
Chapitre 10 : Histoire de monde
Le voyage ne dura qu'une fraction de seconde, le temps d'un battement de paupière. Quand nous rouvrîmes les yeux, nous étions dans une nouvelle dimension. Et ce que je vis restera gravé à jamais dans ma mémoire. Le noir, la mort, la désolation suintaient de chaque élément de cet univers. Il n'y avait ni animaux ni fleurs. Il n'y avait même aucun bâtiment, juste une grande plaine noire, recouverte de caillasse avec, par endroits, des pics rocheux tranchants. Même le ciel n'était pas accueillant ; lui aussi était sombre et menaçant, comme si un orage se préparait.
« Alors comme ça, c'est ici que vivent les Eristas ? » demandai-je à Elodie.
« Je n'en sais rien. Comme je te l'ai déjà dit, personne ne sait où elles se cachent. Ce monde-ci n'est qu'une étape.
— Mais qu'est-il arrivé ? Tant de désolation... Est-ce que des gens vivent ici ?
— Oui, ils vivent sous terre cependant. C'est un peuple très étrange, mais ils ne sont pas agressifs. Je dirais même qu'ils sont devenus très craintifs à force de vivre repliés sur eux-mêmes. Ce sont des Ertafs. Peut-être en croiserons-nous sur le chemin.
— Mais tu ne viens pas de me dire qu'ils vivaient sous terre ? » demandai-je, perplexe.
« Ils vivent bien sous terre, mais leur mets préféré, lui, n'y vit pas ! Ils raffolent de sauterions ! Imagine un gros champignon qui passe sa vie à sauter ! C'est très drôle de voir les Ertafs en train de chasser le sauterion ! Un jour, nous reviendrons et je te le montrerai », me promit-elle.
« J'ai une autre question à te poser. En fait, c'est plus une explication : comment avons-nous fait pour changer de dimension ?
— Disons que c'est une technique d'un niveau assez élevé. Alors je préférerais ne pas en parler. Si tu veux, quand tout cela sera terminé, nous en reparleras. Tu veux bien ?
— Ai-je vraiment le choix ? » répondis-je, un peu déçue.
Mais elle ne m'écoutait pas ; elle avait sorti de son sac le localisateur GPS qui nous permettrait de suivre Eric et, par la même occasion, les membres du conseil.
« Il y a une chose que je ne comprends pas, continuai-je. Comment saurons-nous vers quelle dimension ils se dirigent ? » demandai-je, un peu inquiète.
« Eh bien, Eric me donnera l'info dès qu'il l'aura par communication mentale. Ou si, comme nous le pensons, il n'accède à l'information qu'au moment de partir, il lâchera un certain nombre de billes de couleur sur le sol afin de nous indiquer leur destination.
— Et à quoi servent les billes de couleur ?
— Oh, ce n'est pas la couleur qui nous intéresse, mais leur nombre ! Je m'explique : il y a douze autres univers parallèles au nôtre. Chaque numéro correspond donc à un univers précis. C'est assez simple comme système, non ?
— Oui, en effet. Ainsi, cela nous permettra de le suivre aisément. Dans quel monde sommes-nous ?
— Le numéro treize. C'est le dernier monde, le plus sombre. En y réfléchissant, c'est une assez bonne hypothèse : les déesses du chaos vivent dans un monde de désolation.
— Oui... Quel est le premier monde ? » J'avais un soudain intérêt pour cette histoire de monde et de chiffres.
« Le premier monde est celui de notre créateur. C'est le plus pur de tous. La Terre n'est que le cinquième monde.
— Et il y a des hybrides dans chaque monde ?
— Oui, mais ce sont des hybrides caractéristiques aux espèces vivant dans ces univers. Pour t'expliquer cela simplement : si le monde possède comme espèce la plus intelligente des dauphins, alors les hybrides seront des dauphins. Tu comprends ?
— Oui, oui, continue, s'il te plaît !
— D'accord. Les mondes sont ensuite classés par leur degré de pureté. Celui-ci est calculé par rapport à la pollution, aux caractères plus ou moins bons de ses habitants... En gros, plus un monde est beau, respectueux de sa nature, et que ses habitants respirent le bonheur, plus il est haut placé. Tu vois le résultat assez clairement. Ce monde-ci, appelé le monde des pleurs, est le dernier monde. Personne n'a envie de vivre ici ; ses habitants ne rêvent que de partir dans un monde meilleur.
