Image 1
Essais

Mon bilan de l'année

Rien n'est impossible quand on y met du sien. Retour sur 10 mois inoubliables auprès d'une population polyhandicapée.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Cette année, j'ai passé les 10 mois les plus enrichissants de ma vie. J'ai appris à apprécier à nouveau les petits plaisirs du quotidien grâce à un emploi auprès d'une population polyhandicapée (personnes à déficience mentale et motrice). C'est inimaginable à quel point ce qui semble être banal pour nous prend une toute autre valeur lorsque nous accompagnons cette population au quotidien. Rassurez-vous, je ne vais pas vous décrire chaque journée passée auprès d'eux. Je me contenterai de quelques anecdotes, ces moments qui m'ont particulièrement marqué, ceux que je ne veux pas oublier et qui m'ont fait grandir.

Image 2

Une journée de pêche inoubliable

Le week-end est particulièrement propice aux sorties, car certains résidents ont la chance d'avoir une famille qui peut les accueillir. Ce week-end-là, une journée chargée était prévue : départ à 16h du foyer pour aller à l'étang de pêche, à 10 minutes de route, puis retour au foyer pour un repas dans la grande salle à manger à l'occasion d'une remise de médailles. Quelques collègues et moi avons emmené environ six résidents, dont C., sans qui cette histoire n'aurait pas lieu d'être.

Nous sommes arrivés les derniers, étant donné que la population des autres foyers ne fait pas de sieste l'après-midi. La partie de pêche avait déjà débuté lorsque, soudainement, C. me fait de grands signes. Mon collègue m'explique alors que son frère, faisant partie d'un autre foyer, est présent. J'accompagne donc C. voir son frère de l'autre côté de l'étang. Après quelques photos de famille, C. et moi nous asseyons à côté de son frère qui était en train de pêcher.

Nous regardons tous les trois le bouchon lorsque, soudain, un poisson mord. Le frère de C. lutte pour le ramener au bord et là... c'est le drame ! Je vois le poisson arriver tout droit sur la tête de C. ! Je la regarde avec sa petite moue étonnée et nous explosons tous les trois de rire. J'ai souvent assisté à des parties de pêche, mais les adultes se prennent trop au sérieux. Voir les sourires des résidents lorsqu'ils ont une touche, voir le visage de C. après avoir été « attaquée » par le poisson, la revoir dans ma tête passer 10 minutes à nettoyer son appareil auditif alors qu'il n'avait rien... Tout cela a rendu cette journée inoubliable à mes yeux.

Image 3

Surmonter la phobie de l'eau

S. est une résidente du logis où j'ai débuté. À mon arrivée, petit topo de la part des collègues : S. a 29 ans, elle est au foyer depuis 10 ans dans différents logis, a fait un court séjour en psychiatrie, n'aime vraiment pas la douche, le brossage des dents ou aller aux toilettes, s'est attaquée aux résidents (strangulation), aux éducateurs (coups multiples)... En gros, il ne faut pas la contrarier.

Mais le problème, c'est que je suis du genre à tenir tête, à ne pas céder aux caprices par peur. Dès ma première semaine, j'ai pu constater à quel point elle n'aimait pas la douche : elle s'est mordue, puis a essayé de me taper. Rebelote pour la fin des repas, où elle est censée aller aux toilettes puis se brosser les dents. J'ai donc attendu de la connaître un peu mieux, me suis rapprochée d'elle jusqu'à ce qu'elle me fasse confiance. J'étais devenue un peu sa chouchou, non sans réussir à éviter tous les « clash » dont je suis ressortie avec quelques bleus et griffures.

Petit à petit, j'ai réussi à lui faire prendre des douches, mais attention, on ne mouille pas les cheveux ! S. se traîne, mais vient jusqu'à la douche ; puis S. accepte le shampoing et, finalement, quatre mois plus tard environ, S. DEMANDE des douches et a même accepté le bain ! Elle fait beaucoup moins de caprices et ne frappe plus les autres résidents sans raison apparente.

Un jour, alors qu'un autre résident commençait une crise d'épilepsie, il était agressif et m'avait attrapée par surprise alors que je lui servais à manger. S. a fait diversion en jetant son assiette, et j'ai pu profiter de ce moment pour me dégager. Après un certain âge, on ne pense qu'à conserver les acquis, car l'apprentissage est bien plus long pour cette population. Rien n'est impossible, il ne faut pas baisser les bras et y mettre du sien : voilà ce que m'a appris S.

Je ne sais pas si, pour vous, cela prend la même valeur que pour moi. Je pense qu'il faut le vivre pour réellement en apprécier la valeur, mais j'espère avoir réussi à vous arracher un sourire ^^

As-tu aimé cet article ?
alexou67
alexou67 @alexou67
1 articles 0 abonnés

Commentaires (1)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...