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Essais

Musique

Une jeune femme, guidée par une mélodie obsédante, se retrouve face à un piano majestueux. Elle joue une symphonie qui consume son existence.

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Tout est si noir. Je n'arrive plus à savoir si mes yeux sont ouverts ou fermés, car une obscurité sans fin règne autour de moi. Je cherche fébrilement un mur près de moi. Une paroi, ou même un objet. Simplement pour être sûre que je ne suis pas enfermée dans ma tête. Pour vérifier que je ne m'égare pas hors de la raison, et que cette obscurité n'est pas le reflet de mon esprit incohérent. Pourtant, mes mains tâtent le vide, fendent l'air avec des gestes incontrôlés à la recherche d'une plus grande consistance que ce néant effrayant.

Soudain, un son perce l'obscurité. Une note déchirante, troublante. Puis une autre, toujours aussi terrible. C'est une musique lente, une mélodie triste et envoûtante. J'ignore d'où elle vient, mais elle est si belle que mon esprit se vide de toute autre chose. Mes autres pensées se dissolvent. Juste cette musique.

Les notes s'enchaînent plus vite à présent. Les sons se brouillent et forment un univers sombre dans mon esprit. J'ai le vertige. La musique devient terrible et déchaînée.

Mais soudain, alors qu'elle atteint une puissance effrayante, le sol se dérobe sous mes pieds.

Alors, je tombe. Je tombe dans le néant et la musique m'accompagne dans ma chute sans fin.

— Allez-y, c'est à vous.

J'ouvre doucement les yeux. Ma tête me fait souffrir et ma vue est troublée. J'ai à peine le temps d'apercevoir un visage dur et marqué par le temps, puis l'homme me saisit par le bras et me tire avec insistance vers un couloir sombre. Je suis trop bouleversée pour protester car je ne sais pas où je suis ni pour quelles raisons je m'y trouve. Alors j'entame une marche silencieuse dans le long coudoir dallé. Je vois défiler de nombreux bustes sculptés d'hommes que je ne tente même pas d'identifier. Puis, je me rends compte de la présence d'un bruit. Un bourdonnement, qui s'intensifie à chacun de mes pas.

Maintenant, nous arrivons au bout du coudoir et l'homme m'indique une énorme porte richement décorée. Je n'ai pas les idées claires, je suis fatiguée. Je ne réagis pas.

L'homme insiste et me pousse vers l'imposante porte avec un air pressé. Le bruit est maintenant très puissant et semble venir de derrière cette porte. Mais je n'ai pas le choix.

Je pousse la porte et me glisse entre les lourds battants qui se referment aussitôt derrière moi.

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S'ouvre alors devant moi une salle aux dimensions étonnantes. Des centaines de visages sombres m'observent, battant des mains en une sorte d'applaudissement théâtral. Les murs sont drapés de tissus richement décorés, tout comme la porte par laquelle je suis entrée. J'ai le vertige devant tout cela. Je suis perdue, je ne comprends pas.

Soudain, je le vois. Comment ai-je pu ne pas remarquer sa présence immédiatement ?

Au centre de la scène où je me trouve, un énorme piano à queue noir s'impose face aux gens qui applaudissent inlassablement. Long de plusieurs mètres, il paraît attendre avec impatience que mes doigts parcourent les touches vernies de son clavier.

À présent, je suis attirée par l'instrument de manière troublante. Les applaudissements prennent une ampleur effrayante, m'obsédant afin que la musique démarre. Puis ils s'arrêtent tous, cédant leur place à un silence oppressant. La tension est à son comble, je dois jouer.

Mes mains se portent d'elles-mêmes jusqu'au clavier. J'effleure le bois verni des touches et un étrange frisson se propage en moi. Je me détends, mon esprit se vide. J'inspire. Puis, doucement, mes doigts enfoncent les touches feutrées du piano à queue.

Alors, enfin, la musique commence.

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Quelques sons lancinants et envoûtants, je fais vivre cette mélodie qui a hanté mes rêves pendant si longtemps. Mes doigts courent sur le clavier tandis que tout s'assombrit autour de moi. Je n'ai plus conscience du monde extérieur. Je ne vis plus que pour la musique qui résonne jusque dans ma tête. Les sons se multiplient, se mélangent. Ils créent en moi des images et des couleurs effrayantes, troublantes. Un univers triste et éphémère.

Toujours plus terrible, la musique s'élève et prend possession de moi. Mon esprit s'embrume et implore l'arrêt de ce voyage douloureux. La musique atteint son sommet, son apogée. Elle agonise, et ses cris résonnent terriblement à travers moi.

Puis elle faiblit, se retire ; elle capitule.

Petit à petit, mes doigts qui ralentissent la font mourir comme ils l'avaient créée.

La musique s'arrête.

Mon univers s'effondre. Mon cœur cesse de battre. Les gens se lèvent et applaudissent, fascinés par la terrible symphonie qui vient de disparaître avec ma vie.

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megalomania
... alix .... @megalomania
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