— J'imagine. J'ai l'impression d'avoir perdu ma capacité de rire.
— Ah oui, j'ai oublié de te le dire : l'air d'ici n'est pas très sain et donne souvent cette impression de ne plus pouvoir rire. Ça passera ! » me dit-elle en riant.
« Et est-ce que tous les mondes sont habités ?
— Non, seulement neuf mondes le sont : le premier, le deuxième, le troisième, le cinquième, le sixième, le huitième, le neuvième, le douzième et le treizième. Le quatrième, le dixième et le onzième sont déserts. Cependant, chaque décennie, une équipe fait une expédition de reconnaissance afin de voir si la vie s'y développe. Le deuxième monde est peuplé depuis seulement cent ans ; c'est très beau là-bas. J'y suis passée quelques temps après le décès de Jared. »
Elle semblait mélancolique à présent. Je la laissais avec ses pensées et nous continuâmes à marcher en continuant de suivre Eric et le conseil. Nous ne les suivions pas de trop près afin d'éviter d'être remarqués. Comme le silence devenait pesant, je posai une autre question.
« Comment se fait-il que les mondes déserts ne soient pas tous classés en dernier ?
— Eh bien, parce qu'un monde qui est désert n'est pas forcément inhospitalier ! J'ai fait partie de l'expédition qui a exploré le quatrième monde il y a cinq ans de cela. Il n'y a rien que des fleurs et du vent ; aucune autre vie n'est présente. Cependant, les deux autres ne sont que de grands déserts. Mais l'air n'y est pas vicié et le ciel n'y est pas menaçant. C'est pour cela qu'il y a encore deux mondes habités après ceux-là. »
Elle s'arrêta.
« Eric me signale qu'ils resteront ici pour la nuit. Installons notre bivouac. »
Une heure plus tard, nous avions terminé d'installer notre campement. J'allais poser d'autres questions quand Elodie me coupa dans mon élan, préférant se reposer que de continuer à discuter. Je m'installai dans mon sac de couchage et je sentis la fatigue me gagner ; en peu de temps, je dormais.
J'avais l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes quand Elodie me secoua vivement pour me réveiller. Il nous fallait partir. Nous rangeâmes donc le campement et recommençâmes à marcher. Au bout d'un moment, Elodie me dit qu'il nous fallait changer de monde. Nous refîmes les mêmes gestes que la veille et, en aussi peu de temps, nous avions changé d'endroit.
Nous arrivâmes dans un monde complètement différent, rempli de couleurs vives, de fleurs et de soleil. L'air était empli de senteurs telles que le miel, la mer et le parfum des fleurs. Elodie m'informa que nous nous trouvions dans le troisième monde. Nous y passâmes plusieurs jours ; nous suivions toujours Eric et le conseil. Apparemment, leurs recherches n'aboutissaient à rien et nous changeâmes de monde encore une fois. En deux semaines, nous avions changé trois fois de monde : après le troisième monde, nous sommes allés dans le septième monde. Celui-ci était beaucoup moins beau que le troisième. Je me serais crue à New York un jour de pluie : les autochtones étaient peu hospitaliers et facilement irritables. Nous fîmes beaucoup de voyages dans ce monde ; celui-ci était composé de trois continents : le plus grand est situé au milieu des autres, plus petits, qui se situent chacun à un pôle. Nous avions parcouru celui du pôle nord et le plus grand ; nous étions aujourd'hui sur les chemins du continent situé au pôle sud.
« Tu crois que nous en avons encore pour longtemps ? Cela fait six jours que nous sommes ici », demandai-je à Elodie, complètement épuisée.
« Tant qu'ils n'auront pas les informations qu'il leur faut, nous resterons ici. Je sais que tout ça te semble long, mais c'est nécessaire pour retrouver Lucas !
— J'espère qu'il va bien, il me manque...
— À moi aussi », me dit-elle d'un air lointain.
Eric nous donnait régulièrement des informations sur l'évolution de la mission. Mais pour le moment, il n'y avait rien de nouveau. Les membres du conseil se servaient du peu d'informations qu'ils avaient pu récolter au fil des années. Deux jours auparavant, Eric nous avait dit qu'il était prévu de rester ici pendant encore trois jours. Donc, si mes calculs étaient bons, nous devrions partir le lendemain pour un autre monde. Je me demandais quel monde suivrait quand Elodie interrompit ma rêverie :
« Eric m'informe que nous partons maintenant. Ils viennent d'avoir de nouvelles informations ; il me dit qu'ils savent dans quel monde les Eristas se trouvent !
