
Un jour, alors qu'elle n'était âgée que de cinq ans, Mona avait décidé qu'elle ne voulait pas grandir. Elle avait peur de devenir aussi égoïste que tous ces adultes sans autre intérêt que leur petite personne, et l'image que celle-ci peut laisser sur leur passage...
Malgré tout, elle savait pertinemment que nul ne pouvait arrêter le temps. Que cela n'était possible, malheureusement, que dans ces contes dépourvus d'intérêt que lui lisait sa maman par pure conscience maternelle. Alors Mona avait passé un pacte avec elle-même : puisqu'elle ne pouvait pas empêcher son corps de subir ces honteuses transformations qui le mèneraient à ces formes voluptueuses, elle tâcherait de toujours rester une enfant, au plus profond d'elle-même, dans son cœur, dans son âme...

À l'école, les autres se moquaient d'elle
De cette pauvre enfant qui n'avait de cesse de tenir des propos dépourvus de sens uniquement pour demeurer l'enfant qu'elle n'avait jamais voulu cesser d'être. Sans cesse, ses professeurs convoquaient ses parents afin de la faire consulter « une personne compétente ». C'est ainsi qu'elle rencontra en tout 14 psychanalystes, tous plus certains les uns que les autres de détenir la clé de son blocage mental. Mais Mona restait de glace face à tous les tests qu'ils tentaient vainement de lui faire passer. Au fond d'elle, elle ne cessait de se moquer de ce gros monsieur aux énormes lunettes, ou de celui-ci, tout maigre, dont la voix lui évoquait celle du chardonneret qui chantait du matin au soir au fond du jardin.
Mona avait maintenant 16 ans. Elle se révélait être une élève assidue, mais silencieuse. Une fois son baccalauréat en poche, elle fut forcée d'aller étudier à Paris. Là, elle se réfugia dans les bibliothèques, faisant connaissance avec Freud, Montesquieu, Descartes, Platon...

Quand Mona découvre « Le Monde de Sophie »
De Jostein Gaarder, elle réalisa soudainement que peut-être n'était-elle pas la seule à regretter son enfance, à vivre comme une enfant... Alors, afin de se faire certifier cette idée, elle courut s'acheter des petites jupes plissées, des élastiques pour cheveux de toutes les couleurs, et surtout des sucettes. Elle se fit de grosses couettes, puis sortit dans la rue, osant affronter le regard des gens sans peine. Elle se dit que, après tout, si elle n'était pas la seule, alors il fallait qu'elle rencontre ces personnes qui regrettaient leur enfance. Elle renouvela cette expérience durant une semaine ; et, enfin, alors qu'elle commençait à se dire qu'elle avait eu tort, un jeune homme à peine plus vieux qu'elle vint lui parler. Elle ne sut quoi répondre lorsqu'il lui dit l'avoir observée et s'être retrouvé dans son attitude.
Cela faisait à présent environ 15 ans qu'elle vivait coupée du monde extérieur, ne vivant qu'à travers ses songes. Alors elle suivit le jeune homme chez lui. Durant toute la semaine suivante, ils demeurèrent chez lui, exprimant leurs chimères, leurs rêves d'enfant, leurs utopies... Enfin Mona vivait, elle comprenait qu'elle devait s'ouvrir à son entourage afin d'évoluer...
Alors Mona s'épanouit à une vitesse exceptionnelle. Elle présenta Malo, car c'était son nom, à ses parents... Puis ils décidèrent de créer une association qui regrouperait toutes les personnes en mal d'enfance. Cette idée eut un succès fou... Avec le temps, Mona et Malo se rapprochèrent ; tant et si bien qu'ils s'avouèrent enfin leur amour. Philosophant, ils poursuivirent leur petit bout de chemin, entre l'enfance et le monde adulte, entre leurs enfants et leurs adeptes...