
J'suis fatiguée.
De cette chaleur (vous aussi, n'est-ce pas ?). De mes projets stupides (j'aurais dû y réfléchir plus tôt, oui je sais). De mes journées trop remplies (vivent les vacances).
Mais surtout, surtout... j'ai mal de toi. Mal à nous. Mal à moi.
J'aurais dû écouter les conseils
J'aurais dû les écouter. On dit toujours ça après. On demande des conseils, mais quand on nous les donne, on se dit « ils ne savent pas mieux que moi ».
Et moi, avec mon esprit de contradiction à deux balles (c'est une expression pourrie, je reconnais, vous allez quand même devoir la supporter) et ma volonté de passer pour une sans-cœur, j'ai fait ma maligne. Ça, je fais plutôt bien. Et pis après, je me retrouve à payer les pots cassés. Et ce coup-ci, mon cœur en a pris un coup aussi.
J'me disais : « L'amour, l'amitié, la tendresse, MDR, j'suis au-dessus de ça moi. Nan mais franchement, vous m'avez regardé ? J'ai pas une bonne petite tête d'égoïste qui se respecte ? Quand j'aide les autres, c'est par principe, pas par gentillesse. Quand j'me fais des potes, c'est par intérêt, pas par sentimentalisme. »
Mouais, j'en ai dit des conneries. J'pensais que j'me contrôlais parfaitement. Qu'après mes défaites sentimentales et les quelques coups de pute qu'on m'avait fait, j'avais enfin compris qu'il était temps de mettre cette petite chose fragile sous verre, comme dans les collections d'objets précieux.
Quand tu es arrivé dans ma vie
Alors quand t'es arrivé et que tu m'as dit : « J'peux squatter un peu chez toi ? J'suis que de passage. Je partirai sans laisser d'adresse. J't'envahirai pas longtemps. J'ai déjà ma date de déménagement. », bah j'me suis dit que c'était ce qu'il me fallait. Quelqu'un pour me tenir compagnie. Qui prenne pas trop de place. Et qui reste pas trop longtemps.
On m'a mis en garde. Mais toi tu me connais, tu sais très bien que j'suis trop fière pour écouter les autres.
Alors quand ils m'ont dit : « Tu vas t'attacher, fais gaffe !! », j'ai rigolé. « Allons, vous me connaissez ! Moi, m'attacher ? Moi, me prendre la tête pour un passant ? Roooh, soyez sérieux un peu. Nan, ça sera parfait au contraire qu'il s'en aille. Comme ça, j'aurai même pas le temps de me rendre compte que c'est un con. »
Ouep, j'ai bien ri à l'époque. C'est que j'y croyais dur comme fer, que j'm'en tapais de ton départ. J'en savais la date. Pratique pour trouver un nouveau coloc après toi.
Quand tout s'est accéléré
Et puis tout s'est accéléré. Et j'ai pas suivi le rythme.
Il faut que je parte quelques jours. J'te laisse les clefs de l'appart parce que j't'ai promis de t'accueillir jusqu'au bout, j'peux décemment pas te jeter dehors. Mais j'arrive pas à te faire suffisamment confiance.
J'me demande si tu vas pas un peu l'abîmer, cet appart, en mon absence. Ou ptêtre que tu vas squatter chez quelqu'un d'autre parce qu'un appart vide c'est trop triste. Tu reviendras en même temps que moi. J't'ai pourtant demandé d'en prendre soin en mon absence. Comment tu feras si t'es pas là ?
J'ose pas demander ce que tu as prévu de faire quand j'serai pas là avec cet appart'. J'me dis que ça ferait malpoli. J'vais quand même pas te forcer à rester chez moi non plus. Moi qu'ai toujours dit : « Avec moi coco, t'es bien tombé, tu seras complètement libre ».
Mais j'ai dit ça avant.
Avant.
Avant, c'était quand tu n'avais pas encore rempli mes journées. Avant, c'était quand tu n'avais pas encore été aussi encombrant. Tellement encombrant que je sais que tout sera vide sans toi. Tellement encombrant que j'ai peur de voir combien mon appart est grand le jour où tu partiras.
Les regrets d'avant
Avant, c'était quand j'avais en tête un autre coloc que je croyais aussi bien que toi. Non, mieux. Pour après toi. J'l'ai revu, le coloc. J'lui ai reconfirmé qu'il pouvait venir après toi. Mais la mort dans l'âme. Finalement, il n'est pas mieux. Il est moins bien, même. En fait, j'crois que j'vais encore reconsidérer la chose. J'sais pas si j'aurai envie d'un autre coloc après toi. Tu m'as habitué à trop bien. J'pourrai pas me contenter d'un quelconque coloc trouvé dans la rue.
Avant, c'était aussi quand je croyais que t'étais parfait pour moi. Maintenant je sais que tu l'es. Mais pas pour les raisons que je me donnais. Et maintenant je sais que ton départ, c'est le seul truc qui me gêne.
Tu te plains que je quitte quelques jours l'appart alors que j't'ai invité. Mais tu passeras ta vie sans moi. Tu peux bien supporter quelques jours, non ?
Moi, je ne me plains pas que tu quittes définitivement la baraque après. Mais moi, je ne peux pas me plaindre. J'ai déjà dit d'accord.
J't'ai accordé le droit de prendre la porte un jour précis à une heure précise.
Ptêtre même que je t'aurais pas laissé entrer sans ce point précis. J'voulais pas d'un coloc que j'sache plus comment mettre dehors. Y en a eu tellement avant. Ceux qu'on prend en croyant qu'ils feront l'affaire et qui vous révèlent une semaine ou deux après qu'en fait non seulement on a fait une erreur, mais qu'en plus pour les mettre dehors c'est pas gagné.
Ce mois qui a tout changé
Et toi, t'étais pareil dans ma tête. J'te donnais trois semaines pour me souler. Ça fait presque un mois que tu squattes mon appart. Et j'ai peur de te laisser partir.
Oh, j'vais te laisser faire. J'sais qu't'as des projets pour après. Pour l'année prochaine. Des trucs importants. C'est pour ça que tu sais quand tu pars. Et j'sais que ça souffrira pas de retard. Bah vas-y, casse-toi, écoute. La porte est ouverte. Tu sais que t'as le droit. J'te laisserai partir. J'te suivrai pas parce que je peux pas. J'suis bloquée avec cet appart ici.

Mais pars avant alors. Pars maintenant. Pars tout de suite. Parce que moi, plus tard tu partiras, et plus j'm'habituerai à ta présence dans le divan, à tes chaussettes sales, et à ta musique étrange... Et plus j'aurai du mal à m'en passer.
Va-t'en tout de suite, s'il te plaît. Me laisse pas avec cette échéance qui me pend au nez et qui gâche le goût de ta présence.
Casse-toi tout de suite. Ou attends-moi...