
« Bonjour,
Si je vous écris aujourd'hui, c'est pour quelque chose de très important.
Je ne peux vous dire ni pourquoi, ni où, ni comment, mais dans moins de 24 h, je vais mourir.
Ceci est un message de mort imminente.
Ceci est mon dernier message.
Adieu. »
Voilà le message que j'ai reçu ce matin à 9 h 33 sur mon portable. On est vendredi. L'échéance de ce message est donc théoriquement pour avant samedi 9 h 33.
La personne qui me l'a envoyé est une amie, pas très proche mais pas éloignée non plus. Je n'avais pas spécialement de nouvelles d'elle.
Pourquoi me l'avoir envoyé ? Est-ce une blague ? Ou alors va-t-elle vraiment mourir ? Et mourir comment ? Suicide, meurtre, maladie ou autre chose.
Puis-je la sauver ? Mais est-ce que j'ai envie de la sauver ?
Tant de questions, tant de réponses à y donner.
Un jour pour agir
Un jour, vingt-quatre heures, mille quatre cent quarante minutes, quatre-vingt-six mille quatre cents secondes. C'est beaucoup et c'est peu à la fois.
Soit je ne fais rien, comme si je n'avais jamais reçu ce fameux message.
Soit je tente tout pour comprendre et peut-être aider cette amie si je le peux.
J'opte pour la deuxième possibilité. Peut-être par curiosité ou alors parce que j'aime être là pour les gens qui l'ont été pour moi. Enfin, là n'est pas la question.
L'enquête commence
Premièrement, j'essaie de rappeler mon amie. Mais je tombe directement sur sa messagerie. Cela n'annonce rien de bon.
Deuxièmement, j'appelle des contacts communs. Histoire de savoir s'ils ont reçu eux aussi le message, comment ils ont réagi, et s'ils ont eu des nouvelles d'elle depuis.
Là, il y a de tout et de rien. Il y a sa meilleure amie qui n'a rien reçu. Son copain qui n'a plus de nouvelles d'elle depuis deux jours — est-ce une piste ? Peut-être pas. Et puis il y a aussi ce pote que l'on a en commun qui lui aussi a reçu ce message, mais qui n'a rien fait. Et cette fille, Aurélia, que l'on connaît un peu tous les deux, qui a reçu le message et qui s'inquiète. Elle veut m'aider à en savoir plus.
Je me dis qu'à deux ce sera plus facile pour tirer au clair cette affaire. Elle me rejoint chez moi, heureusement nous habitons tout près l'un de l'autre. Mais le temps passe, il est déjà 11 h 30 quand Aurélia arrive chez moi.
Les recherches s'intensifient
On se répartit les différentes tâches. J'appelle sa famille et elle son travail et les différents clubs qu'elle fréquente. Mais là encore rien, aucune nouvelle pour personne. Elle avait pris congé cette semaine, ses parents indiquent sur leur répondeur qu'ils sont en voyage. Et en cette période de vacances scolaires, les différents clubs annoncent leur période de congés. Bref, nous ne sommes pas plus avancés.
Troisièmement, nous décidons de nous rendre chez elle. Il est presque une heure de l'après-midi quand on arrive chez elle. L'heure à laquelle, normalement, elle mange chez elle comme à son habitude. Mais là encore, personne à son domicile. Nous avons épuisé presque toutes les possibilités d'avoir des nouvelles d'elle. Il ne reste plus beaucoup d'éventualités.
L'attente interminable
Que faire, alors que l'échéance se rapproche ? Il reste maintenant moins de 15 h avant l'échéance. Il est 20 h, nous sommes restés tout l'après-midi devant son immeuble. Mais rien. Aucun de ses voisins n'a pu nous dire quelque chose. Personne ne l'a vue ce matin. Personne ne sait ce qu'elle fait en ce moment.
Nous décidons de rappeler tout le monde. Rien, toujours pas de nouvelles. Nous restons devant chez elle toute la nuit mais il n'y avait rien de nouveau. Aurélia se mit à paniquer en voyant le temps défiler. Nous nous endormîmes tous les deux devant chez elle, il devait être entre deux et trois heures du matin.
Le samedi matin : l'heure fatidique
Samedi, 9 h 33, rien, toujours pas de nouvelles. 9 h 34, l'heure fatidique venait d'être dépassée. Aurélia se mit à pleurer à chaudes larmes. Elle n'avait rien pu faire, ni moi non plus. Pourtant nous avions tout essayé, sans succès. Nous restâmes assis là pendant plusieurs longues minutes, essayant de nous consoler l'un l'autre de notre insuccès.
Samedi, 11 h 11, alors qu'un autre voisin semblait arriver devant la porte du bâtiment, nous ne bougeâmes pas, toujours sous le choc de cette disparition inexpliquée.
— Bonjour Aurélia ! Bonjour François ! Ça va ?
Cette voix, c'était elle.
— Mais… Mais et ton texto d'hier ? bégayai-je.
— Quel texto ? J'ai perdu mon portable jeudi soir, sûrement dans le tram, peu de temps après mon arrivée pour le congrès à Montpellier.
— Mais alors qui l'a envoyé ? lui demandai-je bêtement.
— Je ne sais pas. J'ai porté plainte au commissariat mais ils ne l'avaient toujours pas retrouvé ce matin quand j'ai pris le train pour rentrer, me répondit-elle.
— Mais est-ce que cette personne est morte ? demanda Aurélia.
— Mystère. Peut-être que c'est un canular, ou pas, répondit notre amie, bien en vie.
Et si cela vous arrivait ?
Voilà le message que l'on peut trouver un jour dans sa boîte email, dans son courrier, sur son téléphone ou bien encore dans son casier.
Et si demain, tu le recevais. Qu'en penserais-tu ? Et que ferais-tu ?