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Essais

Pensées d'un pendu

Accroché à son poteau pourri, un corps pendu se balance au vent, dévoré par les oiseaux et humilié par les passants. Une prière désespérée pour trouver enfin la paix.

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Je suis ici depuis bien trop longtemps. Les oiseaux n'en finissent pas d'arracher mes cheveux, de me trouer la peau, d'aspirer mon sang. Je me balance au gré des bourrasques qui brutalisent mon corps pendu. Accroché à mon poteau pourri, pestiféré du paradis, persévérance des enfers, la honte m'envahit à chaque regard des passants. Ils défilent comme des pantins, pourtant c'est moi qui suis accroché et balancé par la main agile du vent.

Mon collier de corde s'accrochant à la potence fait craquer le bois. Une lueur d'espoir : tomber au sol, m'enterrer totalement de la tête aux pieds, je pourrai enfin ne plus trembler. Sentir la terre me recouvrir, ne plus être soumis aux aléas du temps, ne plus être balancé. Mon corps est fatigué, transpercé, déchiqueté, dévoré. Les vers ont trouvé un nouveau refuge, les oiseaux un nouveau perchoir, les humains une nouvelle personne à humilier.

Je suis pendu, probablement mort, je ne suis même pas digne de reposer en paix avec les miens, allongé dans une tombe. Je n'ai droit qu'à la vision des passants traînant leur vie de la même façon que mon corps se traîne à la corde qui me pend. Mes yeux crevés me laissent penser que je suis pendu depuis plusieurs jours ; je ne vois que le sol du haut de ma tête penchée. Je vois mes pieds puants qui pendent à ma peau, odeur de décomposition exaspérante qui opère dans les narines des passants toujours plus pressés de passer devant mon corps décomposé.

Pas une seule fois je n'aurais pensé finir ma vie pendu par une corde, par le cou violet de ce corps que je ne contrôle plus.

Même par la mort, maintenant, je suis puni. Virevoltant çà et là, j'aimerais tomber.

Aujourd'hui, je prie jour après jour pour que mon corps repose en paix. Il a assez souffert des coups de bec des oiseaux ou des morsures des chiens errants essayant de m'arracher les pieds. Je prie pour tomber de la potence et, une fois à terre, m'enfoncer dans le sol pour rejoindre les miens.

Je veux reposer en paix.

Ecce Homo...

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damien
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