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Essais

Mon grand amour

Un texte sensible sur la passion dévorante pour la littérature, cet amour qui nous fait voyager dans les mondes de papier et d'encre, et nous apprend à aimer la vie.

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Il a sur nous l'attrait de ceux que l'on voit partout, dans le métro, dans les librairies, à la télévision, ceux dont on se dit : « Ça doit être quelque chose pour que tout le monde le veuille. » Il exerce sur nous une sorte de magnétisme, un charme maléfique. Chaque fois qu'on le voit, sa force nous appelle. Quelqu'un l'évoquerait-il dans une conversation ? Notre oreille se dresserait et notre attention n'en serait que plus intense. Il nous le faut absolument. Comme pour les fous de technologie, le dernier téléphone portable à la mode ; comme pour la jet set, la tenue à porter à la soirée.

Alors, on se laisse tenter. On a résisté à tant d'autres, mais là, on ne peut pas. Devant le sourire léger qui se dessine sur le visage des autres qui l'ont, devant la concentration avec laquelle ils fixent ce nouvel objet de désir, on a envie, nous aussi, de croquer dans ce pavé de bonheur, de se délecter, en gourmet, de la finesse de ce mets de l'esprit. Alors, on le pose là devant nous, lourd, beau, comme un objet sacré. On se sent regardé, épié de tous côtés, en blasphème. Ses courbes nous rappellent l'artiste que l'on voudrait être, la photo nous transporte ailleurs, ses lignes éveillent notre imaginaire. Une sensualité inattendue pointe déjà. Il se résume à si peu et est tant à la fois. On fait encore durer le plaisir : on le regarde, on le touche, on le caresse. On sent le frisson qui glisse le long du dos… On en parle autour de soi : « Non, non, je ne l'ai pas encore commencé ! », et le désir nous fait vibrer.

Et finalement, on cède. Dans un accès presque boulimique, nos yeux parcourent les premières lignes qui forment les premiers paragraphes. On avale, page après page, comme les savoureux biscuits de maman, les uns après les autres, n'écoutant plus que la satisfaction de nos sens en émoi. On refuse d'en perdre la moindre miette. Chaque mot, chaque dialogue, chaque description nous est aussi précieux que notre souffle. On se reconnaît dans les personnages, tantôt l'un, tantôt l'autre, ils sont tellement humains. Héros ou maudits, seuls, ils persistent, comme imprimés dans notre chair — oserait-on dire comme une marque au fer rouge ? Oui, on ose… La vraie vie, on l'a oubliée. Elle n'est plus qu'un lavis. Le ronron du train, les réacteurs de l'avion, le chant du lagon sur le sable, le vent dans les feuilles ne font que servir un songe. On est ailleurs, dans ce monde de papier et d'encre, de rêve et d'émotions. Plus rien n'existe que cette fantasmagorie, elle s'ouvre devant nous et se matérialise dans notre esprit. Dans un état quasi extatique, nos pensées voguent où bon leur semble dans ces nouvelles contrées.

La littérature est mon premier grand amour. J'en ai connu d'autres, fort heureusement, et j'en connais encore. Mais à celui-là je serai toujours fidèle. C'est mon paradis artificiel à moi, ses mots qui glissent sur moi comme l'eau sur la feuille de songe. À travers elle, on voit le monde différemment : elle ne change ni les choses ni les gens, mais les rend plus beaux. Les livres m'ont appris, si ce n'est à vivre, du moins à aimer la vie.

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meliss
meliss @meliss
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