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Essais

"MAUVAIS VOYAGE" : Deuxième partie : Chapitre quatrième + l'épilogue

Louis Ternand se réveille d'un coma et découvre une vérité accablante : il a euthanasié sa sœur par égoïsme. Entre culpabilité et folie, ce thriller psychologique s'achève sur une tragédie.

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Deuxième partie – Chapitre quatrième

Comment l'auteur en a marre d'écrire des titres à ses chapitres et comment il bâcle et boucle le dernier astucieusement, par trois petits points, dits de suspension...

Un beau jour se lève sur la couche de Louis Ternand. Si beau que celui-ci ne peut que s'extasier :

« Putain, fait chier, qui c'est qu'a pas fermé les volets ? Bordel de scrogneugneu...
— Chéri, tu es réveillé ? Enfin tu reviens à toi ?
— Chérie ?... Je... Claire ?
— Allons, ne te lève pas si brusquement, attendons de voir ce que le médecin nous dira. Viens, tu n'as qu'à t'asseoire... Attends, je vais te chercher un oreiller... »

J'écarquille les yeux, les frotte, me pince, puis me baffre !

« Oula ! Attention, tu vas te faire mal, attend... Mets plutôt ce coussin derrière toi... Voilà... Comme ça... »

J'aurais attendu un peu, je n'aurais pas eu besoin de me violenter pour tester la réalité de ce qui se dressait devant moi. Car déjà un mal de crâne et une terrible gueule de bois, qui ferait passer Pinocchio pour un porcelet, viennent attester que je ne rêve pas.

Pourtant, je l'avais bien tuée hier. Ou bien était-ce il y a plus longtemps ? Il semble en effet que je sorte d'un coma... Quoi qu'il en soit, et qu'importe le nombre d'heures qui me séparent de la trucidation de ma chère et tendre, ce qui est fait est fait ! Donc pourquoi Claire est-elle ici, alors qu'elle devrait plutôt participer à un festin culinaire à base de plantes et surtout de racines de pissenlits, comme dit l'expression... En parlant d'elle, je n'y vois pas si claire, mais peu à peu ma vue s'améliore et je ne vois plus du tout Claire...

« Qui êtes-vous ?
— C'est moi, ta femme ! Sophie ! Voyons... Tu ne te rappelles donc pas ??? »

Sophie ? Ce mot résonne dans ma tête, se répercute dans mes neurones et tourbillonne enfin dans mon esprit...

Sophie Monier. Née à Paris, le 29 février 1972. Son père était maçon et sa mère au foyer. Issue d'un milieu modeste, cela ne l'empêchera pourtant pas d'aller à l'école et d'y réussir. En 1990, elle décroche son baccalauréat, sans mention. Elle suivra des études pour devenir banquière, en 1995, à la Banque Populaire. Banque à laquelle elle est restée fidèle, jusqu'à présent.

Épousant Louis Ternand, jeune neuro-chirurgien-psychiatre, en 2001, elle devient madame Sophie Ternand-Monier. Se côtoyant depuis 1993, ils eurent un enfant en l'an 1996, le jeune Luc qui avait alors 0 ans et qui maintenant habite chez lui. Le deuxième est en préparation et devrait naître d'ici trois mois, en décembre 2003.

Grande, blonde, d'éducation catholique, elle n'a pas son pareil pour compter les chiffres et sait faire divinement bien les tartes tatins.

Je l'ai rencontrée quand j'avais 22 ans, elle en avait 19... On s'est tout de suite plu. Elle tortillait bien du cul et elle aimait ma façon de bouger en rythme mon poignet, quand je frappais le « beat » d'un remix de DJ Abdel à la mexicaine... Notre chanson... « Un, dos, are you ready to put your hands in the air ? » Qui s'appelait en l'honneur de Ricky Martin et Floorfila... Il s'en est passé des choses sur cette musique, et je me rappellerai toujours cet instant magique où pour la première fois elle m'a filé la trique...

« Oh, comme tu as l'air mal en point. Je t'assure, tu ferais bien de te recoucher... Allez, voilà...
— Qu'est-ce qui m'est arrivé en fait ?
— Tu t'es... Tu as un peu trop abusé de tes produits psychoscolatificat... psychoslaftcheu...
— À tes souhaits...
— Psychodislepfchttt hik... psychosomdiphtéri... de tes drogues et tu...
— J'ai fait une overdose ?
— Coma éthylique et overdose de plein de produits illicites ainsi que de médicaments que tu n'aurais jamais dû t'administrer... Mais j'aurais cru qu'un brillant médecin comme toi l'aurait compris...
— Oui, je... Ne t'inquiète pas, maintenant ça va... Je... Enfin je crois...
— Quoi qu'il en soit, bien que tu sois sorti de ton coma, il serait bon que tu te reposes, tu es encore très faible... Je vais aller chercher le médecin pour qu'il t'ausculte...
— Et Claire ?...
— Quoi, Claire ?
— Tu connais une Claire, n'est-ce pas ?
— Oui... Ta sœur s'appelait comme ça...
— S'appelait ?... Ma sœur ?
— Ne me dis pas que tu as oublié qu'elle est morte il y a deux semaines ? C'est même pour cela que tu as fait une dépression... Et qu'il y a une semaine tu as...
— Morte ?... Mais comment ?
— Arrêt du cœur.
— À son âge ?... »

