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Essais

Mythes, réalité et modernité

Retour sur un colloque international explorant la place des mythes anciens face à la modernité dans la littérature africaine.

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Ce colloque de deux jours prolonge le premier événement organisé sur le thème de l'anthropologie en juillet dernier, durant le Panaf. La séance d'hier a réuni de nombreux chercheurs et experts du continent.

Chaque participant a tenté d'apporter un éclairage sur les mythes anciens à l'épreuve de la modernité dans la littérature africaine.

Comment le mythe grec éclaire la réalité gabonaise ?

Jean Marie Clerc, professeur émérite de littérature comparée à l'université Paul Valéry de Montpellier, a fondé son argumentaire sur le roman de l'écrivaine gabonaise Bessora, Petroleum. Il a soutenu que le recours au mythe grec permet de décrire une réalité historique gabonaise marquée par le pouvoir ravageur d'une technologie d'importation. L'auteur adapte, sous la forme romanesque, une thèse d'anthropologie sur les mémoires pétrolières au Gabon en la transfigurant par l'humour et la satire.

L'intérêt du mythe de Médée réside dans la jonction qu'il permet d'établir avec les mythes fondateurs africains, notamment le Mvett, une tradition proprement gabonaise. Les puissances chtoniennes de la magicienne du mythe grec sont transposées dans le mythe pétrolier généré par l'épopée ELF-Gabon. La vertu du mythe ancien est de lire la réalité du présent dans ses dimensions technologiques et culturelles en situation de créolisation.

La réinterprétation de l'histoire par Jamal Mahdjoub

Jacqueline Jondot, universitaire à l'université de Toulouse, a indiqué que chez l'écrivain Jamal Mahdjoub, l'utilisation du mythe d'Osiris et d'Isis permet de relire l'histoire et de la réinterpréter. Cette approche montre sa double dynamique et ses renversements, laissant apparaître des failles dans lesquelles l'auteur installe sa propre conception de l'histoire, fondée sur sa relecture du « mensonge d'Isis ». « La réflexion, dira-t-elle, s'élargit vers la notion de patrimoine mondial de l'humanité », revisitée par Jamal Mahdjoub dans ses romans à travers le mythe osiréen pour en montrer l'ambiguïté.

Mythes africains et modernité chez Tanella Boni

Pour Dalila Mekki, docteur d'État en lettres, la coexistence de divers mythes dans le roman Matins de couvres-feu de Tanella Boni accompagne une traversée des mémoires « vécues ». Ce sont les aspirations de personnages de générations différentes liés à la narratrice de l'histoire contemporaine de Côte d'Ivoire.

« Les mythes anciens dans le roman sont africains. Ils transmettent des savoirs, des repères socio-identitaires. Ils sont également européens, de la Grèce antique déchirée entre ses croyances anciennes et le poids de l'histoire. Sinon, les mythes modernes renvoient à la civilisation technicienne, qu'ils valorisent, ou au contraire, dont ils s'éloignent pour se tourner vers la protection de la nature et de l'être humain », a-t-elle expliqué.

Selon elle, les mythes sont entraînés dans un mouvement de résistance, d'effritement ou de transformation de leur sens dans l'histoire. Ce processus conduit à leur inversion ou leur manipulation au profit d'une nouvelle société qui exacerbe des anti-valeurs.

La figure du Nègre chez Kateb Yacine

S'appuyant sur « la mythologie du Nègre chez Kateb Yacine », l'universitaire algérien Ismaïl Abdoun a souligné que la figure du Nègre hante l'imaginaire maghrébin sur tous les plans : anthropologique, socio-historique et psychologique. Elle trouve son expression la plus concrète dans les contes populaires les plus anciens et son illustration la plus puissante chez Kateb Yacine.

Cependant, chez le grand poète, cette figure ne réfère pas seulement à l'imaginaire collectif maghrébin et à la dimension africaine de l'œuvre. Elle dénoue l'aporie de la recherche de l'origine, la délocalise pour ouvrir l'identité autocentrée sur une identité plurielle, différenciée et différentielle. En ce sens, la mythologie du Nègre est révolutionnaire.

Cheikh Hamidou Kane et la philosophie du dépassement

L'universitaire marocain Abdellah Hammouti a tenté de montrer comment l'écrivain Cheikh Hamidou Kane a consacré sa vie à dire le monde africain à travers sa tentative de dire son être au monde. L'écrivain et penseur a vite compris qu'il fallait opter pour « une philosophie du dépassement ».

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med_zaher
med_zaher @med_zaher
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