
Le morceau terminé, le suivant démarre.
Don't You Cry, Kamelot. Une belle chanson.
L'atmosphère change un peu, c'est souvent comme ça avec les belles chansons.
La musique qui fait remonter les émotions
Bien sûr que non, je ne pleure pas.
N'empêche que là, tout de suite, entre deux arrêts, au beau milieu d'anonymes, le paysage gris qui défile par la fenêtre, bah là, tout de suite, il n'aurait pas fallu beaucoup pour que ça parte.
C'est rare que ça parte comme ça en public, mais quand ça part, ça s'arrête plus.
Pourquoi on nous interdit de pleurer
J'en sourirais presque. Je crois qu'on m'a répété ça toute ma vie : pleure pas. Alors vous voyez, je ne pleure plus. C'est à chier de dire ça à une gosse. Plus on lui crie d'arrêter de pleurer, plus elle pleure. Mais finalement, ça marche. N'empêche, c'est con.
Le vertige du paysage qui s'accélère
Le paysage défile toujours plus vite, la musique devient lointaine, ou alors c'est l'étourdissement de la fièvre qui fait cet effet-là. Puis tout ralentit, on s'arrête un instant. En face de moi, derrière la vitre, un panneau publicitaire.
« On ne construit rien seul ». Une affiche pour une banque, un compte jeune, une saloperie dans ce goût-là. Un slogan minable, dégoté par un publicitaire minable, pour une boîte minable, et pour un salaire minable. Même ce rouge trop criard, trop vif, trop rouge, pour attirer l'œil des passants trop pressés, est minable.
Se sentir seul au milieu de tous
Et pourtant, devant la niaiserie affolante de cette affiche tellement minable, je me sens toute seule. « On ne construit rien seul ». On dirait qu'ils l'ont placée là pour me rappeler, pour voir si j'allais faire comme dans la chanson ou si j'allais craquer.
Elle me nargue : regarde, t'es toute seule. Ils sont tous particuliers pour quelqu'un d'autre. Ils ont tous une personne à part. Et toi, t'es là au milieu d'étrangers, à te demander qui t'empêcherait de descendre à cet arrêt et de tous les planter là, les laisser pour de bon.
Quand le bus redémarre
Le bus redémarre, la chanson continue de me dire de ne pas pleurer, mais ça ne change pas grand-chose au fait qu'on ne construit rien seul.