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Essais

Notre chemin

Un récit intime sur la solitude, l'amour perdu et les addictions. Une réflexion brute sur nos chemins de vie qui se séparent et la quête de soi après la rupture.

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Les jours, les mois, les années ont beau passer, il me semble que rien ne change. Depuis que je me suis retrouvée là, seule, ailleurs, tout est si difficile quand enfin on prend conscience qu'on est dans la merde. Je ne vais pas mentir : mes années de débauche totale me manquent. Ces années-là où on s'aimait, où l'interdit ne signifiait rien. Même si aujourd'hui ce mot sonne toujours aussi mal qu'avant, il y a quand même une différence qui pourrait, en fait, se résumer à la conscience. Quand je faisais des erreurs, ce n'était pas grave : « on verra plus tard ». Rien ne m'effrayait car je n'étais pas seule, et surtout j'avais sans cesse cette substance qui coulait dans mes veines, celle qui me faisait perdre la tête et tout ignorer. Cette substance qui donne des ailes et qui montre le bon côté. Mais oui, tu sais bien, celle que notre corps sécrète quand on s'aime.

Tu me disais que les gens ne changeaient pas ; moi, je pensais que tout le monde pouvait changer. Comble d'ironie : tu as changé et moi pas. Sans trop savoir pourquoi, je reste tranquillement dans ce gouffre qu'est devenue ma vie. Je commence presque à m'y sentir bien, mais c'est juste que je m'habitue. Et depuis toi, je n'ai connu rien d'autre que la solitude. Seule contre le monde, seule avec mes idéaux, mes rêves, mes désirs, mes fantasmes, mes joies, mes peines, mes hallucinations… Alors de temps en temps, je ferme les yeux et je fais comme si je n'étais pas seule. Et parfois, je finis par y croire : il y a toi, moi, ce « nous » auquel je n'attachais peut-être pas assez d'importance me manque.

Nos combats contre les addictions

On s'est battu ensemble, main dans la main. On n'avait pas le même combat, mais on se comprenait, se soutenait, se poussait. Une fois cette guerre gagnée, on a commencé à avoir la même : on a décidé de s'en sortir, d'essayer de rejoindre cette normalité. Aujourd'hui, je la fuis car elle ne laisse pas de place aux idéaux. Souvent, je craquais et n'osais pas te le dire tout de suite. Tu as toujours fini par découvrir que j'avais replongé, et je m'en voulais. Je me disais que je devais le faire pour moi, mais aussi pour toi, pour que tu sois fier. Sans déconner, comment ai-je pu croire que tu avais décroché ? Oui, peut-être un certain temps, mais tu n'as jamais pensé que c'était pour la vie, comme « nous ».

Quand nos routes se séparent

Tu m'as laissée et tu es parti tracer ton chemin de ton côté. Là, j'étais seule sur le chemin qu'on avait tracé, et je me suis dit qu'il fallait que je voie ce qu'il y avait au bout. Alors j'ai continué. Tu aurais dû venir, car si c'était un peu chiant parfois seule, putain à deux ça doit être magique ! Il y a des gens formidables, un peu fous et totalement à l'ouest, mais qui en savent beaucoup. Bon, tu t'es évité pas mal d'ennuis, mais je ne pense pas qu'il y aurait eu de prise de tête.

Et un jour, j'ai eu l'idée d'amener quelqu'un sur mon chemin. Après tout, il est sympa, alors pourquoi pas ? Il y a eu un homme, assez sympa, qui a fait quelques pas. Au début, je croyais que ça pouvait le faire et en quelques secondes… Pas du tout. Ce mec-là voulait me faire dévier et il n'en est pas question : il faut que je voie ce qu'il y a au bout. Alors j'ai continué un peu seule.

Regard sur ton nouveau chemin

Il y a un truc terrible en restant sur mon chemin : c'est que parfois je vois le tien, ton tout nouveau que tu es en train de tracer. Alors merde, au début j'étais jalouse, c'est vrai. Pourquoi n'es-tu pas seul, toi ? Et puis, ce n'est pas facile chez toi. Tu es accompagné mais tu n'as pas l'air heureux, c'est moche. En fait, tu essaies de partir vers la banalité, la généralité, et putain que tu es triste. Tu dois oublier tes délires, des histoires, des pensées, tu as dû t'oublier toi, et ça, c'est pas toujours évident. Alors tu as replongé un peu plus, et je comprends que tu n'avais jamais décroché. C'est vrai, sur mon chemin aussi on replonge. En fait, on s'en sort moins que chez vous, mais c'est bizarre : on a toujours l'impression d'être nous-mêmes, même si ça veut dire être malheureux.

Oui, j'ai replongé. Tu m'as fait la morale en me faisant croire que toi c'était occasionnel, mais je savais. Je te disais oui car… Je ne sais même pas pourquoi je te donnais raison. Et plus le temps passait, plus tu semblais devenir heureux, à tel point que tu es même tombé amoureux, je crois. Alors ok, moi aussi je veux essayer, je vais sauter à pieds joints dans la réalité. Banco, j'y suis. Alors, et merde, c'est quoi tout ça ? Tous ces petits soucis qui s'accumulent alors que je ne leur donnais aucune importance avant. La solitude pèse, les différences se font remarquer, je suis limite montrée du doigt. On essaie de se faire discret, on se fond dans la masse. Bon, on plonge encore un peu plus pour pouvoir sourire et pour être banal. Et un jour, on se réveille et tout est loin. C'est pas qu'on a replongé, c'est qu'on s'est carrément noyé dans nos vices. Je me débats pour retourner sur mon chemin, mais je ne le vois presque plus. Moins je le vois, plus je retombe dans le vice. Je repense à tout ce que j'ai vécu et là, ça fait encore plus mal qu'avant. Je tombe à terre et je crois qu'il n'y a plus personne pour me relever.

Le retour aux sources et la reconstruction

Alors je me jette totalement par terre, je me traîne jusqu'au bord de cette route, là où il y a tellement de gens qui paraissent heureux. Qui paraissent, seulement. Je ne suis toujours pas retournée sur ma route, notre ancien chemin à nous, mais petit à petit je me rapproche. Une fois arrivée, je vois qu'il n'y a toujours personne. Juste moi, mon passé, mon présent. Pas de futur, ou du moins pas beaucoup : il se fait un peu chaque jour mais je ne sais jamais où ça va me mener. Je m'efforce de garder en mémoire que ce chemin était le nôtre et qu'il se doit de le rester, même si, je l'espère, quelqu'un d'autre prendra ta place et m'accompagnera pour voir ce qu'il y a au bout.

Au fond, ce chemin n'a peut-être jamais été le nôtre mais seulement le mien. Tu n'as pas supporté cette vie, qui pourtant était la tienne aussi, avant qu'on se rencontre. Nos vies c'était les vices, surtout un vice peu apprécié de cette société. On avait la philosophie des rockeurs SAD. J'ai gardé cette philosophie, ou presque elle se résume plus à AD aujourd'hui, mais bon c'est déjà ça. Toi, en apparence, c'est rester le même, mais tu as tellement changé que ça sonne faux, c'est devenu malsain. Tu t'es mis à profiter des autres, à les faire souffrir, et ça c'est moche.

Peut-être qu'un jour nos chemins se recroiseront. Peut-être qu'ils s'éloignent un peu plus chaque jour. Bonne chance.

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rocketgirl
rocketgirl @rocketgirl
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