
Je me suis longtemps demandé s'il existait une sensibilité musicale innée. J'ai aujourd'hui trouvé ma réponse : la voici. J'attends vos réactions avec impatience.
Nos goûts musicaux sont-ils innés ou acquis ?
Je ne pense pas que la musique touche la sensibilité de certaines personnes et pas d'autres. Je ne crois pas que certains soient naturellement enclins à écouter du rap, d'autres du classique, et d'autres du metal. Je ne crois pas non plus que chacun ait ses propres goûts, quels qu'ils soient. Je crois plutôt à la théorie comportementaliste selon laquelle nous sommes influencés par le monde qui nous entoure.
Mais il ne s'agit pas d'une simple influence de base du type : j'entends une chanson à la radio, puis à la télé, puis je vois mes amis l'écouter, alors je me mets à l'écouter à mon tour.
L'influence inconsciente de notre environnement musical
Je parle d'une influence inconsciente sur nos faits et gestes, au quotidien. Une influence si profonde qu'elle aliène notre conscience en lui donnant l'illusion de posséder une liberté de choix et d'action.
J'en veux pour preuve mon expérience personnelle : j'ai été baigné pendant huit ans dans le monde de la musique classique au conservatoire de Nice. J'ai appris à jouer de la guitare et à maîtriser le solfège. J'ai cultivé mon oreille au contact de toutes les périodes de la musique ancienne (du baroque de Vivaldi jusqu'au dodécaphonique de Messiaen).
On m'a souvent répété que je possédais d'excellentes capacités auditives (je savais accorder mon instrument à l'oreille sans diapason), mais que j'étais trop fainéant et que je me complaisais à jouer comme un amateur. C'était vrai : je préférais perdre mon temps sur ma Super Nintendo à jouer à DBZ plutôt qu'à m'entraîner sur la quatrième leçon des « Etudes d'Albinoni ».
Du classique au rock : quand les goûts musicaux basculent
La musique que j'écoute aujourd'hui est pourtant assez différente de ce que j'étudiais il y a encore trois ans. Je suis plutôt rock'n'roll, hard rock, punk (durant sa bonne période) et metal progressif.
À l'époque, il me semblait évident que ce goût pour le hard rock venait d'un choix purement personnel. Puis j'ai réalisé que, parallèlement à mes études, je voyais souvent mon oncle — un vrai mordu de ce mouvement musical. Je suis convaincu que c'est de là qu'est partie cette influence. Dans ma famille, personne n'écoutait assidûment de musique sauf lui. Mes parents m'avaient inscrit au conservatoire par hasard, et non pour faire de moi un musicien classique en herbe.
L'impact du cercle familial et social sur nos préférences
Vous me direz peut-être que si je me suis mis à écouter cette musique plutôt qu'une autre, c'est parce que ma sensibilité naturelle m'y a porté. Pourquoi le rock et pas le classique, la variété française, le rap ou autre chose ? Je vous réponds...
Mes amis étaient comme moi. À part les plus passionnés (très soutenus et motivés par leurs parents), les autres ne supportaient plus le classique. Le milieu était trop compétitif, trop sélectif. Si nous avions suivi les devoirs imposés à la lettre, nous n'aurions pas vécu une enfance libre et agréable. Nous nous repliions tous sur les goûts musicaux de notre entourage. Si notre grand frère écoutait du rap, alors on écoutait du rap. Si ça avait été du reggae, ça aurait été du reggae.
Ceux qui ont suivi les devoirs intégralement sont devenus les passionnés — c'est ce que l'établissement recherchait. Mais pour la plupart d'entre nous, les passions imposées par les parents, même si elles devenaient authentiques par la suite, ne nous intéressaient pas.
Quand le plaisir musical revient après la pression du conservatoire
Aujourd'hui, j'ai mon propre groupe de rock. Et maintenant que je ne suis plus sous le joug du conservatoire, figurez-vous que j'écoute beaucoup plus de musique classique qu'avant — en y éprouvant un réel plaisir cette fois. Étrange, non ?
Conclusion : nos goûts musicaux sont-ils vraiment les nôtres ?
Voilà comment la musique que nous écoutons ne résulte ni d'un choix ni d'une sensibilité originelle quelconque. La sensibilité vient toujours après une influence. Quant au choix, il s'agit d'une bonne farce. C'est ce que je pense.
Libre à vous de penser le contraire, mais faites d'abord appel à votre esprit critique — aussi bien sur cet article que sur votre propre expérience.