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Essais

Petit Ange

Petit Ange, bébé comblé de parents aimants, découvre le monde : de sa naissance à son arrivée chez lui, il nous raconte sa nouvelle vie avec humour et tendresse.

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Petit Ange est heureux dans le ventre de sa mère... Tranquille peinard, il fait chaud, la vie est belle... Alors pourquoi faudrait-il sortir de ce cocon maternel pour débarquer dans la vie et ses dures réalités ? Pourquoi Petit Ange devrait-il affronter le monde extérieur au risque de perdre son innocence ?

Petit Ange a de la chance. Sa mère n'est pas une fille de quinze ans abandonnée par son copain, son père n'est pas un violeur qui aurait abusé de sa mère ni un tueur en série, ses parents s'aiment... Même s'il est né en banlieue et qu'il va vivre dans un immeuble (au cinquième étage, mais l'ascenseur n'est pas encore en panne), il commence mieux sa vie que certains petits bouts de chou. Sa mère, avant de tomber enceinte, travaillait dans une boutique de vêtements et son père est électricien. Donc ils ne roulent pas sur l'or, mais ils ont de quoi vivre normalement...

Même s'il n'a pas envie de sortir de son nid, Petit Ange n'a pas fait trop de problèmes pour l'accouchement (déjà, c'est sûr, il est resté le plus tard possible, donc il n'est pas prématuré)... Pas de césarienne, ni d'hémorragie... Mais Petit Ange est surpris, il comprend pas pourquoi sa mère gueule comme ça... Peut-être qu'elle ne veut pas non plus qu'il sorte... Petit Ange est sorti, ça y est, lui aussi gueule un bon coup pour montrer que ça le fait chier... Mais il se calme un peu une fois dans les bras de sa mère.

Petit Ange est un gourmand... Il tête sa mère toutes les deux heures et pleurniche grave quand on le fait attendre. Il aime bien l'odeur de son papa (c'est peut-être son parfum pour mecs) quand celui-ci le prend dans ses bras, et il fait des petites bulles avec sa bouche pour montrer que ça lui plaît... Ce qui évidemment fait craquer tout le monde. Il a le chic pour se faire aimer, Petit Ange.

Ça y est, Petit Ange va enfin découvrir où il habite et c'est pas trop tôt parce qu'il en avait vraiment marre de voir toutes ces femmes en blouse blanche se balader et essayer de le laver, de le peser, de l'habiller, enfin bref lui casser les pieds. Et puis tous ces visages énormes penchés au-dessus de sa tête avec leurs grands sourires, tous ces inconnus qui le prennent dans leurs bras, ça le saoule un peu, Petit Ange... Il préfère largement quand il est tout seul avec ses parents ; là, au moins, il est tranquille. Il a besoin d'un peu d'intimité, ce gosse, quand même ! Il a déjà une semaine et demie, non mais !

La voiture, sur le coup, il aime moyen, Petit Ange, parce qu'il se met à brailler comme pas possible quand elle démarre... Ou alors il a rempli sa couche... Mais bon, sa maman est patiente, elle le berce doucement, et puis le marmot se met à roupiller comme une souche tout le long du trajet. Dommage qu'elle s'arrête, d'ailleurs, la voiture, parce qu'il aime pas qu'on le réveille, Petit Ange, mais alors pas du tout, et ça s'entend très bien d'ailleurs...

Enfin, on y est ! Et l'ascenseur, ça le fait marrer, Petit Ange. Il fait des petits gazouillis avec ses lèvres en rythme avec son père qui sifflote, pendant que sa mère cherche les clés de l'appart dans son sac à main. Quand elle ouvre la porte, y'a la chatte Pastis qui se précipite pour demander des câlins, et Petit Ange se fend d'un grand sourire en voyant cette boule de poils orange qui sautille dans tous les sens. Il remet en route sa machine à bulles. Il n'a pas encore l'âge de s'amuser à essayer de tirer la queue du chat (et oui, la jeunesse a changé : au lieu d'essayer d'attraper la queue de Mickey dans un manège, les gosses préfèrent tirer celle du chat pour voir jusqu'où il peut sauter...). Et voilà, Petit Ange est enfin chez lui, mais il n'a yeux que pour Pastis. C'est déjà le début d'une grande histoire d'amour entre ces deux-là...

Malgré cette nouvelle passion qui est née entre nos deux loustics, Pastis est quand même un chat (enfin non, elle n'est pas humaine puisque c'est un chat, mais bon, voilà, on se comprend là) et elle a faim. Elle veut sa pâtée ! En plus, la voisine de palier n'est pas passée depuis trois heures, et Pastis est en pleine croissance : elle a besoin de vitamines pour que ses poils soient soyeux et que ses moustaches grandissent. Donc elle laisse tomber Petit Ange pour se taper un sprint vers sa gamelle qui vient d'être remplie par la maman. Après une dernière bulle de surprise, Petit Ange, vexé de s'être fait larguer ainsi, consent enfin à jeter un coup d'œil autour de lui.

Le salon est plutôt joli. Il y a un grand canapé où il se vautrera sûrement dans quelques années pour regarder des séries made in USA (donc évidemment, en face du canapé, y'a la télé – de nos jours, un canapé sans télé en face, c'est comme le père Noël sans sa longue barbe blanche...). Et le comble du bonheur, c'est la petite table en verre où l'on peut poser ses pieds en cas de grande fatigue (mais la maman, elle aime pas trop qu'on fiche ses chaussons sur la table toute propre, donc en fait il vaut mieux s'abstenir quand elle traîne dans les parages). Donc, à part ces trois éléments indispensables à la survie de tout être moderne normalement constitué, dans le salon, Petit Ange a repéré le coussin de sa bien-aimée (normal, en même temps, il est plein de poils couleur carotte, ce coussin...). Et à ce moment-là, elle lui manque tellement (c'est bien long, deux minutes sans l'amour de sa vie...) qu'il craque, le pauvre amour, et qu'il se met à chialer comme une madeleine.

Sa maman croit qu'il a faim, alors elle s'assoit sur le canapé pour lui donner le sein, mais Petit Ange, exaspéré, se met à crier de plus belle. Pourquoi ne peut-elle pas comprendre qu'il a le cœur brisé et que ça lui a complètement coupé l'appétit, le pauvre drôle ? Mais Pastis, rassasiée, saute sur le canapé et se frotte contre les pieds de Petit Ange, qui lâche un hoquet et s'arrête net de pleurer. Et pour se venger de son amoureuse, lui aussi il l'abandonne pour manger tranquillement. Mais il se demande bien pourquoi sa mère le regarde avec ces yeux ronds comme des balles de tennis...

Maintenant qu'il a mangé, qu'il s'est réconcilié avec Pastis, Petit Ange est heureux, commence à être fatigué et sent ses paupières se fermer... Alors, avec une infinie douceur, sa mère le change (elle lui met un pyjama à rayures jaune pétard) et le couche dans son landau à côté du lit de leur chambre. Elle l'embrasse sur le front et le regarde dormir, pleine de tendresse et d'amour pour ce p'tit bout qui dort paisiblement en suçant son pouce (et oui, c'est encore à la mode, le suçage de pouce...).

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lostangel
lostangel @lostangel
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