
J'écris aujourd'hui pour vous livrer mon histoire, pour vous expliquer le long cheminement intérieur que j'ai vécu après qu'un événement tragique a bouleversé ma vie. Une réflexion sur moi et ma sexualité, qui n'est pas toujours facile à assumer. Voici mon témoignage.
Comment tout a basculé : la perte de mes parents
C'était il y a un peu plus de trois ans. J'avais alors seulement 15 ans. Mon père et ma mère m'avaient abandonné, trois mois plus tôt, emportant leur argent, ma bonne humeur, et ne me laissant que leurs dettes et mon malheur.
Ce jour-là, un conducteur de BMW m'a enlevé bien plus que mes parents. Un imbécile qui, de peur de finir derrière les barreaux, les avait laissés sur le trottoir, gisant, perdant leur sang. Trois heures ils ont mis pour mourir, dans une rue remplie de badauds insensibles.
C'est ainsi que des policiers m'ont appris que le fardeau de la continuation de la lignée familiale m'incombait désormais.
Dépression et tentative de suicide
Tout avait commencé le lendemain du drame. Les médecins ont appelé cela « dépression nerveuse ». Cela a duré une semaine, au bout de laquelle, « guéri » que j'étais, je suis allé me reposer dans les branches d'un peuplier. La corde m'a accueilli sans rechigner.
Mais c'est alors que, sans famille, sans amis, mon regard a croisé celui qui avait décidé que ma vie ne s'arrêterait pas ainsi. Il était grand et fort, svelte et élancé, au regard ténébreux. Il m'a détaché et m'a offert quelques mots de réconfort.
La confusion de mon orientation sexuelle
Cette nuit-là, j'ai vécu ma première expérience homosexuelle. Peut-être n'était-ce que la malencontreuse conséquence de mon état.
Au petit matin, la lucidité revenue, l'ambiance a tourné au malsain : « Quoi ? J'ai couché avec un PD ? »
Sur ces mots, je me suis enfermé dans un mutisme complet pendant une semaine.
Ma survie dans la rue
J'ai décidé de prendre la poudre d'escampette. Ma technique était simple : le visage fardé de blanc, je faisais le mime dans Paris près des lieux touristiques. Je chipais ici et là pour survivre.
Quand un jour, un passant a laissé tomber son journal : « Cherche garde d'enfant libre tous les samedis soir 18h-00h. »
J'ai obtenu ce travail sans trop de problème. Si seulement j'avais pu ne toucher que la paye.
Comment j'ai reconstruit ma vie
Apprenant que la pédérastie était un crime sévèrement puni, j'ai fui. Dans le hall de l'aéroport, j'ai rencontré une vieille dame richement vêtue qui m'a payé pour la dévêtir. Deux semaines de travail nocturne m'ont suffi pour devenir son unique héritier.
Cela faisait un mois que mes parents étaient morts, et voilà que je roulais déjà en voiture de sport.
Quand j'ai cru trouver l'amour
Au feu rouge, une jeune fille s'est approchée. Sur ces mots, mon cœur semblait s'arracher de ma poitrine. J'ai sillonné toutes les rues, faisant vrombir le moteur. J'ai acheté des fleurs, un magnifique costume, du champagne et deux boucles d'oreilles serties d'émeraudes.
Je marchais vers elle... mais vers où ? Je n'avais pas son numéro.
C'est comme cela que je me suis retrouvé dans un asile d'aliénés.
Mon diagnostic : comprendre ma maladie mentale
Après la mort de mon amour, mon cœur s'est brisé et mon être s'est divisé. J'ai décidé d'aller me dénoncer, moi et mes personnalités.
Ils ne m'ont pas cru. Ils ne m'ont pas mis en prison. Ils m'ont laissé seul pour que je puisse mieux m'agacer.
Finalement, j'ai dû me tuer... pour mieux vivre. On dit maintenant de moi que je suis sain.
Reconstruction et message d'espoir
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire de sortie de l'asile. Trois ans que j'y ai laissé mes vieux démons.
Libéré de toutes ces contraintes, j'ai retrouvé celle qui m'avait brisé. Je l'ai invitée dans mon appartement. Cette fois-ci, je me suis assuré qu'elle me suive où je voulais l'emmener. J'ai usé de mon sourire et de mon couteau pour l'éventrer.
J'ai perdu les deux femmes de ma vie. Je le leur dois.
Voilà pourquoi j'écris aujourd'hui.
Pour finir, j'aimerais passer un message d'espoir pour tous les jeunes qui sont dans le même cas que moi : gardez espoir, la vie vaut d'être vécue, et vous n'êtes pas seuls !