
Je me suis inspiré de moi-même, ainsi que des personnes que j'aime, pour créer les personnages de cette fiction, mais l'histoire est inventée. J'espère qu'elle vous plaira, ce n'est que la première partie !
La chambre de Jennifer était sombre, comme toujours. Bryan était le seul à y être entré ces derniers jours ; tous les autres refusaient d'y pénétrer, à cause de la peine immense que leur causait la vue de ses affaires. Mais pour lui, c'était le contraire : il s'y sentait bien, comme nulle part ailleurs, comme si, malgré tout, elle était encore là, près de lui. Il ne touchait pas grand-chose, mais chaque objet qu'il prenait lui rappelait la fille qu'il aimait.
Mais ce soir, c'était la dernière fois qu'il entrait dans cette pièce. Son sac était prêt, rempli comme jamais. Il se baissa pour le poser près de la porte et, en se relevant, leva les yeux vers une des tenues de Jennifer pendue à son armoire. C'était un cadeau qui lui aurait été destiné si tout cela n'était pas arrivé : la tenue qu'elle avait portée à leur tout premier rendez-vous. Une étiquette y était attachée avec ces mots : « Pour toi mon ange, pour cette année de bonheur avec toi et pour toutes les prochaines. Je t'aime pour toujours. »
Sa gorge se serra, comme à chaque fois que quelque chose lui rappelait le passé. Il s'habilla rapidement. Il était bientôt 23h, l'heure que lui et Samantha avaient choisie. Samantha était la sœur jumelle de Jennifer, l'une des personnes les plus marquées par cette disparition. Elle semblait avoir perdu l'envie de vivre, tout comme Bryan, mais au fond, elle était toujours la même, habitée par un sentiment de solitude qu'elle voulait effacer à tout jamais.
Il rangea petit à petit les affaires de Jennifer qu'il avait prises dans ses bras : la peluche en forme de cœur qu'il lui avait offerte, et surtout ce qui lui fit encore plus de mal — Terlinpinpin, le lapin en peluche qu'il avait reçu à sa naissance et qu'il lui avait donné après 17 ans, car il était sûr que c'était elle, l'amour de sa vie. Il le pensait toujours. Il continua de ranger mais, lorsque ses yeux s'arrêtèrent sur une boîte, il la prit et la glissa dans sa poche.
L'instant approchait. Il regarda une dernière fois le cadre où elle avait mis une photo d'eux sous un pont, en train de s'embrasser. Il entendit alors quelqu'un toquer légèrement à la porte : c'était Sam. Son histoire prenait un nouveau sens dès à présent. Mais elle n'avait pas commencé cette nuit-là. Tout avait commencé il y a plusieurs jours déjà...

Flash-back : les retrouvailles qui ont tout changé
Bryan et Jennifer allaient enfin se retrouver après plusieurs semaines de séparation ! Il aurait dû attendre les vacances scolaires normalement pour la revoir — Bryan étant en terminale et Jennifer en première — mais c'était bientôt leur premier anniversaire ensemble, et il ne pouvait pas rater ça ! Bryan habitait Maubeuge et Jennifer habitait Cambrai. Ils avaient su, pendant toute cette année, résister à la douleur immense d'être séparés de la personne que l'on aime le plus au monde.
Ils s'étaient quand même vus plusieurs fois pendant cette année, surtout lors des grandes vacances qu'ils n'oublieront sûrement jamais : les meilleurs moments de sa vie, pensait Bryan. Enfin, pour l'instant ! Cet anniversaire s'annonçait comme un événement majeur dans sa vie, et il avait hâte que ce train arrive à la gare de Cambrai. C'était lui qui se déplaçait cette fois.
Ils fêteraient leur anniversaire à Cambrai et Bryan avait tout prévu grâce à l'aide de Samantha bien sûr, sa belle-sœur. Il avait dans sa poche le cadeau qu'il comptait offrir à Jennifer : une bague qu'il avait dû payer très cher, mais il avait travaillé pendant plusieurs mois pour en trouver une géniale, et il était assez fier du résultat. Il repensait à tout ce qui s'était passé avant qu'ils sortent ensemble. Ils avaient dû attendre plusieurs mois avant de pouvoir être à deux, et cela avait été très dur, mais tout cela était du passé. Dans quelques instants, ils seraient de nouveau réunis pour leur anniversaire ! Ils avaient tant de souvenirs ensemble : toutes les sorties, tous les cadeaux, toutes les surprises, toutes les vidéos.
Il n'avait jamais été aussi sûr d'avoir enfin trouvé l'amour de sa vie : c'était elle et personne d'autre. Lorsqu'il était loin d'elle, sa vie était terne et monotone. Mais lorsqu'elle était près de lui, il se sentait enfin vivre, il était vraiment quelqu'un, et c'était pareil de son côté. C'était très dur d'être séparé d'elle, mais elle avait su tenir bon, et toutes les retrouvailles étaient magiques, d'une intensité immense !
Et bientôt, il serait de nouveau vivant : son ange serait à ses côtés pour ces quelques jours au paradis. Le train ralentit alors. Les derniers kilomètres avant la gare de Cambrai défilaient toujours avec une lenteur extraordinaire, alors Bryan se leva, prêt à sauter du wagon pour courir jusqu'à sa Jennifer qui devait déjà l'attendre. Le train s'arrêta enfin et Bryan sauta dehors, mais il n'y avait personne sur le quai. Comme d'habitude, Jennifer devait l'avoir attendu à l'intérieur de la gare, bien assise, alors il courut légèrement jusque-là pour la rejoindre. Mais dans la gare, il n'y avait presque personne : une vieille dame assise en train de lire le journal, et les employés de la gare qui s'activaient derrière leurs guichets.
