
« Allez, viens » : elle n'arrêtait pas de l'entendre. Bien sûr, tout le monde irait à cette fête, mais elle, elle sortait tout juste d'un centre de toxicomanie. La drogue circulait tellement facilement et était encore si attirante à ses yeux qu'elle ne savait pas si elle pourrait résister. Ces deux mois en centre avaient été si douloureux moralement qu'elle n'avait pas envie de replonger. Elle avait déjà dû se séparer de ce petit ami si doux qui refusait de se soigner, et n'avait pas envie, elle non plus, d'en finir.
Elle n'arrêtait pas de penser à cette dernière soirée qui avait emporté son ami. Elle refusait obstinément de revivre cet enfer. Pourtant, elle accepta ; elle ne pourrait se terrer continuellement chez elle alors qu'elle n'avait que 19 ans. On se demandait souvent comment elle avait pu tomber dans cette spirale infernale, elle, la si bonne élève de Boston, la fille si adorée de tout le monde. On se rappelait alors de ce dealer qui l'avait initiée. Faut-il dire que ses yeux bleus vous envoûtaient ? Ils s'étaient aimés... Elle était sa cliente la plus assidue. Mais depuis qu'elle avait arrêté, leurs relations en avaient pris un coup. Il essayait de la faire replonger sans jamais la forcer, il savait que sinon elle se braquerait, alors il la laissait en paix. Elle s'était trouvée alors un garçon très doux, mais c'était un habitué. Lui continuait sa vie sans elle, ce qui ne l'avait apparemment pas choqué.

Une soirée sous haute tension
La soirée arriva enfin. Sa meilleure amie devait l'emmener en voiture, et elle, l'ancienne toxicomane, conduirait au retour. La soirée commença bien, sous une chaleur digne d'un été. Le ciel était dégagé et brillant. La fête se déroulait sur un bateau loué pour l'occasion par la riche organisatrice. L'alcool et la drogue étaient présents, mais sa volonté fut plus forte, du moins au début.
La tentation est trop forte
Au milieu de la nuit, elle trouva sur la table un sachet blanc. Elle ne savait que faire : elle l'évitait, le quémandait, le désirait, le haïssait, le suppliait, le détestait ; elle était perdue. Elle ne put résister, mais cela ne lui suffisait plus depuis un moment, il lui en fallait plus, toujours plus. Sa meilleure amie, bien qu'assez imbibée, était encore responsable et décida d'écourter la soirée avant qu'elle n'en trouve d'autre.
Le retour fatal
Elle ne posa aucune résistance, sachant que de toutes façons elle n'avait pas d'argent, qu'elle ne voulait plus le voir et que personne ne lui en prêterait. Elle le vit alors et comprit. Elle courut jusqu'à la voiture et prit le volant. Mais elle se souvint alors de ce que lui avait dit sa mère au cas où cela tournerait mal, et décida d'appeler son père pour plus de sécurité. Il ne tarda pas à arriver et, après avoir déposé son amie, ils rentrèrent chez eux.
Elle ne pouvait dormir. Il l'attendait, elle le savait. Elle sortit prendre l'air. Elle entendait un moteur, sûrement des jeunes rentrant de boîte de nuit. Elle le voyait partout. Au bout de la rue, elle vit des phares brillants comme ses yeux, un pare-brise, et juste derrière, deux étoiles luisaient. Alors elle le vit, ses yeux bleus ensanglantés ; les étoiles s'éteignaient. Elle sentit de la tôle froide contre son ventre, un liquide chaud parcourir son front, entendit un moteur s'élancer, un cri ; elle était bien, elle ne pensait plus, elle n'était plus.