
Aujourd'hui, j'ai 13 ans. Je vis à Montréal en compagnie de ma petite famille. Oh ! Depuis le temps, j'ai oublié bien des choses, mais certaines me reviennent...
Pourquoi j'ai peur des hommes à 13 ans
Trouvez-vous normal qu'une jeune fille de treize ans ait peur d'être seule dans la même pièce qu'un homme ? Pas moi... Je crois que la jeune fille devrait être à l'aise en compagnie de son père. J'ai lu dans une revue connue que les pères devenaient de plus en plus « père-poule ». Vous rendez-vous compte ? Ils essaient de se rapprocher de nous pour nous violer, non mais !
Les attouchements de mon père : mon témoignage
J'ai vécu ceci il n'y a qu'un an à peine. Au Québec, les chaleurs se font de plus en plus fréquentes, j'ai donc profité de la fraîcheur de mon sous-sol pour y dormir une nuit infernale. Mon père, ne pouvant pas supporter cette température à son tour, vint dormir avec moi. Jusqu'à ce jour, je n'aurais JAMAIS cru que mon père aurait osé me « toucher » sexuellement parlant. Il venait d'une famille sévère et assez dure. Il a été élevé de façon à ne jamais toucher une femme. Auparavant, il m'avait déjà frappée quatre fois : 2 gifles et 2 coups de poing.
Mais pour en revenir à cette nuit-là, je dormais sur le divan qui se trouvait en bas (à l'horizontale) et mon père sur un matelas posé sur le sol (à la verticale). Durant la nuit, je me suis réveillée à moitié, encore perdue dans mes rêves, disons-le, plutôt cochons ! J'ai alors senti quelque chose à mon entrejambe. J'ai d'abord cru que c'était un chat, parce qu'ils avaient l'habitude de venir se coucher sur nous durant la nuit. Mais la « chose » ne bougeait pas comme un chat : c'était la main de mon père.
C'est là que j'ai ouvert les yeux. Je n'ai pas osé bouger, mais je crois qu'il m'a vu faire un « saut », comme nous disons si bien nous les Québécois... Quelques instants après, sa main avait disparu. Je suis restée enroulée dans mon drap blanc pendant au moins une heure, les yeux grands ouverts pour être sûre qu'il ne me retouche pas. Étant sûre qu'il dormait (ronflements atroces, je ne vous dis pas !), j'ai pris mon drap et mon oreiller et je suis montée au salon. Je me suis connectée sur Internet et j'ai été parler à mon père « adoptif », un mec qui vit en Belgique. Je lui ai tout raconté ; il était envahi d'une colère noire ! Moi, j'étais en larmes, ne pouvant plus me contrôler.
Le lendemain, ma mère me retrouva sur le divan, j'ai dû lui baratiner un truc pour pas qu'elle se pose trop de questions. Je savais que ma grand-mère venait chez moi pour le dîner, alors je m'étais dit que je leur dirais à toutes les deux, comme ça ma grand-mère m'enleverait des mains de ce monstre ! Je n'ai pas su attendre. Je suis rentrée en pleurs dans la cuisine pendant que ma mère lisait son journal. Je lui ai tout dit, mon père n'était pas là, il travaillait. Elle ne m'a pas crue ! J'aurais voulu la tuer, jamais je ne suis tombée aussi bas ! Elle me voyait bien pleurer, j'ai dû lui expliquer deux fois, et j'ai tout redit de la même façon, alors elle était bien obligée de me croire !
Elle en a parlé avec ce pédophile. Il est venu me voir avant d'aller se coucher avec elle, il n'avait pas ses lunettes (il ne voit rien sans ses lunettes, ni de loin, ni de près) et il m'a dit qu'il ne savait pas où j'avais pêché tout ça ! VOUS VOUS RENDEZ COMPTE ?! Il m'a dit que si cela s'était produit, c'est qu'il devait dormir et qu'il rêvait de ma mère. (Je ne veux pas être insultante maman, mais tu n'as pas mon corps ! Je suis un tantinet plus séduisante que ta personne.) Je n'en croyais pas mes oreilles ! Il m'a demandé de l'excuser, qu'il n'avait pas fait exprès. Il m'a demandé d'oublier tout cela. J'ai été obligée de lui dire que tout était parfait, que je ne dirais ça à personne et que c'était mort. Mais cela m'a marqué !
Les attouchements de l'ami de mes parents
Ce n'est pas tout. Quand j'avais six ans, mon père avait un ami qu'on appelait Toyo. Il venait souvent me garder quand mes parents sortaient. J'étais jeune et légère et j'aimais bien me faire faire l'avion. (Comme tous les enfants, non ?) Quand il me levait, il me prenait toujours par l'entrejambe... Une fois, nous nous sommes assis devant la télévision, et il a passé sa main dans ma culotte. Je ne savais pas que c'étaient des attouchements sexuels, mes parents ne m'avaient jamais parlé de ça. Ce n'est qu'aujourd'hui que je m'en rends compte et cela me traumatise énormément, parce que je sais qu'il a une jeune fille âgée de plus ou moins 7 ans.
