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Essais

Mémoires d'un misanthrope

Un misanthrope cloîtré dans sa chambre décide d'affronter le monde extérieur. Une plongée dans l'esprit tourmenté d'un homme que rien n'attire — ni la musique, ni les femmes, ni la compagnie.

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Il y a longtemps qu'il est là, sans bouger. Assis, le regard torve, les yeux vitreux et cernés. Subitement, il se lève. Il ne trouve pas l'inspiration qui fera de cette page blanche le sulfureux manifeste désiré. Il n'est point homme têtu et ne martèle pas ses facultés cognitives à leur moindre défaillance. Or, résolu, il décide de sortir. L'idée lui paraît d'autant plus sage que le temps clément le lui permet, et l'entreprise d'une promenade ne pourrait que lui aérer l'esprit. Il a tout à gagner ; c'est ce que son aptitude à l'analyse lui permet de constater d'emblée.

Les quatre dernières heures furent pénibles, mais, misanthrope de nature, l'isolement ne le priva de rien, excepté, bien sûr, de cette mèche dont il cherchait la flamme égarée dans la fraîcheur matinale de l'automne.

Il est bien seul dehors. En fait, il est toujours bien seul. La familiarité des lieux était toutefois devenue surprenante. Ayant emménagé dans cet arrondissement depuis peu, il fut durement désappointé par cette découverte : ce serait bientôt l'assurance univoque du résident qui allait prendre le dessus sur le peu de nonchalance qui demeurait encore dans chacun de ses pas lorsqu'il zonait dans le quartier.

Il n'est pas question d'un être attachant ni intéressant. Il n'aime pas la musique, elle lui procure de terribles maux de tête. Il n'aime pas les femmes, elles lui procurent de terribles maux de tête. Son violon d'Ingres ? Ce qui le plonge dans un état d'exaltation le plus total ? Ce qui lui donne son plus grand kiff ? Ce sont les... Hmmm...

En fait, on ne le sait pas, on n'en sait rien. Pas de passion, pas de dada... À son souvenir, le moment le plus fébrile de son existence devait remonter à son enfance, à cette heureuse période d'éphémère insouciance. Il était souvent tombé amoureux, mais ces moments ne lui avaient qu'apporté souffrance et âpres tourments de son âme d'éternel ingénu. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas souri, il n'en avait pas de raison. Oui, certes, il souriait aux gens qui le saluaient, mais c'était un sourire purement conformiste ; s'il avait agi autrement devant ces abjects résidus bourgeois, ces derniers se seraient probablement intéressés à lui ; ce qu'il ne souhaitait guère...

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