
Ne me demande pas, lorsque je sombre avec toi dans ce plaisir qui nous assaille, pourquoi parfois je détourne le regard. Tu fascines ingénument parce qu'il n'y a pas un seul geste de toi qui n'évoque la beauté, une pureéé presque aveuglante. Pourtant, je ne suis pas sans savoir que dans la tendresse plus chaude qui me noue à toi, se cache le flot tiède d'un coup de poignard. Il y a, dans notre étreinte, la paix cruelle du sang qui coule sans bruit.
Dans l'insolence de nos désirs exaucés, un sentiment trouble m'envahit. Je voudrais que ton plaisir te crucifie, que dans la nuit de nos corps mêlés, un peu de ma mort envenime la tienne. C'est une fusion dangereuse, là où l'amour frôle la destruction.
Mes bras te recueillent nu et tremblant. Tu as peur... Je le sens à la frémentation de ta peau contre la mienne. Je prononce alors comme une action de grâce ton nom, cette syllabe qui résonne comme un mantra. Je m'imbibe de l'air des rues qui t'ont portée, je veux tout de toi. Je t'aime d'un amour unique, intensément, comme personne ne t'a jamais aimé.
Ne cache pas ton doux visage dans la paume de tes mains. Abandonne-toi dans mes bras, laisse-toi aller et laisse-moi te regarder respirer. Tes larmes viennent se mourir tout contre mon ventre, cet asile au creux duquel tu t'es réfugié. Je caresse avec une infinie douceur ce corps que j'aime tant, tandis que tu te lies à moi avec une force quasi désespérée, cherchant une ancre dans la tempête.
Je te guide, tel la lumière d'un phare sur l'océan déchaîné, vers les récifs tranchants du tourment. Je n'y peux rien... Je t'avais prévenu... Et tu pleures, et chaque pleur me ronge le cœur. Tes sanglots redoublent de violence, et tu te défais brutalement de moi. Tu me détestes, bien que tu ne saches pas exactement pourquoi. Est-ce pour la douleur ou pour l'intensité de ce que nous partageons ?
Toutefois, même dans cette atroce souffrance, dans cette déchirure des cœurs et des âmes, tu es plein de grâce. Et larmoyant, ton visage illumine l'obscurité de la chambre. Aucun ange n'éclairerait la profondeur de mes nuits autant que tu l'éclaires toi...