La tentative d'enlèvement dans la rue
Aussi, quand j'étais en 3e année du primaire, je devais attendre mon petit frère qui a la dystrophie musculaire (ma mère aussi) au coin de la rue quand il revenait de l'école. Un jour, un monsieur s'est arrêté sur le coin en face de celui où j'étais. Il avait une voiture beige. J'étais avec une amie ce jour-là. Il a essayé de nous violer toutes les deux. Mon amie a couru vers chez moi tandis que je reculais plus doucement. Elle est arrivée trop tard, le type s'était enfui. Ma mère était frustrée que ceci nous soit arrivé.
Mon premier petit ami et le viol
Cette année, je suis sortie avec un mec de 17 ans. Il habitait l'appartement au-dessus du mien et il travaillait avec mon père. C'était un mec très grand et très fort. Il jouait au football américain et son jeu favori était de me prendre sur ses épaules et de courir dans un champ. Je l'aimais certes, mais je n'étais pas totalement prête à faire l'amour. Oui, je l'avais déjà fait, mais avec un garçon plus jeune, moins imposant. Et surtout quand j'ai vu son membre, je suis restée l'air bête ! (Plus ou moins 20 cm de long et 5-6 cm de large. Dites-vous bien que je suis petite.)
Un jour que nous revenions du centre d'achat, il m'a entraînée au sous-sol. Nous avons déposé les sacs et il s'est mis à me déshabiller. J'étais contre, je vous assure, mais je suis plus faible que lui ! Il m'a prise et m'a baisée (non pas fait l'amour, baisée ! Littéralement violée !). Je n'ai pas pu m'asseoir pendant 2 jours. Vous trouvez que j'exagère un peu ? Je saignais comme je n'ai jamais saigné ! J'étais sûre et certaine que j'étais dans ma semaine. Depuis, je n'arrive plus à faire de grands écarts, que je faisais à merveille. Il m'a violée une deuxième fois, dans un parc cette fois-ci, et en plein automne ! Là aussi, il m'a fait mal, mais un peu moins. Je l'ai quitté une semaine plus tard, ne pouvant plus supporter le mal qu'il me faisait. Il a dû garder ses distances à cause de mon père qui me protégeait (Non, mes parents n'en savent pas mot !).
Ma famille et la dystrophie musculaire
Il n'y a pas que les hommes qui troublent ma petite vie d'adolescente. Ma mère et mon jeune frère sont atteints d'un handicap physique, la dystrophie musculaire. Ma mère est tombée malade lorsqu'elle était enceinte de mon frère. Lui est né malade, ce qui fait qu'il n'avait même pas 24h et il avait déjà les plâtres aux pieds. C'est un enfant déficient avec un sale caractère. Il a des troubles de parole à cause de son palais qui est déformé. Il porte des orthèses quand il sort, pour garder son pied bien droit ; quand il n'en porte pas, il marche sur la pointe des pieds. Il est grand et éflanqué.
Ma mère, elle, elle ne sait plus rien faire toute seule ou presque. Elle a un chien de la fondation Mira (ce n'est pas exclusivement pour les aveubles mais aussi pour les personnes handicapées) : Beethoven. Je l'ai toujours beaucoup aidée aussi. Toute jeune, je faisais les petites commissions rapides. J'éduque encore mon frère aujourd'hui parce qu'elle n'est pas toujours capable de rester éveillée. Mon père, lui, ne nous aide pas. Il réussit juste à lui dire qu'elle est moche et grosse (elle a perdu la force de ses muscles à l'accouchement de mon frère, son ventre ne se tient plus) et qu'elle ne sait que dormir. Mais c'est toujours elle qui me défend et qui sort pour faire l'épicerie et tous les petits trucs où on a besoin d'utiliser la voiture à cause de la distance.
Ma résilience face à ces épreuves
Moi, je trouve frustrant d'être normale ! Vous devez me prendre pour une folle, mais mon père est tellement entêté qu'il fait tout lui-même (les rénovations) et je suis obligée de l'aider et d'être à la hauteur d'un homme. Je ne suis pas faible, mais je suis encore une jeune fille.
À cette date, j'ai cinq tentatives de suicide à mon actif. Tout ça n'est qu'une mince partie de ce que je ressens et de ce que j'ai vécu. Malgré tout ça, j'ai réussi à pardonner aux hommes et je suis tombée amoureuse d'un mec trop bien. Il a 17 ans, mais il est belge ! Alors j'attends de le voir depuis déjà 1 an (depuis le 12 mai 2002). Nous sommes supposés nous voir à Noël, sinon en avril, après sa fête. À l'été, il viendra probablement vivre chez moi jusqu'à ce que j'aie l'âge de partir. Parce qu'ici, c'est une merde totale.
Merci beaucoup d'avoir eu la patience de lire tout cela...