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Essais

Nouvelles sous teuchi

Good trip, bad trip : trois récits vécus sur les effets du cannabis. De l'euphorie musicale au cauchemar paranoïaque, une plongée sans filtre dans les hauts et les bas de l'ivresse.

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Comment le cannabis transforme la perception musicale

Un morceau de musique a commencé : « New Born » de Muse.

Assis — ou plutôt avachi — sur le lit, tu te sens « posé ». Tu commences à ressentir une sensation agréable, comme si ton cerveau se mettait momentanément en mode veille. Un besoin irrépressible prend possession de toi : TU DOIS fermer les yeux. « Mais comment j'ai roulé cette putain de bédo ?! »

Tu les fermes. Et là, ça se produit : ce merveilleux sentiment de plénitude t'envahit. La musique change de dimension, tu passes à un niveau supérieur de perception auditive.

Alors tu entends :

« The distance to your home
Fades away to nowhere
How much are you worth ?
You can't come down to earth »

Tu t'abandonnes et pourtant, tes sens sont en alerte. La musique s'empare de toi. Tu deviens la musique. La voix du chanteur se détache et semble se rapprocher de ton visage comme pour s'insinuer dans tous les pores de ta peau, comme pour te réduire un peu plus en servitude devant le miracle qu'il produit lorsqu'il émet ce flux mélodieux que tu vénères déjà plus que tout.

Tu perçois incroyablement chaque vibration de guitare, chaque note de musique devient un prodige d'esthétisme. Tu es transporté d'allégresse et ressens soudainement le besoin d'ouvrir les yeux pour vérifier que le monde (le vrai monde) ne s'est pas sauvé, qu'il n'a pas osé profiter de ta parfaite sérénité pour te jouer un sale tour et se barrer sans t'en parler.

Une fois rassuré, tu reprends un ticket pour Teuchland. Cette fois-ci, le processus est immédiat. L'artiste chante pour toi, tu croirais presque que c'est à toi qu'il chante, que tu lui appartiens et que les sons qu'il articule font partie intégrante de toi.

Tu flottes à deux mètres au-dessus du sol. Tu deviens incapable de localiser la source de la musique (autrement dit la chaîne Hi-Fi).

Quand la piste s'achève, tu ressens un bref pincement au cœur, puis te retrouves prisonnier d'un agréable état de léthargie totale.

Good trip : quand le cannabis crée un rêve éveillé

« Miss California » de Dante Thomas (tu sais même pas comment ça s'écrit… !) est une musique que tu considères comme le parfait exemple du tube commercial de base qu'on sort juste avant l'été, qui va cartonner dans toutes les boîtes de merde et au Hit Machine pour au final faire un max de thunes. Malgré un rythme que tu avoues entraînant, tu es d'accord avec toi-même pour dire que c'est très mauvais.

Ce jeudi après-midi, tu as TPE, donc tu vas caler chez un pote pour travaill… pardon, pour te défoncer. Ton collègue possède l'ADSL en plus d'un matériel audio que l'on considérera comme performant et surtout il détient les mêmes goûts musicaux que toi. Il va donc de soi qu'il est en parfaite situation pour faire un tas de compilations d'un goût plus qu'appréciable. Et accroche-toi bien… il le fait !

Donc ce jeudi, tu te retrouves allongé sur son canapé à côté d'un troisième gars qui te ressemble beaucoup à ce moment, c'est-à-dire qu'il a les yeux à moitié ouverts (ou plutôt à moitié fermés), qu'il « réfléchit » deux minutes pour articuler trois mots, qu'il réalise un mouvement toutes les neuf minutes et que ses phrases sont rarement des exemples d'une grammaire parfaite.

Bref, ce jour-là, la compilation était un peu décevante, et elle comportait entre autres un morceau cité précédemment : Miss California.

Quand il démarre, tu es debout (les yeux fermés) dans la salle à manger de ton pote, et brusquement, tu te retrouves sur une plage, devant un petit entrepôt à planches à voiles, en short de bain (tu as pris de la musculature, ça aide…) sur les galets brûlants, entouré d'un groupe important de jeunes en train de danser, et Dante Thomas qui « chante ». Tu es entraîné par l'agitation autour de toi et te mets presque inconsciemment à remuer toi aussi.

Soudain, une charmante créature (restons décents) sort de l'eau. Elle porte un maillot deux pièces uniformément blanc et, comme par hasard, correspond physiquement à ce que tu considères comme étant la fille parfaite. Elle a de longs cheveux châtains clairs, une poitrine… gloup ! et des jambes magnifiques. (Tu noteras en sortant de ton « rêve » que tu es incapable de te rappeler son visage, peut-être ne l'as-tu même pas vu).

