
Lundi 3 février 1915 : une lettre pour remonter le moral
Mon cher frère,
D'après ce que je vois, ton moral est au plus bas et ta santé ne va guère mieux. Je constate aussi, à ta façon d'écrire, que ton passage à l'École Normale se fait sentir : tu n'as en rien perdu ta philosophie, ta façon de tourner les mots avec justesse, de rendre l'histoire des faits qui sont réels.
Malgré ton malheur, tu trouves la force de nous écrire, de décrire tes conditions de vie. Sache qu'on reçoit toujours avec joie tout ton courrier, même s'il n'est pas bien gai — chose que nous comprenons.

Lettres du front vs propagande des journaux
Heureusement que tes lettres sont là pour nous montrer la vraie vie de poilu, dans les bois, voire sous terre. Car, vois-tu, les journaux comme « Le Matin » ne cessent de vanter vos offensives sans parler de la façon dont vous vivez.
Un message d'espoir et de courage
Sois vaillant, ne perds pas ton courage. Ne pense pas à la mort mais plutôt à la vie. À TA vie, celle que tu auras en rentrant, car oui, TU RENTRERAS ! Tu as toujours été courageux et « la fatalité, c'est l'excuse des âmes sans volonté » (Romain Rolland) ; et de la volonté, tu en as, non ?
Tiens, au moment où je t'écris, un rayon de soleil vient de traverser ma vitre. Non en fait, c'est ta vitre puisque je suis dans ta chambre qui est bien vide depuis ton départ.

Le lien indéfectible entre deux frères
Étienne, tu as toujours été ma lanterne, mon guide. Un exemple de grand frère pour moi qui ai toujours été un peu perdu. Je souffre avec toi, mais pourtant j'ai L'ESPOIR ; je garde en moi l'espoir et la foi qu'un jour tu reviendras, tu rentreras par la porte et crieras comme à ton habitude : « Coucou, c'est moi ! »
Et je descendrai les escaliers en courant, me jetterai dans tes bras et la guerre sera FINIE, oui, tout ça sera terminé !
Courage !
Je t'embrasse fort.
Stéphane.