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Essais

Negra lagrima

Deux courtes nouvelles sur la misère et la déchéance humaine.

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Negra lagrima

Une heure du matin, petit quartier en suspension dans les airs et dans le temps. Il fait froid, le vent entraîne les feuilles mortes dans un tourbillon infernal, une valse majestueuse, ballet d'une incomparable grâce. Les cieux sont tristes. Malgré
la nuit noire, il est évident que la voûte céleste est d'humeur grise, elle saigne. Le souffle d'Eole porte jusqu'à nous le hurlement d'une sirène de police. A cette heure-ci, la vie se met en pause, plus aucun lit ne grince, les téléviseurs sont
solitaires. C'est l'heure à laquelle les génies le devienne, l'heure à laquelle les inventeurs cogitent, l'heure à laquelle le blues prend son essence . A une heure, même les dieux chargés de freiner l'infâme créativité humaine s'assoupissent. Ils
sont impuissants, il est trop tard et trop tôt, ils se sentent pitoyables et inutiles. De fines gouttelettes se mettent à tomber, timidement. Les feuilles ne volent plus et les clochards se mettent à débiter tout un tas d'insultes directement
adressées à la pluviométrie et aux bouteilles de vin vides. La pluie redouble d'intensité et les feuilles se fondent dans le bitume. La nature est coulée dans la civilisation et la bêtise humaine. Une prostitué crie. Un vieillard meurt. Octave se
réveille. Il enfile un pantalon beige taché de graisse et une vieille parka, pour ensuite s'installer sur une chaise dans la cuisine de son deux-pièces miteux. Il contemple la pluie. Il laisse les larmes couler le long de ses joues grises et creuses.
Le sang de la prostitué se mêle à l'eau au sol. Ce cocktail morbide entame une danse paresseuse autour de la lame. La prostitué chute dans une flaque. Nue. Son crane se fracasse. La mort fusionne à la civilisation. Octave allume une
cigarette. Une sorte d'association quasi irréelle se crée entre la fumée qui grimpe et le bruit de la pluie. Il a faim. Il allume le gaz. Octave n'a pas mangé depuis plusieurs jours. Un pneu éclate. Un chien aboie. Octave fait craquer une allumette.
Les feuilles se remettent à danser.

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Un pétale sur l'échafaud

Les heures s'effritent avec les murs de ma cellule. La rage embue mes yeux de larmes et m'empêche de voir l'obscurité qui règne tout autour. L'humidité est dense et fendue par mes cris de désespoir. Je pourri ici depuis dix heures, peut être
vingt. Les bribes de forces qui me restaient s'amenuisent, lentement. Tout ce temps m'a poussé a réfléchir. A essayer de comprendre. Je prie ce Dieu que je n'ai jamais honoré de détruire cette humanité violente et intolérante. Je pleure mes
frères qui ont, avant moi, affronté la foule hystérique avide de sang. Je me jette sur la paille qui jonche le sol. Et soudain, je prends conscience que la Mort me tourne autour. Elle est sournoise. Elle m'épie. Perverse. Pourquoi danse t'elle de
façon aussi étrange ?
Les angles se rapprochent, le plafond suinte. Je m'ouvre un poignet avec les dents. Le jour s'est levé. Les minutes sont peut-être comptées. Je macule le mur de mon sang. Cette pièce ne sera à jamais qu'horreur et désolation.
Debout sur l'échafaud de la place publique je lèverai mon poing, puis mon index, et le sang de ma plaie s'échappera. Il symbolisera celui de la race humaine que le ciel fait couler. Puis, je les regarderai bien droit dans leurs petits orbites vides,
et je hurlerai que ma haine pour eux est bien plus tranchante que la lame qu'ils me réservent.
La Mort tourne sur elle-même. Les murs vont se toucher.
Elle me manque. Jusqu'à ma dernière seconde je l'aimerai. Mon doigt se met à tracer son prénom en grosses lettres brûlantes.
Un bruit de l'autre côté de ma porte. Une légère brise me soulève. Elle me pose sur le pétale d'une rose noire. Le vent redouble d'intensité. La lune hurle. Le pétale se détache.
La vie vaut elle la peine d'être vécue ?
Condamné car noir.
11 août 2098.

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