
Il se croit bien, il se croit beau, mais la vie ne l'enchante pas. Il vit en comptant les secondes et les nuits, en se disant que demain sera un jour meilleur. Même le ciel refuse de briller tous les jours pour lui. L'entassement de ses pensées le fait réfléchir. Réfléchir sur ce qu'il est et surtout où il va. Le monde est rose avec une tache d'encre noire en plein milieu. Il respecte sa vie avec autant de rigueur qu'il trace un trait quand il peint des tableaux. Suivre ses pulsions et les retranscrire sur une toile est la seule alternative qu'il a trouvée contre son mal, contre le mal qu'il appelle solitude.
Ne parlons pas du matin. Au bruit du réveil, il se lève et pense à ce qu'il doit faire : manger, passer aux toilettes et discuter avec son reflet quand il se brosse les dents. Partir une heure trente avant les cours peut paraître stupide, surtout qu'il n'a environ qu'une heure de transport pour se rendre sur son lieu d'étude. Une heure à attendre son temps, une heure à n'écouter que les va-et-vient des citadins qui prennent comme lui le métro le matin. Arrivé à son école, trente minutes d'attente. Il parle avec lui-même, fait des signes à des gens, sort son téléphone portable pour voir si on ne lui a pas écrit, le rentre de nouveau dans sa poche, et à la minute suivante recommence. Sa vie est passionnante et il le sait. Les cours le font s'envoler vers les arts et les techniques, surplombant le monde des pensées dans lequel il aime se perdre. Le même train-train pour le retour : une heure à regarder la terre tourner sans lui. Il est spectateur de sa vie, ne s'engage à rien, ne pense pas. Arrive enfin le soir, moment de perte absolue entre lui et la réalité, contemplation intempestive du réveil, besoin de savoir l'heure, de ressentir le temps qui passe. Obsédé par ce qu'il n'a pas à faire, il scrute l'horizon qui s'arrête aux quatre murs de sa chambre. Il cherche à comprendre qui il n'est pas. Le plafond blanchi par ses pensées ne l'illumine pas de réponses. Il se penche à la fenêtre : tenter de communiquer est la seule alternative qu'il a trouvée contre son mal, contre le mal qu'il appelle solitude.
Se peindre, penser et réfléchir, voilà à quoi se résume sa vie. Vivre pour se parler, parler pour oublier qu'on est seul, c'est sans doute ce qu'il ressent. L'illusion d'avoir une vie sociale l'affaiblit de jour en jour. Il se remet alors à écrire, écrire pour des destinataires qu'il ne connaît pas. Exposer sa vie de tous les jours à des inconnus sur un site Internet, c'est comme ça qu'il se guérit du mal. C'est grâce à l'écriture qu'il résout son problème. Juste le temps d'écrire, de se relire et le mal revient à nouveau, sentiment de déjà-vu. Il ne trouve pas d'alternative pour son mal, son mal qu'il appelle solitude.