
Pour moi, les vacances, ça a toujours été le moment de l'année où l'on se lâche, où la vie est belle, où tout le monde il est gentil, tout le monde il est beau, mais surtout tout le monde il est drôle.
Cette année, ERREUR !
Petite remontée dans le temps (bzzzzt bzzzzt — bruitages hautement bruités du vortex temporel). Voilà, nous y sommes : j'ai 14 ans et je teste pour la première fois les vacances entre copines. Terriblement envie de changement, mais surtout terriblement fauchées, nous optons pour un lieu près de chez nous où se trouve (alléluia) une grand-mère sourde avec une grande maison. Direction : Capbreton.
Ah, Capbreton, station balnéaire spéciale beaufs, moules-frites, bunker à l'horizon et plage bétonnée. Berk. Mais le miracle, c'est qu'à quelques 20 minutes de marche à pied se trouve la ville qui berce nos rêves d'adolescentes stupides, le lieu qui nous a fait espérer toute l'année, mesdames et messieurs : Hossegor.
Et là, c'est le début de mes vacances.
En tant qu'adolescentes stupides, comme je l'ai dit plus haut, nous ne rêvons que de bronzage, de garçons, et de ricaner bêtement et de façon quasi constante.
Les nuits se succèdent donc, époque bénie où l'on courait sur la plage poursuivies par un claqueur de tongs terrifiant, où nous attachions des anglais bourrés au drapeau avant de leur raser les jambes, où la norme était de s'entourer de papier toilette enflammé avant de se jeter dans l'eau. Formidable période où les vigiles esseulés nous prêtaient leur talkie-walkie et où nous nous retrouvions par groupe de trente pour hurler des chansons de The Exploited.
Bref, un paradis pour jeunes niais et légèrement éméchés. Mais après trois ans de bonheur, le paradis n'est plus. Pleurons-le.
BZZZZZZZZZZZZZZT BZZZZZZZZZZZZZT (bruitages toujours hautement bruitesques du même vortex temporel, mais dans l'autre sens).
Aujourd'hui, Hossegor n'est plus le même. La plage est devenue un lieu où les jeunes peuvent se diviser en deux catégories : les pseudo-surfeurs, et les dealers.
Si les deux groupes sont tout aussi énervants, le premier a au moins le mérite d'être inoffensif.
Le pseudo-surfeur, c'est celui qui ne s'est pas encore remis de Brice de Nice, et qui fait marrer toute la plage en partant à l'eau avec son bic de location, à marée haute et drapeau vert (comprendre : vagues inexistantes). Il s'ennuie une heure sur sa planche et revient, tout mouillé et tout content, pour faire le beau au milieu de ses trois copines rougeoyantes, qui le scrutent depuis leurs serviettes, et applaudissent dès qu'il se retourne. Là, il est content, parce que ce soir il va pouvoir choper et que ça amortit les 15 euros de la location à la journée.
Or, quand le pseudo-surfeur fait marrer toute la plage dès qu'il apparaît, le dealer, lui, la rend surtout morne et endormie.
Car le dealer, mesdames et messieurs, n'apparaît qu'à la nuit, survêtement Lacoste et casquette vissée sur le crâne, pour arpenter la plage en long, en large et en travers, tournant pernicieusement autour de chaque petit groupe pour leur vendre ce que j'appellerais pieusement du Carambar. Du coup, aujourd'hui, les jeunes ne s'amusent plus. Ils fument. Et nous, désespérés, on ne passe plus 30 secondes sans qu'un quelconque jeune dégingandé ne vienne quémander une feuille, une boulette, un joint. On a beau dire, c'est énervant. Et le dealer continue de passer.
On me dira sûrement que je suis nostalgique. C'est vrai. Mais le jeune d'aujourd'hui a changé.
Moi, j'aime pas. Du coup, il faut que je change d'endroit.