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Essais

Les violences urbaines

Un texte ironique sur les violences urbaines qui, sous couvert d'humour noir, interroge notre rapport aux émeutes et à leurs conséquences sociales.

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** Je tiens avant tout à signaler que ce texte est bien entendu purement ironique. **

Nous vivons à une époque formidable : voyez les esprits admirablement raisonnables que le monde moderne a forgés ! Plus de manifestations bruyantes au milieu de la journée, en clamant haut et fort que la vie est injuste (en des termes bien moins pardonnables). Non. Maintenant, on préfère faire ça la nuit. C'est plus prudent, et ça dérange moins les gens pendant leur travail.

Et puis, comme s'en prendre à l'État ne servirait à rien — les dirigeants ont autre chose à faire ! — on préfère s'en prendre aux voitures des particuliers. C'est bien normal, et ça leur apprendra à laisser leur voiture dehors : ils risquaient de se les faire voler ! Maintenant, au moins, ça n'arrivera pas. Et puis, les voitures, c'est bien ! Puisqu'au moins il y en a moins, on aura moins de pollution les jours suivants. Les jeunes ont trouvé la solution : les voitures sont trop polluantes ? Brûlez-les !

Ensuite, puisqu'on a brûlé les voitures, autant en finir avec les abris-bus : puisque les travailleurs ne pourront plus se déplacer avec des véhicules à moteur, ils prendront l'air, et leur vélo ! Enfin, tant qu'on ne l'a pas incendié...

Comme il faut bien finir le travail, c'est bien normal de supprimer les écoles : de toute manière, il n'y a plus de voitures pour y amener les élèves, donc on peut garder bonne conscience.

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Bien entendu, dans une société aussi parfaite que la nôtre, il est normal que de jeunes gens si remarquables aient pensé à tout. L'État n'écoute pas leurs revendications ? Qu'à cela ne tienne ! Il n'est donc plus nécessaire de les donner !

Ces génies, donc, veulent également le bien de l'humanité. La modernité nous rend aveugle à la misère ? Il faut donc revenir à l'ancienne méthode : les communications, par exemple, sont trop sophistiquées ; revenons aux bons vieux signaux de fumée : cela donnera en plus une nouvelle raison d'être aux voitures brûlées. Ça coûte un peu cher le texto, mais c'est pour la bonne cause.

Héros, ils veulent l'être jusqu'au bout : ils relancent l'économie, tout du moins le marché des automobiles, et réduisent par la même occasion le chômage. Forcément, maintenant, on manque de pompiers, de policiers, et d'employés Renault !

Malgré ces raisons évidentes de louer nos héros, nos génies incendiaires, certains titilleurs leur trouveront encore des torts. Mais lesquels ? Même si tous ne veulent pas notre bien, il y a encore mille raisons pour tout faire brûler ! Dans leurs maisons, ils s'ennuient. La meilleure solution est évidemment d'organiser un barbecue géant ! Et dans les cités, le bois ne court pas les rues... Le charbon non plus, d'ailleurs ! Alors il faut trouver d'autres combustibles...

Et ils s'inquiètent de la sécurité de leurs petits frères (et sœurs) : on les laisse se balader à n'importe quelle heure du soir. Ça n'arrivera plus, puisque grâce à eux, on a maintenant un couvre-feu qui assurera la sécurité de ces chères têtes blondes.

Après avoir lu cet article, qui donc osera se lever et dire sincèrement que la dégradation urbaine actuelle n'est pas en tout point admirable ?

Car c'est réellement incontestable : nous ne pouvons que louer ces braves perturbateurs urbains, ces bienfaiteurs de génie !

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tribondeau
Valhya Cedurna @tribondeau
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