'aidait jamais à faire mes devoirs. À cette époque, j'avais de très mauvaises notes, personne ne m'aidait, j'étais toujours au fond de la classe et j'écrivais très lentement.

Ce soir-là, il est venu nous chercher et je n'avais pas fini mes devoirs, comme d'habitude. Il devait être de mauvaise humeur, je crois.

Il avait un véhicule de fonction, et je me souviens qu'il nous mettait toutes les deux à l'arrière car il n'y avait pas assez de place. Bref, il était furieux contre moi et il m'a dit : « Tu verras, ce soir ce sera ni la main, ni le pied. » J'avoue que sur le coup je n'ai pas très bien compris, mais sa voix grave résonnait dans la voiture comme dans un tunnel. Un frisson m'a envahie et il faisait si noir que je distinguais à peine le visage de ma sœur, qui n'avait pas compris non plus.

La nuit où tout a basculé

Arrivés à la maison, ma mère n'était toujours pas rentrée de son travail. Il a demandé à ma sœur de rester en bas et il m'a ordonné de monter dans ma chambre. J'entendais ses pas lourds me suivre dans l'escalier. Je me disais qu'il allait me faire la morale à propos de mes notes, mais je me trompais.

Arrivés dans ma chambre, il ne m'a rien expliqué du tout, il m'a juste demandé de baisser mon pantalon et ma culotte puis de poser mes mains sur mon bureau.

Il a enlevé sa ceinture et là…

Toute ma vie s'est écroulée ce soir-là et a basculé dans les ténèbres à jamais.

Je l'entends encore me dire : « Arrête de hurler ou je frappe plus fort. » Je sens encore mon urine chaude couler entre mes jambes, je ressens encore et encore la douleur. Mais le pire, c'est que je me vois encore et toujours le supplier à genoux d'arrêter.

Quelques moments plus tard, il m'a passé de la crème en me disant : « Je t'aime, tu sais. » En me voyant ainsi, ma mère a fondu en larmes, impuissante. J'entends encore trembler dans sa voix : « Mon bébé. »

Les conséquences d'une violence paternelle

Il n'a jamais recommencé mais depuis ce jour, rien n'est plus comme avant pour moi. Lui, il croit que j'ai oublié. Il y a peu de temps encore, il lui est arrivé de me frapper ou de m'étrangler, mais plus rien dans ma vie n'égale une telle souffrance.

Quand je repense à ce jour, je suis folle de rage. Ma mère et ma sœur pleurent encore souvent quand il les fait tourner en bourrique, mais pour moi, c'est de la faiblesse ! Avant, j'étais une vraie pleurnicharde et maintenant je ne lâche même plus une seule larme, même pour des choses très graves.

L'insensibilité comme bouclier face à la violence

Je suis devenue insensible.

Si je lui dis merci aujourd'hui, c'est parce qu'avec cette éducation très dure, il a fait de moi une personne très forte. Bien sûr, je lui en veux encore et pendant des années je l'ai détesté, mais aujourd'hui je n'en ai rien à faire de lui.

En fait, il peut mourir demain, ça ne changerait rien pour moi.

Je pense que le fait que je ne sois plus faible m'aide beaucoup dans ma vie de tous les jours.

Aujourd'hui, il y a peu de choses que j'aime et qui m'aident à tenir le coup : mes amis, mes passions et la musique (notamment celle de Kyo dans laquelle je me retrouve tout à fait).

C'est pourquoi papa, je te dis merci, même si ce merci est hypocrite.

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klito
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