
C'est, j'imagine, la phrase que ne peuvent s'empêcher de penser ceux qui assistent et participent à mon asphyxie. Si l'on réduit les échelles, une journée mal commencée a plus de chances de mieux se terminer. S'il pouvait en être de même pour mon année, j'aurais la possibilité d'envisager un avenir...
Les spectateurs ne comprennent pas. Ils restent incrédules ou blasés. Certains tentent de comprendre ; pour les autres, ma cause leur échappe ou est déjà perdue. Alors ils abandonnent la charogne de mon âme aux chacals de la hiérarchie, qui la dépouillent de ses dernières vertus. On nous veut beaux, soignés, patriotiques et formatés. C'est le désordre, la singularité, le romantisme et la complexité qui me rendent souvent si coupable.
On me reproche mon cynisme ou ma misanthropie, et je ne trouve même pas d'excuse, de circonstances atténuantes, sachant pertinemment qu'il n'en existe pas — ou du moins, pas directement liées aux miasmes émanant de ma pensée, parfois de ma bouche, sans pouvoir leur donner une odeur plus appréciable. Certains parviennent à passer outre, et je me retrouve dénudée : on dévoile aux autres ce que je tentais de cacher.
On a beau parler de tolérance, chaque humain est doté d'un libre arbitre et d'un inconscient. Face à mon cas, l'un cherche la compassion, l'autre aura pour instinct de rejeter l'élément qui cause le trouble. N'est-ce pas le but ? Et pourtant...
Il paraît que l'enfant reproduit le modèle familial. Cette perspective donne à certains l'image d'un avenir prometteur... Moi, je vois mon grand-père mourir, celui à qui j'avais attribué tous les torts. C'est à présent que je réalise mon erreur, et son désarroi. Aujourd'hui, c'est seul qu'il se prépare à partir ; et c'est alors que je prendrai sa place dans le fauteuil...