Et là, d'un coup, tout me revient ! Claire, ma sœur, ma toute petite, ma frangine... On était inséparables ! Toujours fourrés l'un avec l'autre depuis notre enfance... Je l'adorais... Mais un jour son mari, un petit salaud de cardiologue prétentieux, imbu de sa personne, coureur de femmes, l'a laissée tomber... Et malgré tous ces travers et défauts, elle l'adorait, elle l'aimait à la folie, si bien que j'en ai même été jaloux... Mais j'avais raison de lui dire qu'il n'était pas fait pour elle, qu'elle valait mieux que cette raclure de narcissique ! Elle aurait dû m'écouter... Mais l'amour, cela rend fou... Bien plus fou qu'elle aurait pu le soupçonner...

Car après son départ, après qu'il l'ait délaissée pour une traînée, qu'il se soit lassé de ma petite sœur chérie, elle est devenue comme folle. D'abord rageuse, aigrie et violente. Elle qui était si douce, joviale et calme. Puis elle est rentrée dans une déprime malsaine, elle est devenue agoraphobe, paranoïaque... Elle s'en voulait... Elle s'en voulait de n'avoir rien pu faire pour le retenir, elle s'en voulait aussi d'avoir aimé une telle ordure et elle en voulait à tout le monde pour avoir laissé faire cela... Mais le pire, c'est qu'après être tombée plus bas que terre, elle tenta de se suicider. Elle n'y parvint pas. Mais son cerveau était resté sans irrigation trop longtemps... Ce qui lui occasionna de graves lésions cérébrales, qui lui bouffèrent l'esprit...

Elle qui n'allait pas bien avant... Elle était maintenant complètement anéantie. Elle perdit la mémoire, eut du mal à s'exprimer — la néologie, comme disaient mes bouquins. Ah ça, ils étaient bien écrits ces satanés bouquins ! Mais que pouvaient-ils bien faire à part déblatérer des inepties orthographiques et des lexiques toujours plus complexes ??? Et moi, que pouvais-je faire avec mes dix ans d'études ? Ma spécialisation en neurologie et même mes diplômes de psychiatre ? RIEN ! Ah ça ! J'étais bon à « RIEN », sacrément bon même !

Elle sombrait de plus en plus dans la démence et moi dans les recherches ! À tout prix, vous m'entendez ! À tout prix je l'aurais soignée ! Mais plus je compulsais les ouvrages les plus spécifiques, plus je consultais les plus éminents spécialistes, et plus l'espoir me fuyait. Cette raison ! Cette vilaine et implacable raison, il y a des fois où on a envie de lui tordre le cou ! Car elle me narguait à me scander, de mille façons, qu'il n'y avait rien à faire !

Je finissais par l'écouter, par baisser les bras... Elle ne me reconnaissait même plus. Je la voyais jour après jour, à l'institut, souffrir le martyre, s'automutiler, convulser, faire ses crises, gémissant de plus en plus fort, de plus en plus horriblement ! Ses cris, je les entendais tout le temps, même quand je rentrais chez moi, quand je dormais, où que j'aille, quoi que je fasse !

Il me fallait les faire taire... La faire taire... La relaxer, la soulager, lui redonner sa liberté !

« C'est moi !
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— C'est moi qui l'ai tuée, tu entends ?
— Chut ! Calme-toi, tu délires...
— Je l'ai euthanasiée, non pas parce qu'elle souffrait trop, mais parce que je souffrais trop, MOI !
— Chut... Calme-toi voyons...
— Je l'ai tuée par égoïsme... »

Et comme le jour est venu, il est reparti laissant la place à la nuit. TOUT, il lui raconta TOUT. Comment et pourquoi il avait tué sa sœur, ce qu'il ressentait à présent, comment la culpabilité l'avait rongé depuis lors, comme un chien ronge un os... Mais il lui expliqua qu'il était plus faible que la moelle, qu'il détestait les chiens et que, contrairement à un os, il rêvait... Il lui conta ce rêve horrible où il la tuait encore, alors qu'elle était sa femme... Puis on le vit pleurnicher, scander qu'il était content qu'elle lui reste, elle, sa femme... Et l'air vibra aux sons des excuses, dans lesquelles il se confondait, auprès d'elle... Il ne la méritait pas, affirmait-il. Il ne méritait que d'être puni... La prison était encore trop douce pour lui, qui avait commis le plus affreux des péchés, le plus ignoble et égoïste des actes... Mais surplombant ses pleurs, apaisant les relents de ses douloureuses confessions, elle l'entourait de ses bras, le réconfortait, lui susurrait des mots doux... Elle aussi avait vu l'horrible spectacle de cette fille changée en légume psychopathe... Elle lui concéda qu'il avait fait ce qu'il fallait faire... Qu'il n'irait pas en prison, pas pour avoir libéré sa sœur... Et elle lui jura qu'il avait agi dans l'intérêt de tous : le sien et celui de sa sœur, qu'il n'avait rien à se reprocher et qu'il était stupide de se torturer ainsi...

