
Histoire d'Obéron, légendaire roi des elfes
Obéron était un elfe De Lumière, autrement appelé Haut-Elfes. Sachant lire dans les pensées des humains et connaissant tous les secrets du paradis, il devint champion de loyauté et de pureté. Alvheim, la cité des elfes, avait perdu son roi, Artaher. Son fils, Ingwë, trop jeune pour devenir roi, dut laisser sa place à Obéron, reconnu par tous les elfes, sauf les elfes Noirs, elfes sinistres et mauvais.
Un jour où la Terre était alignée avec la Lune et Elda — étoile des elfes — Obéron tomba sous le charme envoûtant d'une elfe Grise, appelée également elfe de Lune : Titania. Bien que l'amour entre deux races différentes fût jadis interdit, Obéron, étant roi, se permit de violer cette règle. Il séduisit, par de magnifiques chants elfiques, sa bien-aimée, qu'il épousa ensuite. Dès lors, l'union de deux races d'elfes différentes devint légale. L'amour entre elfes Aquatiques, elfes De Lumière, De Lune, Des Bois fut de plus en plus fréquent, ce qui outrra les elfes Noirs.
Herumor, seigneur noir, tua alors Obéron de son Narmacil — épée de feu en elfique. La légende dit que Herumor avait dû tuer Obéron sept fois avant que l'âme de ce dernier ne se décide enfin à rejoindre Asgard, domaine des Dieux, où il devint le Dieu de la pureté. Pleurant sur le corps de son bien-aimé, Titania jura le malheur de Herumor. Elle prononça exactement ces paroles :
« Déesse de la mort, plonge ces elfes sans cœur dans les ténèbres, fais-leur cracher leurs torts, fais-leur respirer les cendres de mon époux, fais-les souffrir jusqu'au bout, leur seule délivrance sera la mort, fais-moi jouir de leur souffrance. »
Dès ce moment, le malheur s'abattit à jamais sur les elfes Noirs. Fin.
Les moqueries de la classe
— Eh bien Neyla, ton histoire m'a fait frissonner, dit Mademoiselle Lei. Elle est très belle.
Neyla ne put s'empêcher de sourire. Un sourire qui laissa voir ses dents jaunes. Un sourire qui fut suivi d'un ricanement de la classe.
— Cependant, reprit-elle, je ne peux te mettre plus de cinq sur vingt, mon bonhomme. Je suis désolée.
Tiang Lei était une jeune institutrice. Ses cheveux noirs de jais étaient longs et fins, ils semblaient fluides comme l'eau. Sa peau métisse faisait ressortir ses yeux perçants comme deux billes noires au beau milieu de la lumière. Son petit nez droit et fin remuait lorsqu'elle était stressée ou énervée. Melle Lei était chinoise et était dotée d'une douceur incomparable.
— Tu as fait un hors-sujet, poursuivit-elle. Il fallait faire un exposé sur un sujet libre, d'accord, mais réaliste !
— Où est le problème ? protesta Neyla. Puisque les elfes existent !
La classe éclata de rire.
— Et le Père Noël aussi tant que tu y es ! lança un élève.
— Et les éléphants roses aussi, ricana un autre.
— Eh ! Blanche-Neige, sors de ton délire !
Les moqueries ne cessaient de fuser dans la classe. Et une insulte par-ci ! Et une moquerie par-là !
— SILENCE ! hurla l'institutrice.
Tout le monde se tut.
La passion de Neyla pour les elfes
— Neyla..., dit Tiang de sa voix la plus douce. J'ai remarqué que tu avais une réelle passion pour les elfes, n'est-ce pas ?
— Oui, répondit l'enfant.
— Tu dessines des elfes, tu nous racontes leur histoire... Une telle passion que tu en arrives à croire en leur existence. Mais même si leur univers est merveilleux, tu devrais savoir que... eh bien, qu'ils n'existent pas.
— Si, ils existent ! trancha Neyla. Je le sais ! Ils vivent tout près de nous, on ne les voit pas, mais je les sens, ils sont là !
— Neyla...
— Pourquoi ne croyez-vous pas en eux ? Leur monde est bien meilleur que celui-ci ! Eux en plus, ils ont sept vies ; si nous, on en avait sept, ma mère serait encore parmi nous !
Neyla sortit de la salle en furie.
— Reviens ! cria Tiang Lei. Où vas-tu ?
— En Alvheim !
La fuite de Neyla
Le garçon s'enfuit de l'école. Il courait de toutes ses forces, droit devant lui. Où allait-il ? Il ne savait pas. Il entendait la voix de Melle Lei derrière lui, elle lui ordonnait de revenir. Il n'en était hors de question. Sa voix s'estompait petit à petit jusqu'à ce qu'il n'entende plus rien. Il courait mais ne sentait plus ses jambes. Il sentit la sueur lui couler sur le visage. Ou était-ce les larmes ? Il ne savait pas, peut-être les deux. Il courait.
Son cœur saignait. Il avait mal. Encore un éclat de verre était venu se planter dedans parmi tant d'autres. Il souffrait. Oui, sa peau était particulièrement pâle, et alors ? Était-ce de sa faute ? Était-ce une raison pour l'insulter de « Blanche-Neige », « cadavre » ou encore « mort-vivant » ? Oui, ses cheveux blonds étaient gras et épais, ses dents jaunes, ses yeux bleus ternes. Oui, il était laid, il le savait, alors pourquoi lui rabâcher sans cesse ? Pourtant il se brossait les dents trois fois par jour mais elles restaient jaunes. Il se lavait les cheveux tous les jours mais ils restaient gras. Il n'y pouvait rien, c'était comme ça et chaque jour il en souffrait. Auparavant sa mère le consolait quand il pleurait, ça lui redonnait courage. Maintenant qu'elle était morte, il était seul au monde. Seul avec son père qui ne l'aimait pas.
L'épuisement et le sommeil
Depuis combien de temps courait-il ? Il ne savait pas. Longtemps certainement car le soleil commençait déjà à se coucher. La fatigue s'empara soudainement de lui et il s'écroula par terre. Il ne pensait plus. Il sentait la légère brise lui caresser le visage, il entendait les feuilles des arbres bouger avec le vent et les ailes des oiseaux battre dans l'air. Tout était calme. Les derniers rayons de soleil séchaient ses larmes qui n'arrêtaient pas de couler, mais c'était le seul moyen d'évacuer sa souffrance et sa haine. Il était allongé là, par terre. Il se sentait si bien. Ses paupières étaient lourdes, il ferma les yeux, puis s'endormit.
Un étrange rêve prémonitoire
Neyla avait chaud, horriblement chaud. Tout était rouge. L'atmosphère l'étouffait. Il y avait des flammes, beaucoup de flammes, des flammes partout. L'épaisse fumée l'empêchait de respirer. Tout était flou. Il voyait des ombres, des visages, des regards. Il avait peur. Ses vêtements étaient trempés par sa sueur. Il avait l'impression que son corps était en feu, qu'il brûlait. Il sentit quelqu'un s'approcher derrière lui. « Ne te retourne pas », lui murmura une voix, la voix de sa conscience. Il ne se retourna point. Il posa sa main sur son ventre. Du sang... du sang coulait entre ses doigts. C'était le sien. Et c'était douloureux. Tout devint noir. Il ne voyait plus rien, il n'avait plus mal, il n'avait plus chaud. Il se sentait libre. Il regarda en bas, il ne voyait rien sauf un corps, ensanglanté, au milieu des flammes. C'était le sien.