Un petit retard sans doute, pensa Bryan, alors il s'assit à son tour et patienta. Mais au bout de dix minutes et de deux appels restés sans réponse, il commença à perdre patience et sortit de la gare pour aller chez elle. Mais à peine était-il sorti qu'il remarqua la voiture de la mère de Jennifer garée non loin. La mère de Jennifer était là, mais où était Jennifer ?

Le drame qui a tout brisé
Il s'approcha de la mère de Jennifer qui lui posa la même question. Ils se regardèrent, déconcertés, et firent le même mouvement : ils coururent vers la gare. Le cœur de Bryan battait la chamade, mais ce n'était plus du stress — c'était de la peur, comme la première fois où Jennifer était venue le voir. Elle s'était trompée de train et, lorsque Bryan était venu la chercher, elle n'était pas là. L'une des plus grandes peurs de sa vie : il ne savait plus quoi faire, mais un coup de fil avait arrangé cette histoire. Mais cette fois-ci, ce ne fut pas suffisant.
Ils arrivèrent dans la gare, mais Jennifer n'était nulle part, ni dans la gare, ni sur les quais. Paniqués, ils regardèrent partout, et Bryan pria Dieu de la faire apparaître de derrière n'importe quel pilier, prête à sauter dans ses bras, mais elle restait introuvable. Il vit alors deux pieds dépasser de derrière un mur. Son sang ne fit qu'un tour et il courut pour retrouver enfin la fille qu'il aimait. Mais lorsqu'il arriva derrière ce mur, il découvrit que ce n'était pas elle, mais un agent de la SNCF endormi — ou plutôt évanoui — avec la marque d'un coup violent sur son crâne rasé.
La mère de Jennifer s'accroupit près de cet homme et réussit à le réveiller avec quelques claques.
— Que s'est-il passé ? demanda-t-elle.
Elle et Bryan savaient bien ce qu'il allait répondre, mais ils ne voulaient pas l'entendre. Par pitié, ils ne voulaient pas connaître la vérité.
— Je n'ai... Je n'ai rien eu le temps de faire. C'était deux hommes, ils ont attrapé une jeune fille et l'embarquaient de force dans leur voiture garée derrière la gare.
La mère de Jennifer lui demanda des détails et il s'avéra que c'était bel et bien de Jennifer dont il parlait. Bryan ne pouvait y croire. Il avait l'impression qu'une bête vorace lui dévorait le cœur.
— Je m'apprêtais à leur courir après, mais ils devaient être trois car quelqu'un m'a assommé par derrière juste après que j'ai eu le temps d'écrire...
Bryan ne réfléchissait même plus. Tout ce qui comptait désormais, c'était que Jennifer était en danger — et avec des hommes ! Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien avoir en tête ? L'agent leva sa main droite sur laquelle étaient écrits au stylo, presque effacés, des chiffres et trois lettres.
— Leur plaque d'immatriculation, finit-il.
La mère de Jennifer leva les yeux vers lui, les sourcils froncés : ils pensaient déjà à la même chose.
Quelques instants plus tard, ils étaient dans une voiture de police. Ils ne savaient plus quoi penser. Cela ne devait pas se passer comme ça ! À l'heure qu'il était, il devait être avec Jennifer dans sa chambre, en train de déballer ses affaires et de cacher son cadeau. Pas ici, non ce n'était pas possible ! Elle serait bientôt là, tout près de lui, et il serait là pour lui faire oublier ce mauvais moment.
La mère de Jennifer était à côté de lui. Elle ne disait plus rien depuis le moment où elle avait donné la plaque d'immatriculation et la description de Jennifer. Il n'avait même pas remarqué qu'elle lui tenait la main à présent, qu'elle la serrait assez fort, comme si la vie de sa fille en dépendait. Les policiers tentaient de les rassurer de toutes les manières, mais aucune parole ne pourrait les apaiser. Le cœur de Bryan se fissurait petit à petit. Il savait au plus profond de lui que sa chérie n'allait pas bien et que, pour l'instant, il ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre d'arriver là où elle était.
Après plusieurs minutes, la police avait retrouvé la voiture qui transportait Jennifer. Ils l'avaient suivie jusqu'à une maison isolée dans un coin perdu. Les policiers les emmenaient jusqu'à cette maison pour retrouver Jennifer une fois l'opération de sauvetage réussie.
Ils avaient aussi prévenu Samantha et son père, qui étaient dans une autre voiture de police et arriveraient sûrement quelques minutes après eux. Bryan savait que Samantha devait être dans le même état que lui, trop horrifiée pour réfléchir à quoi que ce soit. La seule chose qu'il voulait, c'était la voir, juste la voir, qu'elle soit avec eux, lui et toute sa famille, en sécurité. Pourquoi elle n'était pas là ? Ce n'était pas possible, impossible qu'il lui arrive quelque chose. Il ne s'en remettrait jamais, il en mourrait !
Mais non, ils allaient la récupérer, ils l'avaient promis, elle serait bientôt là. Ils approchaient de plus en plus. Des barrières de policiers étaient installées et ils entendirent à la radio que l'opération venait de commencer. Le conducteur accéléra alors et Bryan se rongeait les ongles en écoutant la radio. Il voulait juste entendre quelque chose comme « opération terminée avec succès » ou même « on l'a récupérée, elle va bien », mais ce ne fut pas du tout ce qu'il entendit. Au contraire, pour son plus grand malheur...
À SUIVRE...