— Oh, mais c'est génial ! On va enfin pouvoir sauver Lucas !
— J'ai dit qu'ils avaient trouvé le monde, pas le moyen de vaincre les Eristas. Je suis désolée de te dire ça, et cela me fend le cœur, mais Lucas n'est pas encore sauvé.
— Je sais bien. Il y a quand même de l'espoir. Dans quel monde allons-nous ? » demandai-je, curieuse.
« Le quatrième. Nous allons dans le quatrième monde ! »
Chapitre 11 : Le quatrième monde
Le passage entre les mondes m'était à présent familier. En un battement de cil, nous étions arrivés dans le quatrième monde, leur monde. Mes membres tremblaient, et ce malgré le soleil qui rayonnait. Je tremblais de peur, peur de les rencontrer, et surtout peur de perdre Lucas.
Le quatrième monde était plein de couleurs vives. Sous mes yeux s'étalaient du bleu, du jaune et du rose foncé. Au loin, on pouvait voir de grands arbres d'un orange éclatant avec une forme qui ne correspondait pas vraiment aux arbres de notre dimension. On entendait des chants au loin ; j'aimais leur son, je me sentais apaisée. Mais comment les Eristas pouvaient-elles vivre dans un monde si éclatant, un monde où la joie était présente dans chaque élément ? Je n'eus cependant pas le temps de me poser plus de questions ; le temps nous était compté et il fallait libérer Lucas le plus rapidement possible. Plus vite nous aurions trouvé le repaire des Eristas, mieux ça vaudrait. Je regardais Elodie ; elle aussi paraissait pressée de partir à leur recherche.
« Tu n'as vraiment aucune idée de la façon de les vaincre ?
— Il y a bien des hypothèses sur la façon de les tuer, mais comme personne n'a pu les approcher assez près pour essayer, elles restent des hypothèses...
— Je vois. Les anciens n'ont pas plus d'idées ?
— Hélas non. Mais il faut que cette menace s'éteigne. Cela fait des millénaires que ces créatures détruisent des mondes sans se soucier des conséquences. Il faut qu'elles paient pour leurs actes.
— Je suis bien d'accord, mais pour le moment, le problème reste entier. Personne ne sait comment les vaincre de façon efficace », dis-je avec désespoir.
« Rachel, je sais que tu t'inquiètes pour Lucas. Je constate que le lien entre vous est fort. Sois forte, pour lui », dit-elle de façon bienveillante.
Ce voyage m'avait rapprochée d'Elodie. Je ne savais pas si cela durerait, mais pour le moment, c'était mon seul soutien.
Nous continuâmes à marcher sans parler, elle réfléchissant sans doute à un moyen de vaincre les Eristas, moi pensant à Lucas. La nuit dernière, il avait encore hanté mes rêves. Il était dans un piteux état, dans une geôle sale où il ne pouvait se tenir en position allongée. Son visage exprimait la peur et la fatigue. Mais il semblait fort ; il n'avait pas perdu sa combativité. Ce point me rassurait et j'espérais au fond de moi que ce rêve signifiait qu'il était vivant.
Lucas
Encore un rêve avec Rachel. Elle avait l'air en forme mais inquiète. Mais pourquoi s'inquiète-t-elle ? Pour moi ? Cela m'étonnerait. J'ai été tellement méchant en la quittant ce soir-là... J'ai regretté mes mots dès qu'ils étaient sortis de ma bouche. En marchant vers mon hôtel, je m'étais dit que j'irais m'excuser le lendemain matin. Mais je n'en ai pas eu l'occasion.
Je n'ai pas réagi assez vite. Je me sentais suivi, un sixième sens que j'ai. Mais j'étais préoccupé par la réaction de Rachel. C'est quand je les ai entendus juste à côté de moi que je compris mon erreur.
« Le voilà, notre bel Apollon blond.
— C'est vrai que tu es très beau, Lucas.
— Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Aurais-tu peur ? Tu sais qui nous sommes, n'est-ce pas ?
— Oui, je le sais. Ma mère m'a dit des choses sur vous, d'horribles choses.
— Tout de suite les grands mots », dit la plus grande avec un sourire aux lèvres.
