
C'est un jour comme celui-ci que je devrai mourir. Oui, j'emploie le verbe « devrai » car je n'ai pas la force de le faire moi-même, comme si ma raison m'en empêchait... Alors il me reste deux solutions : fuir de la maison de ma mère et errer dans les rues, ou aller chez une amie qui pourrait m'héberger. Je savais que la deuxième solution ne fonctionnerait pas car mon amie était encore mineure et vivait chez ses parents. Malheureusement, la première était tout aussi impossible : seule, sans ressources, dans les rues, survivre est impossible.
Un quotidien marqué par la souffrance
Tous les matins, c'était la même chose. Je me levais en sachant que j'allais souffrir, essuyer des reproches continus... C'est peut-être pour ça que je ne me levais qu'à des heures tardives. Encore ce matin, je me demandais pourquoi j'étais sur Terre. Qu'avais-je fait pour mériter tout ce qui m'arrivait ? Je n'étais pas aimée de ma mère. Mon père, je ne l'ai presque pas connu... Il est décédé deux jours après mes 6 ans. Et ma seule raison de vivre — mon frère — était parti dans une autre ville pour son travail...
L'absence d'amour maternel
À mon frère, je lui en voulais car notre mère le préférait. Lui, il avait le droit à une maman, pas moi ! Moi, je pleurais tranquillement dans ma chambre. Maintenant, j'ai trouvé une autre solution : quand ça ne va pas, j'évacue ma douleur en écrivant.
Je me rappellerai toujours : quand j'avais 7 ans, j'avais demandé au Père Noël une maman qui m'aimerait... C'est l'un des seuls cadeaux que je n'ai jamais reçus. Certes, je n'avais pas le droit de me plaindre sur ce point : je n'avais évidemment pas tout ce que je désirais, mais elle m'achetait quand même certaines choses, comme si c'était pour se pardonner d'être aussi dure envers moi.
Grandir sous l'emprise d'une mère toxique
Aujourd'hui, j'ai 15 ans. J'ai souffert de ne jamais être aimée de mes proches. Mais le pire, c'est qu'après tout ce que j'ai vécu, j'ai l'impression d'avoir de la méchanceté en moi, de ne pas vouloir que les autres aient ce que je n'ai jamais eu. J'ai honte de dire ça, je me sens horriblement méchante...
Car ma mère refuse que j'aie des ami(e)s, que j'aie des petits copains, que je m'achète les vêtements que j'aime — c'est elle qui choisit. Enfin, ça, ce n'est pas le plus grave, après tout ce ne sont que des biens matériels. Et puis je vois mes amis en cachette, derrière son dos ; j'ai toujours peur qu'elle le découvre.
Non, en fait, le pire c'est la douleur morale qu'elle m'inflige. Les gens autour de moi disaient que j'étais mignonne... Elle, elle me dit que je suis moche. Quand on entend ça de sa mère, ça fait extrêmement mal. J'ai même cru pendant longtemps que ce n'était qu'une mère adoptive... Elle me dit que je n'arriverai à rien dans la vie — pourtant j'avais une moyenne très correcte —, que j'étais nulle. Les insultes, je ne les citerai pas... Des choses que je n'oserais même pas écrire dans mon agenda secret. De toute façon, je n'en ai pas puisqu'elle fouille dans mes affaires.
Une adolescence sans intimité
Je n'avais même pas le droit de fermer ma porte. Elle était toujours ouverte. Il fallait toujours qu'elle regarde ce que je faisais. Bref, je n'avais aucune intimité, et à 15 ans, on en a beaucoup besoin !
Mon seul recours, c'était l'ordinateur. Elle ne savait pas comment l'allumer et ne connaissait pas tout ce qu'on pouvait faire sur Internet — heureusement, sinon je ne l'aurais jamais eu. J'écrivais mes textes sur ordinateur car, sur papier, elle les aurait trouvés et lus...
Ma mère ne m'a jamais dit de sa vie qu'elle m'aimait. Aucun sentiment envers moi, ou en tout cas elle ne me l'a jamais exprimé. Mais pour ça, je ne lui en voulais pas car ce n'est pas toujours facile d'extérioriser ses sentiments. Mais ma mère est assistante maternelle, et quand elle dit des mots affectifs aux enfants qu'elle garde — et qui ne sont pas les siens — j'ai toujours des larmes aux yeux...
J'aurais juste aimé avoir une maman !!! Et pas une mère... biologique !!