Le dénouement : la prison de la conscience

Et c'est sur cette image, celle d'un homme effondré dans les bras de sa femme compréhensive, que l'on se retire, doucement... Apercevant encore quelques instants les ravages de la fatalité... Les ravages de la fatalité qui revêt le costume du choix... Il ne pouvait que perdre sa sœur. Mais en la tuant, il crut avoir fait le mauvais choix. Pour cette croyance, il paie le prix fort. Il endosse ainsi la responsabilité du destin et se fait par là son propre bourreau...

Sa femme s'en rend compte. Mais comment pourrait-elle le défendre contre la culpabilité ?... Laissons-la en suspens cette question...

Il n'avait pas le choix, il a essayé de le prendre... Et pour un vol qu'il n'a pas commis, pour un crime qui n'a eu lieu que dans sa tête, que d'après sa propre conception de la justice et non d'après celle des lois, le voilà accusé, jugé et condamné à rester à perpétuité dans la pire des prisons... Celle de sa conscience...

Cette triste image n'est plus qu'un point, une vulgaire tache, perdue dans l'horizon de l'expérience humaine... Ce n'est plus qu'une anecdote sans contenu... Mais pour Louis, cette tache est plus indélébile que le sang et plus fatale que le destin... Voilà le fardeau de ceux qui sont sains, des gens que la mémoire ne lâche pas... Que la mémoire harcèle... Il y a des fois où la raison est folle... Et malheureusement il n'y a qu'elle...

Épilogue : la tragédie finale

Mais on ne peut jamais parler de souffrance éternelle... La souffrance cherche toujours à se transmettre, comme une affreuse maladie, elle est contagieuse... Pire que cela, on peut s'en débarrasser en la donnant à autrui. Ainsi celui qui souffre fait souffrir les autres pour se délester de sa souffrance.

Louis Ternand souffrait trop pour se voir débarrasser de sa souffrance ainsi...

Quand on souffre trop, quand on souffre d'avoir commis un crime, même le plus vicieux, la société a tout prévu pour soigner cela... La prison et les punitions sont là pour ceux qui brisent les lois.

Mais Louis Ternand ne pouvait pas prouver son crime, sa femme l'en aurait empêché... Et comme un malade qui ne pourrait pas dire où il a mal, Louis Ternand ne pouvait pas se faire soigner.

Alors elle lui est apparue... dans un coin de la pièce, dans un coin de sa tête... Cette présence... L'innommable et ineffable présence. D'un silence péremptoire, elle semblait lui indiquer une seringue qui traînait dans la chambre.

« Coupable, je suis coupable ! Je veux être coupable ! » Avait-il hurlé, la seringue à la main...

Plus tard, la police découvrait un homme, assis à côté d'un cadavre de femme. Celui-ci gisait, une seringue enfoncée, tout entière, d'une force démente, entre les omoplates. L'homme, les jambes dans les bras, se balançait d'avant en arrière et répétait sempiternellement : « Claire a perdu Louis, et Louis ne voit plus Claire... »

Frère et sœur se complètent : quand l'une n'entend plus rien au monde, l'autre ne voit plus aucun espoir en celui-ci...

L'explication de la nouvelle

Oui. Cela dépend du contexte mais je crois pouvoir dire que ce n'est pas recommandable. Absolument Pas ! Mon hamster avec le chandelier dans la bibliothèque. Une pommade pour les hémorroïdes. J'ai 25 ans, je suis en troisième et je veux devenir technicien de surface. La reine d'Angleterre... et tout cela à cause de Luke Skywalker et du pape... Bien évidemment que l'on peut affirmer cela comme une vérité puisque comme l'a dit Socrate : « Tu me passes le sel ? ».

Ce sont autant de réponses qui ne trouveront pas de questions dans le dernier article consacré à cette nouvelle : « Les réponses aux questions que vous ne vous posez pas sur MAUVAIS VOYAGE »

Et à ce propos, j'organise un grand concours : je récompenserai d'un Snickers le premier qui pourra me délivrer l'explication de cette nouvelle, en décryptant le scénario et en répondant surtout à la question que tout le monde se pose : qui a tué Pamela Ro... heu, qu'est-ce qu'exactement cette « présence » ? (Vous pouvez me faire parvenir vos réponses à l'adresse suivante : [email protected])

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defonchaie
Moi Demême @defonchaie
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