Elle se dirige vers toi d'un pas assuré. Plus elle se rapproche et plus tu t'aperçois que sa grâce la rend incomparable aux autres filles. Elle commence à danser avec toi. Ses longs cheveux mouillés t'éclaboussent de petites gouttelettes d'eau salée. À ce moment, un animateur lance au micro un truc du style : « concours de danse en couple ! »

Tout est parfait, tu as déjà une partenaire. (Notons que c'est toujours la musique de Dante Thomas qui est diffusée par les hauts-parleurs de la plage). La danse devient extrêmement sensuelle, et tout le monde vous regarde tout en continuant de bouger. Tu ne ressens aucune gêne : une trentaine de personnes te voit en train de te frotter à cette déesse, mais à aucun moment cela te perturbe…

Ton trip s'arrête là, certainement parce que dans la réalité, chez ton pote, la musique a pris fin.

Pour finir, on peut remarquer qu'à nouveau tu hais cette chanson de merde…

Bad trip : quand l'expérience tourne au cauchemar

Les signes avant-coureurs

Une heure et demie du matin. Tu rejoins la tente. Pas un bruit. Mauvais pressentiment très insistant. Difficultés à rouler. Tu charges à bloc. Tu t'éloignes de la tente. Tu t'assois. Bang. Concours de lattes. Effets immédiats classiques et agréables. Retour à la tente. Difficultés à marcher.

La descente aux enfers

Improvisation d'une chanson sur un air connu. Fenêtre de la maison qui s'ouvre. Oncle qui crie. Tu hurlais. Inconsciemment. Ton cousin t'engueule. Tu comprends pas. Tu secoues la tête. De plus en plus vite. Avec un rictus figé. Tu crois le faire volontairement. Tu t'aperçois vite que tu ne peux plus t'arrêter. Tu deviens hystérique.

Quand tout bascule

Cousin qui panique un peu. Te demande de pas faire de connerie. Pas de malaise, par exemple. Tu comprends pas tout. Lumière. Quelque chose ne va pas. Tu présages quelque chose de grave dans un futur proche. Tu dis à ton cousin un truc du style : « Ça va… ça va… c'est bon… j'te dis que ça va !… ». Tu t'énerves contre lui alors qu'il n'a pas dit un mot. Tu sens tes lèvres qui disparaissent. Ton corps qui se barre. Soudain, lumière. Fausse lumière. Tu te dis tout d'un coup un truc. Tu te dis que tu rêves. Que c'est juste un cauchemar. Tu en es réellement convaincu. Soulagement. Tu attends de te réveiller. Tu sens que tu t'éveilles et puis… Plus rien. Ça n'était pas un rêve. Désillusion. Pire moment de ta vie. Tu te dis que tu vas crever. Tu te maudis. Tu maudis la drogue.

La perte de repères temporels

Perte de notion du temps. Tu sors prendre l'air. Tu te rends compte de quelque chose. Tu as perdu plusieurs fois conscience. Mais en restant éveillé. Tu oublies ce que tu as fait deux secondes avant. Tu descends à un niveau inférieur de perception. Puis, tu disparais. Comme si tu changeais de dimension. Tu revis par bribes de petits éléments de la soirée. Au moindre mouvement, tu te sens partir. Tu ne peux même pas humecter tes lèvres. Une chose te sauve. Tu fais un effort de concentration démesuré. Tu te persuades que tu ne vis pas une expérience paranormale, mais simplement que ton cerveau part en couille. Tu te rappelles que lorsque quelqu'un perd conscience dans un accident, il faut lui parler pour le maintenir conscient. Tu décides d'en faire de même. Tu proposes une partie de cartes à ton cousin. Tu déploies une volonté surhumaine pour ne pas te laisser aller. Par moment, tu délires. Tu penses à haute voix sans t'en rendre compte. Tu montres tes cartes à ton adversaire. Tu chantes. La panique croît. Tes sensations tactiles sont très sérieusement endommagées. Tu sors de la tente. Tu te dis que tu vas crever. « Et puis quitter ce monde sans pudeur ni morale. »

Tu murmures à la nuit. Tu lui jures de ne plus toucher à la drogue. Tu lui parles beaucoup. Mais elle ne te répond pas. Tu te mets à sautiller. Tu chantes l'air de Rocky. Tu te bats dans le vide. Contre ton bad trip. Tu lui mets des pastèques. Tu n'arrives pas à le toucher. Tu te forces à vomir appuyé à un arbre. Tu crois que ça ira mieux après. Ton état empire. Tu es pris par de violents tremblements. Tu rentres dans la tente. T'essayes de dormir. Tu fais une expérience de mort imminente. À l'envers. Tu t'enfonces dans le sol. Tu sens que tu te diriges vers la mort. Certainement pas le paradis. Tu ouvres les yeux. La sensation reste. Tu allumes la lumière. Tu sors de la tente. Ton pied droit tremble à une vitesse… hallucinante. Il va tellement vite que tu le vois partout en même temps. À trois heures du mat', tu vas réveiller ton oncle et ta tante. Les cinquante mètres qui te séparent de la maison sont un véritable « parcours du combattant »…

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