
Le clair de lune éclairait faiblement le long corridor où nous pouvions apercevoir quatre portes. Le sol, jonché de poussière, laissait apparaître par endroits un parquet qui, autrefois, devait être des plus luxueux. Cependant, une sensation étrange nous bouleversa, nous faisant hésiter entre l'envie de rebrousser chemin et celle de poursuivre notre exploration.
Quand un bruit tonitruant se fit entendre, les poutres de l'entrée cédèrent et nous fûmes prisonniers de cette bâtisse qui laissait peu à peu monter une atmosphère étouffante. C'est alors qu'une lumière filtra à travers le montant de la porte.
Qu'est-ce que cela présageait ? Cette demeure était censée être vide et sans occupant. Certes, nous avions remarqué quelques babioles sur une petite table à l'entrée auxquelles nous n'avions pas prêté attention, mais nous nous décidâmes à pousser cette lourde porte en chêne.
La pièce était plus que confortable. Du fond de son fauteuil, un vieil homme nous contemplait, l'air hagard. Les tapisseries représentant des scènes macabres nous flanquèrent la frousse. De nombreux livres prédominaient — il y en avait des centaines, tous de couleur noire, décorés d'inscriptions tissées en fils d'argent. Malgré le feu de la cheminée, la température ambiante restait glaciale.
Mais qui pouvait bien être cet homme ?
— Je vous attendais, jeunes gens, fit une voix caverneuse.
Cette voix provenait de l'obscurité. L'homme n'était pas seul et semblait effrayé par cette ombre qui se terrait dans les ténèbres, laissant juste transparaître deux iris rouges et un léger voile de fumée blanche.
— Allons, vieillard, pourquoi n'offres-tu pas de sièges à nos invités ? Ne vois-tu pas qu'ils ont l'air effrayés par ta laideur ?
Certes, ce vieillard était laid, mais il n'avait rien d'effrayant comparé à cette vision spectrale. Alors, quatre sièges apparurent comme par enchantement derrière nous. N'y tenant plus, je m'affalais sur cette apparition poussiéreuse mais néanmoins confortable. C'est alors que la voix reprit :
— Vous allez m'aider, jeunes gens. J'ai besoin de vous et de ce vieux débris pour achever mon œuvre.
La tête du vieil homme éclata. Des morceaux de chair ainsi que du sang volèrent sur nous, nous recouvrant d'une odeur de mort. Celle-ci nous prit à la gorge et un rire macabre se fit entendre.
— Vous ne pouvez rien faire de plus, vous êtes faibles et tellement innocents. Ce vieux Fred ne pouvait plus me servir à grand-chose tandis que vous m'êtes encore utiles. Alors pas d'entourloupe : le premier qui tenterait de s'échapper finirait comme ce vieux Fred. J'espère m'être bien fait comprendre.
Les ténèbres nous envahirent et nous fûmes plongés dans l'obscurité la plus totale. Cependant, une légère brise se fit sentir et nous suivîmes le chemin de la liberté. Après quelques minutes, nous nous retrouvâmes dehors. Que pouvait bien vouloir de nous cet étrange individu ? Je ne le savais pas à ce moment-là.
De nous quatre, il ne reste plus que moi. Tous sont morts dans d'étranges circonstances. Quant à moi, je suis à présent un vieillard laid scrutant sans cesse l'obscurité. Cela fait maintenant dix ans que je n'entretiens plus ma demeure et reste enfermé dans ma bibliothèque remplie de livres occultes pouvant peut-être expliquer mon histoire. Mais maintenant, alors que j'allume le feu de ma cheminée dont les flammes n'arrivent plus à réchauffer mes vieux os, un bruit sourd se fait entendre.
Mais quel est ce bruit provenant de l'entrée ?