Image 1
Essais

Ma feuille

Une feuille blanche comme métaphore de l'existence : entre ratures, imperfections et liberté assumée, une adolescente nous livre sa vision poétique d'une vie pleinement vécue.

As-tu aimé cet article ?

Image 1
Image 1

Parfois, je me disais que j'aurais bien aimé que ma vie soit comme cette feuille : blanche, propre, neuve. Mais j'ai rempli les jours de ma vie comme on écrit sur une feuille blanche, et rapidement, elle ne l'est plus. J'ai vu ma feuille se remplir de ratures, de mots inachevés, de dessins sans couleurs, de traits tordus et entrelacés. Je pensais que bientôt elle craquerait, qu'une goutte d'encre la trouverait, qu'un trait, une ligne, la déchireraient, et qu'elle serait jetée. Peut-être qu'elle brûlerait, qu'elle s'en irait avec le vent ou qu'un enfant en ferait des confettis.

La plupart des gens à 15 ans ont su garder la blancheur de leur feuille, sa droiture aussi. Ni plis, ni cornes. Plus tard, ils en feront un chef-d'œuvre, un poème aux rimes parfaites, un dessin aux traits ajustés, ou une nouvelle aux mots recherchés. Je ne suis pas comme ça, et j'y ai souvent réfléchi : est-ce un tort, une erreur qu'il faut réparer ?

Je me disais qu'il fallait rattraper le temps perdu et gommer les ratures, tellement nombreuses sur ma feuille. Mais on n'efface pas son passé comme on gomme un dessin. On n'arrache pas les jours comme on déchire un bout de papier. Tels les noms des amoureux gravés dans l'écorce des arbres, les souvenirs restent ancrés dans nos mémoires et ressurgissent à n'importe quel moment. On n'arrive pas à les oublier, alors on vit avec.

Mais avec du recul, ma vision des choses a changé. Finalement, je ne voudrais pas que ma vie soit un soi-disant chef-d'œuvre, tellement parfait qu'il en est écœurant. Et puis, la perfection, existe-t-elle vraiment ? Ceux qui le prétendent sont des menteurs, ou bien sont-ils si faibles qu'ils ne peuvent faire face à leurs défauts.

Ma vie a été différente, imparfaite. Ma vie a été pleine, pas comme les leurs, pas comme les vôtres — fades, errantes, avec un goût d'éternité. Ma vie, je l'ai rythmée aux battements de mon cœur. J'ai croqué mes envies à pleines dents et j'ai appris. J'ai appris à préciser mes buts et donner tout pour y arriver. J'ai appris l'amour, j'ai appris la haine. J'ai connu la douleur, j'ai connu la trahison. J'ai vu la lâcheté, j'ai eu le courage, j'ai effacé la peur.

Les ratures de ma feuille, les mots, les dessins, sont devenus plus clairs à mes yeux. Ils sont mon passé, mon présent, mon futur. Ils sont mon chemin, ma destinée, ils sont ma vie. Contrairement à une jeunesse perdue, naïve, et qui dans sa soif d'aventures se jette dans la gueule du loup. Une jeunesse qui se laisse marcher sur les pieds, avec rien dans la tête que des noms de marques.

Je suis bizarre pour les uns, inconsciente pour les autres, trop libérée pour certains. Oui, je suis tout ça. Je suis ce que j'ai choisi d'être et j'en suis fière. Avec des rêves, de l'ambition, de la volonté. Avec des défauts et des erreurs.

Et j'ai repris mon stylo, encore et toujours, pour tracer ma destinée sur la feuille de ma vie. La tête haute, prête à embrasser le vent qui emmêle mes cheveux, le soleil qui caresse ma peau. Et remplir ma terre, mon cœur, et ma feuille, jusqu'au dernier carreau blanc. De ratures dira-t-on ? Moi je dirai de vie. La belle, la vraie, celle avec un grand V, celle que peu ont goûtée. Celle que moi j'ai.

As-tu aimé cet article ?
fizz
1 articles 0 abonnés

Commentaires (5)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires