
Ma chère...
Si tout ne tenait qu'à moi, j'étudierais toutes les matières qui m'intéressent, aussi bien les maths que l'histoire, que le français ou la physique. Si tout ne tenait qu'à moi, le monde ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui. Tout ne serait pas si opaque, si terrible.
Si je t'écris aujourd'hui, c'est que ma vie a changé, et je souhaite qu'elle prenne désormais un autre chemin. Trop de fois, l'esprit embrumé, les pensées dirigées vers les profonds méandres de mon âme m'ont laissé impassible face à ce qui se déroulait sous mes propres yeux. Trop de fois, je n'ai pas prêté attention aux gens, à la vie en elle-même. Mais aujourd'hui, tout a changé...
Je ne sais pas quand tu recevras cette lettre. Peut-être n'aurai-je jamais le courage de la poster, peut-être que d'ici là tout ce à quoi j'aspirais se sera évaporé. Une imperceptible et éphémère sensation d'euphorie que l'on ressent lorsque enfin on trouve sa voie.
Pourquoi je veux changer le monde
Cette voie, pour moi, c'est celle de changer le monde. Il n'y a pas si longtemps, l'un de mes professeurs a dit qu'il fallait changer sa vie avant de penser à changer le monde. Qu'il est bien égoïste, tu ne trouves pas, de passer sa vie à essayer de la changer si après le temps nous manque pour changer le monde. Alors que si l'on parvient à changer ce même monde, l'on change sa vie en même temps...
Peut-être te demandes-tu d'où me viennent toutes ces idées utopiques ? Car oui, ce sont bel et bien des utopies, mais des utopies qui méritent que l'on croie en elles.
Les images qui ont tout changé
C'est ici bien plus qu'un diaporama qui passe et repasse, bravant les aléas de mon subconscient... Mais dans un panaché de couleurs aussi vives que sombres, j'y ai vu la solitude, le feu, l'espoir et le sang, l'innocence, et jusqu'à la Terre elle-même... Évian, Gênes, Prague ou Bagdad... Des larmes aux manifestations... J'y ai revu la photo de cette jeune femme, tenant une fleur face à un soldat armé.
Se battre pour un monde plus juste... Ne plus s'arrêter devant les difficultés mais tenter, pour au final, les surmonter. Mais je continue parfois à me dire que ce n'est pas vraiment un combat, puisque les ennemis sont trop bien dissimulés et inaccessibles sur leurs royaux nuages... Ce n'est pas une rébellion, puisque cet esprit vindicatif qui se justifie quand on me mord, je l'avais déjà il y a bien longtemps...
Ne plus abandonner mes rêves de jeunesse
Trop de fois, j'ai abandonné mes aspirations. Je voulais travailler dans l'astronomie et j'aurais dû m'accrocher aux maths et ne pas laisser tomber. Je voulais être professeur de japonais et j'aurais dû continuer malgré les barrières. Je voulais être juge et j'aurais dû ne pas me décourager devant la rigueur exigée.
Alors que je croyais plutôt que des ailes salies de désillusions sont plus réelles et plus belles que des ailes parées d'un éternel optimisme utopiste...
Je voulais être beaucoup de choses que je n'ai jamais été, mais si je choisis d'essayer aujourd'hui, je ne veux pas renoncer pour quelque raison que ce soit, je ne veux pas faire demi-tour face à la première barricade dressée.
Je ne sais plus pourquoi j'ai vécu ces 16 dernières années (si, peut-être pour le WWW et encore...) mais je sais pourquoi je veux vivre celles à venir.