
Une amourette adolescente dangereuse
J'ai été amoureuse, comme beaucoup d'adolescentes, mais la personne que j'aimais et que j'aime toujours a cinq ans de plus que moi ; cinq, cela peut paraître infime, mais quand on en a quinze, cela paraît énorme ! Notre histoire a donc commencé peu après mon quinzième anniversaire, quand un garçon de vingt ans a débarqué dans ma vie comme un miracle ou comme un enfer.
Une rencontre peu romantique
Notre première rencontre ? Fort peu romantique ! J'étais nageuse, lui aussi ; il avait décidé de changer de club et il est venu dans le mien. Mais dès les premiers instants, on a su discerner les liens qui se formaient, l'attirance incontrôlable dont nous étions victimes. La différence d'âge nous a tenus éloignés pendant quelques mois, mais bientôt la passion l'emporta et nous décidâmes de vivre notre amour au grand jour.
Plus fort que tout, plus fort que toute morale, plus fort que la pression qu'exerçaient nos parents sur nous. Les menaces de porter plainte lancées par mes parents, les avertissements des siens ; rien ne pouvait nous séparer car nous ne formions qu'un, nous étions inséparables. Il me comprenait mieux que personne, il me rassurait, toujours présent, il m'aimait d'un amour véritable et combler le manque que j'avais ressenti durant mon enfance à cause de parents distants et autoritaires.
L'oubli de la prévention et la découverte de la grossesse
Comme dans toutes relations sérieuses, l'attirance physique est devenue très importante et même si je n'avais que quinze ans, la volonté de faire l'amour avec lui est devenue de plus en plus pressante. Pour moi, ça allait être la première fois, pour lui non, mais il sut me rassurer ; d'ailleurs je n'avais pas peur, je lui faisais confiance. Comme dans nos relations, il a été à mon écoute et cette première fois s'est très bien passée : je n'ai pas souffert, pas saigné, même si le lieu n'avait rien d'accueillant : sa voiture ! Nos familles rejetaient notre relation, nous ne pouvions faire autrement ! Mais quel plaisir, un moment magique et inoubliable teinté de passion.
L'amour, nous l'avons fait et refait ; cela ne faisait qu'augmenter notre lien jusqu'au jour où on oublia le préservatif... Jusqu'au jour où je n'eus plus mes règles... jusqu'au jour où un mal de ventre terrible me fit évanouir en plein cours.
Enceinte à 16 ans : le choc du diagnostic
Transportée à l'hôpital d'urgence, je refusais qu'on m'ausculte ; je savais très bien ce dont je souffrais et ne voulais pas que cela se sache, ou du moins pas de cette façon. Heureusement, mes parents furent injoignables et les médecins n'eurent pour solution unique que d'appeler mon "frère". Je joignis mon copain qui vint me chercher aussitôt. Et je dus alors tout lui avouer : j'étais enceinte, enceinte de six semaines. Il stoppa la voiture net. Jamais je ne l'avais vu dans cet état ; le choc le transforma et il s'effondra. Après quelques instants, il me demanda ce que j'allais faire. Je lui répondis, stupidement il est vrai, que je ferais ce qu'il désirait.
Une décision imposée par la passion
La décision devait être prise rapidement. Lui voulait garder l'enfant ; moi, plus réaliste, je voyais tout ce que cela voulait dire et entraîner : nous n'aurions plus de vie. Mais mon amour pour lui consentit à lui accorder cela ; avoir un enfant de lui était tellement merveilleux, même si j'aurais encore tellement voulu vivre ma vie, mon adolescence comme tout le monde.
Je ne voulais pas cet enfant, même s'il était de son sang, de sa chair, pourtant je n'ai pas avorté. J'ai dû en parler à mes parents, à mes amis, promettre de quitter le lycée et la natation quand ma grossesse commencerait à être trop visible. Et plus j'avançais dans ma grossesse, plus je regrettais mon choix... Je me retrouvais seule, seule devant tous ces regards, seule devant toutes les remarques blessantes, seule devant le titre qu'on m'apposait : fille-mère ! Mon copain était présent, et lui aussi fut victime de diverses insultes ; il fit du mieux qu'il put pour me protéger, mais vint le moment, après cinq mois de grossesse, où je ne pus supporter plus de pression.
Ma tentative de suicide et ses conséquences
J'écrivis la lettre ultime, une lettre d'adieu. La vie m'était devenue insupportable, autant que ce corps difforme et l'être que je portais. Une boîte de médicaments... et je plongeais dans le néant. Je suis restée dix jours dans le coma. Quand je me réveillai, il était là. Il me demanda immédiatement pardon, pardon pour m'avoir imposé sa volonté, pour ne pas avoir compris l'erreur que nous commettions.
Se reconstruire après le drame
Après ma tentative de suicide et mon retour à la vie, une vie sans enfant à venir (je perdis l'enfant que je portais), je commençais une thérapie ; elle dure toujours et je ne sais si elle finira un jour. Je ne suis pas encore sortie de cette épreuve, je ne supporte plus qu'on me touche, je refuse de faire l'amour et je n'envisage pas de nouvelle grossesse, même dans un futur éloigné.
Cette histoire m'a détruite et même si cela est cruel à dire, je suis contente de ne pas avoir eu à pousser ma grossesse jusqu'à son terme. Mon erreur m'a appris que la passion ne vaut pas ma vie et encore moins celle d'un enfant. J'aime toujours ce garçon mais nous avons été obligés de nous éloigner, séparés par nos familles. Je m'en veux tellement, je m'en veux d'avoir cru que je pourrais supporter la charge d'un enfant... J'ai fait l'erreur que peu d'adolescentes feront, mais certaines devront affronter la même chose que moi, et tout cela à cause d'un manque de prévention, à cause de notre stupidité d'adolescente amoureuse. La vie n'est pas un jeu et le fait d'être mère l'est encore moins. L'avortement n'est pas une solution, mais à toutes les jeunes filles qui font l'amour et aux autres : pensez à vous protéger !