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Essais

Parapluie

Sous une pluie torrentielle, un trajet en bus tourne au cauchemar. Au milieu du chaos, une jeune femme réalise que sa vie vient de basculer.

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Un grand parapluie multicolore avance devant moi, la pluie ruisselle le long de mon visage aux traits encore souples.
Ma silhouette se cambre, j'accélère le pas et me glisse sous l'immense parapluie. La femme se retourne et me regarde l'air surpris. Je lui montre mes cheveux mouillés et mes vêtements trempés. Elle sourit et continue sa marche, plus lentement cette fois.

L'attente sous la pluie

L'arrêt de bus est plein, il n'y a plus aucune place à l'abri. Les bus défilent sans s'arrêter. Ils continuent leurs trajets sans nous apercevoir et, de toute façon, personne ne pourrait monter : ils sont déjà trop surchargés. Les gens s'impatientent. Un bus ralentit, la foule tente de s'engouffrer dans la carcasse métallique, mais le bus repart, plein.

Je suis restée sur le bas-côté ; la femme au parapluie n'est pas montée non plus. La foule me fait peur, je la fuis autant que possible.
D'autres bus passent. L'arrêt, qui s'était momentanément vidé, croule à nouveau sous les hordes de passants. Enfin, un autre s'arrête. Je monte et m'assois contre la fenêtre. Le parapluie reste sur le trottoir, la femme me sourit.
L'autobus démarre. Dans la cohue et le brouhaha général, mon esprit s'évade et suit le chemin emprunté par les gouttes de pluie le long de la vitre sale.

L'orage et l'accident de bus

L'orage s'intensifie et de nombreuses flaques d'eau apparaissent sur l'asphalte luisant. Le bus freine, glisse, klaxonne. Le chauffeur crie, s'énerve... Les visages s'angoissent, les quelques rares sourires disparaissent laissant place aux rictus de panique.
La fenêtre où couraient quelques gouttes tout à l'heure semble désormais noyée sous un fleuve déchaîné ; elle rend la ville floue, difforme.
Soudain, les pneus crissent. Le bus dérape, perd l'équilibre et se renverse. Il roule sur lui-même, enchaîne les tonneaux à une vitesse étonnante. Et dans la rue sombre et détrempée, le bus semble une danseuse un peu maladroite. La chorégraphie est impressionnante, mais la volupté manque. Les cris remplacent les notes de musique.

Mais qu'importe, la danseuse continue son spectacle funeste. Le bus s'immobilise, les sirènes des pompiers en guise d'applaudissements. La carcasse échouée de l'engin métallique fume dangereusement, la partie avant s'enflamme et les cris redoublent d'intensité.
On m'attrape par les épaules, on me tire. Deux hommes me demandent de parler, mais aucun son ne sort de ma bouche, les lèvres ne bougent même plus. Comme emprisonnée dans un bloc de glace, je ne peux plus bouger et j'ai froid, tellement froid.
Le pompier m'emmène dans l'ambulance. Je veux m'agripper à lui, mais mon bras se refuse à bouger. J'essaie de toutes mes forces mais rien ne se passe. Je garde le visage impassible sans aucune trace de l'effort que je fais en essayant de remuer mon bras.
Je prends alors conscience que rien ne sera plus comme avant.

Le chaos et le traumatisme

Autour de moi, du sang partout. Le liquide rouge foncé tache les blouses blanches et recouvre le sol autour du bus. Des cris, des hurlements de douleur s'élèvent également. Le feu dans le bus gagne du terrain, les gens souffrent, l'effervescence est totale... Mes yeux s'humidifient, les larmes coulent sur mes joues. Elles paraissent chaudes, leur goût salé pénètre dans ma bouche.

Comme la pluie sur la vitre, mes larmes noient à leur tour le monde autour de moi. Je suis comme dans une bulle de cristal qui me coupe du reste de l'univers.
Les portes de l'ambulance se referment sur ce spectacle funèbre.

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arxie
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