Image 1
Essais

Mettez des préservatifs avant de vous retrouver à l'hospice

Un vieil homme en hospice revit cette nuit où un oubli de préservatif a scellé son destin. Un récit poignant sur les choix de jeunesse et leurs conséquences.

As-tu aimé cet article ?

Il est là... Las... Se tenant toujours à la même place... Et au temps faisant face...

Et quel visage lui montre-t-il, inlassablement, à ce temps qui le happe d'un appétit de géant ?

Un faciès morne, impassible, car ayant déjà passé l'âge et n'étant pas loin de trépasser. Comme s'il écoutait quelques conversations importantes, comme si ses oreilles étaient bercées par le doux murmure d'on ne sait quelle vérité... Et si ce qu'il écoutait avec tant d'attention, c'était une chute... Celle, infinie, des flots du temps... Trombe de secondes qui s'égrenent, se fondant dans un grondement sourd qui sans doute susurre à cet homme, ce grabataire impotent, qu'il n'a plus le temps, si ce n'est celui d'antan, ce doux rêve qu'est le passé, qui luit au fond de sa mémoire, comme la lumière au bout d'un puits, d'un puits au fond duquel, interminablement, il sombre.

Alors il fixe cette lueur, à s'en rendre aveugle, à ne plus voir qu'elle, à se fondre en son essence, si pure, si salvatrice.

Une nuit sans préservatif qui a tout changé

Et le voilà qui se revoit, il y a longtemps, quand il était tout jeunot...

Dansant le limbo sous le beau corps de bimbo ! Cette fameuse nuit, qui comme toutes les autres avait commencé à minuit, et dont les douze coups en présageaient au moins un bon, pour ce jeune adulte au vigoureux organe tumescent, à la verve l'étant tout autant, et le servant aimablement.

« Gibier potentiel à neuf heures ! Postérieur enjôleur, lobes poitrinaires au regard poignant et profond, lèvres aguicheuses, regard fébrile, doux mais aiguisé, chevelure sauvage et brillante, et robe d'épaisseur de tissu quasi-inexistante, de coupe cintrée limite imitation ceinture, la boucle en moins... Tentative d'approche enclenchée :

  • Haleine. OK (si on néglige la légère touche d'alcool capable d'endormir un pachyderme de douze tonnes)
  • Chemise. OK (léger effet froissé très fashion, un seul bouton est attaché, et autant prêt que moi à sauter !)
  • Pantalon. OK (la braguette fermée est huilée de la veille et prête à coulisser)
  • Préservatif. O... MERDE... maydé maydé VENEZ MAYDER ! »

Une rencontre fatale et ses conséquences

Pas grave, n'écoutant que sa libido et ayant mis son cerveau sur répondeur (« vous êtes bien dans la plus petite prison du monde, ces quelques cellules ne sont pas accessibles pour le moment, si vous êtes une idée qui ne craint pas la solitude veuillez vous représenter ultérieurement... »), le voilà qui tente un abordage par le flanc gauche, lançant son premier harpon verbal :

« Excusez-moi... je crois que vous avez perdu ceci !

— Ce n'est pas à moi, désolée...

— Ah bien, je vais donc jeter ce chewing-gum s'il n'est pas à vous... Car ce n'est pas non plus le mien... Ça nous fait un point commun... heu... Comment trouvez-vous la musique ce soir ?

— La musique est bonne ce soir.

— Il n'y a pas qu'elle », hurla-t-il.

« COMMENT ?

— Je disais que je vous trouve très belle... vous venez souvent ici ?

— Non... C'est la première fois.

— Eh bien permettez-moi de vous faire visiter !... Et si on commençait par les toilettes ? »

Vie de famille : le piège d'une grossesse non prévue

Voilà comment toute sa fin commença pour ce gentilhomme à la morale trop aiguisée en comparaison à sa nature si peu avisée. De son membre frétillant, il engrossa donc cette nymphe de la nuit, qui, tel un papillon, la soirée étant passée, mourut de sa petite mort, celle de sa féminité, de son indépendance. Neuf mois plus tard, la vie qui se déballa devant ces jeunes mariés à jamais emballer la leur, les précipita dans la banalité, celle dans laquelle ils furent empaquetés pour une éternité.

Éternité qui ne dura guère longtemps pour sa concubine, à qui il adressa de ses zygomatiques endoloris un petit rictus, aussi grand que le permirent ses rhumatismes.

Il resta encore quelques moments à songer à cette petite vie rangée qui lui rongea sa destinée : être deux, c'est n'être qu'une moitié... Celle de l'autre... Mais être trois, c'est se fondre dans l'ombre de la famille, ogre vorace qui vous enlace l'échine jusqu'à ce qu'elle casse.

Regrets amers et ingratitude filiale

Ses pensées virevoltèrent donc vers son enfant, la chair de sa chère, qui lui coûta si cher !

Un bel homme maintenant, fort et vigoureux, gentil et aimant... En ce qui concernait sa propre petite personne, tant il était méprisable envers tous et contre tout, cet ingrat qu'il avait bien fallu engraisser, et qui maintenant lui rendait bien ses admirables soins en le cloîtrant dans un hospice.

« Ah, perdez votre vie pour celle de votre enfant, ainsi il vous en dégoûtera ! »

Aurait-il voulu crier si sa gorge le lui eût encore permis...

Ses murs froids, ses soins glacés, ses occupations à rendre givré... À ça, on s'occupait de votre santé dans cette bien aimable demeure ! Mais comble du paradoxe, on n'a de cesse de vous assurer toutes vos fonctions vitales à l'exception de la plus importante... L'envie de vivre...

L'adieu final : réflexions sur la vie et l'oubli

Ainsi il est toujours là... Las... Se tenant encore à la même place... Et au temps faisant face...

Lui adressant un dernier adieu... sombrant dans son pieux... s'affalant, piteux, sur son grabat miteux, perdant de vue son passé allant à l'encontre de l'oubli...

Et profitant de l'occasion pour signifier par cette non-action l'importance de son contraire, lui qui contemplait la vie, n'en put rien toucher si ce n'est l'oubli...

As-tu aimé cet article ?
defonchaie
Moi Demême @defonchaie
21 articles 0 abonnés

Commentaires (9)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires