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Essais

On dirait que cette petite n'a rien dans la tête

Une réflexion poignante sur le jugement social, la singularité et la peur de reproduire les erreurs de ses ancêtres.

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C'est, j'imagine, la phrase que ne peuvent s'empêcher de penser ceux qui assistent et participent à mon asphyxie. Si l'on réduit les échelles, une journée mal commencée a plus de chances de mieux se terminer. S'il pouvait en être de même pour mon année, j'aurais la possibilité d'envisager un avenir...

Les spectateurs ne comprennent pas. Ils restent incrédules ou blasés, observant ce théâtre étranger à leurs sensibilités. Certains tentent de comprendre ; pour les autres, ma cause leur échappe ou est déjà perdue. Alors ils abandonnent la charogne de mon âme aux chacals de la hiérarchie, qui la dépouillent de ses dernières vertus sans la moindre pitié. On nous veut beaux, soignés, patriotiques et formatés, comme des produits issus d'une chaîne de montage standardisée. C'est le désordre, la singularité, le romantisme et la complexité qui me rendent souvent si coupable aux yeux de la norme.

Pourquoi le jugement des autres est-il si impitoyable ?

On me reproche souvent mon cynisme ou ma misanthropie, et je ne trouve même pas d'excuse, pas de circonstances atténuantes. Je sais pertinemment qu'il n'en existe pas — ou du moins, pas directement liées aux miasmes émanant de ma pensée, parfois de ma bouche, sans pouvoir leur donner une odeur plus appréciable. C'est une solitude vertigineuse que de sentir ses mots glisser sur les autres sans jamais les toucher. Certains parviennent tout de même à passer outre ce masque, et je me retrouve alors dénudée : on dévoile aux autres ce que je tentais désespérément de cacher, laissant apparaître mes blessures à vif.

L'héritage familial : une fatalité inévitable ?

On a beau parler de tolérance et d'ouverture d'esprit, chaque humain reste doté d'un libre arbitre et d'un inconscient puissants. Face à mon cas, l'un cherchera la compassion, l'autre aura pour instinct de rejeter l'élément qui cause le trouble, celui qui dérange l'ordre établi. N'est-ce pas là, finalement, le but de toute existence sociale ? Et pourtant, le rejet ne fait que renforcer le mur qui me sépare du monde.

Il paraît que l'enfant reproduit inévitablement le modèle familial. Cette perspective donne à certains l'image d'un avenir prometteur, une continuité rassurante... Moi, je ne vois que mon grand-père mourir, celui à qui j'avais attribué tous les torts du monde par simple réflexe de survie. C'est à présent que je réalise mon erreur, et son propre désarroi face à une vie qui l'a peut-être aussi dépassé. Aujourd'hui, c'est seul qu'il se prépare à partir ; et c'est alors que je prendrai inéluctablement sa place dans le fauteuil, perpétuant un cycle dont j'ai tant essayé de m'échapper.

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ookornitiveoo
ookornitiveoo @ookornitiveoo
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