« Nous ne pouvons lutter contre notre nature. Certaines choses que font les humains nous semblent horribles », dit la seconde.
« Nous ne détruisons pas des mondes...
— Nous ne sommes pas là pour parler de ce qui est bien ou pas », reprit la seconde. « Nous avons un marché à te faire, hybride.
— Nous pouvons te donner des pouvoirs que tu n'imagines pas. Tu serais la plus puissante créature de ce monde après nous. Pour les acquérir, il te faudra nous livrer l'élue.
— L'élue ? Je ne connais pas d'élue !
— Bien sûr que si, tu la connais. Nous vous avons vus vous disputer ce soir », dit la première en riant.
« Rachel ? Qu'est-ce que vous lui voulez ? Jamais je ne vous laisserais lui faire du mal !
— Oh, mais voilà un gentleman. Seulement, nous ne te donnons pas le choix. Fais-le, ou tu meurs.
— Alors je mourrai », dis-je résigné.
« Bien. C'est ton choix. »
Et à partir de là, le noir. J'ai d'abord cru que j'étais mort, vraiment mort. Je ne sentais aucune partie de mon corps, je ne pouvais plus bouger.
Puis plusieurs heures, jours ou semaines passèrent, et elles vinrent me voir. Là, je sus que ce qui m'attendait était pire que la mort.
« Comme tu n'as pas voulu nous la livrer, eh bien c'est elle qui viendra à nous », dirent-elles en sautillant, telles deux petites filles dans une cour de récréation.
« De quoi parlez-vous ? » dis-je, m'étonnant de pouvoir parler.
« L'élue, bien sûr ! Nous sommes allées la voir et nous lui avons dit que nous t'avions avec nous !
— NON ! Vous n'avez pas le droit !
— Tu nous aideras encore. Cette nuit, nous avons pris le contrôle de tes rêves. Nous lui avons dit que tu souffrais. Elle viendra encore plus vite. Comme j'ai hâte ! »
Je me mis à hurler, un hurlement à vous glacer le sang, un hurlement qui les fit fuir. Quelle horreur ! Rachel, Rachel, que fais-tu ? J'aimerais tellement lui dire de ne pas venir, de rester au chaud en France, et de me laisser croupir ici. Je l'aime tellement ; je mourrais s'il lui arrivait quelque chose.
Depuis ce moment-là, j'attends. J'attends de l'aide, de savoir si Rachel est vivante, où elle est et avec qui. J'aimerais tant avoir ces réponses.
Rachel
Décidément, ce monde est vraiment surprenant. Aujourd'hui, j'ai vu un animal vraiment bizarre : un mélange entre un lion et un écureuil. Imagine un écureuil géant avec une énorme crinière et une queue énorme qui vient vous voir et vous lèche de haut en bas. Expérience très étrange. Ce monde est fascinant ; j'espère pouvoir y revenir un jour pour pouvoir lister toutes les espèces animales qui y vivent.
Mais ce n'était pas le sujet. Elodie s'inquiétait beaucoup du fait de ne plus localiser Eric et les anciens. Nous les avions perdus depuis plus d'une heure. Nous poursuivions notre route en direction du nord (enfin, s'il y avait un nord dans ce monde), là où ils se dirigeaient avant la perte du signal.
Nous continuâmes notre route pendant plus d'une heure quand Elodie tomba à terre devant moi. Je me précipitai vers elle.
« Tu vas bien ? »
Pas de réponse. Je la secouais un petit peu et, n'ayant pas de réaction, je la mis sur le dos. Et là, je vis pourquoi elle ne me répondait pas. Ses yeux étaient complètement révulsés et elle bavait. C'est à ce moment-là que j'entendis un bruit derrière moi. Au même moment, je sentis quelqu'un qui tentait de s'introduire dans mon esprit. Je le bloquai, puis j'entendis une voix derrière moi :
« Bonjour, Rachel ! Enfin nous vous trouvons !
— Richard ! »
Chapitre 12 : L'élue
Aïe, les ennuis commencent.
« Richard !
— Bonjour, Rachel. Tu as l'air en forme !
— Qu'avez-vous fait à Elodie ? » dis-je avec colère.
« Rien de grave, ne t'inquiète pas pour elle. Elle sera sur pied d'ici quelques minutes. Je me devais simplement de lui rappeler l'importance d'obéir à ce que je dis.
— Vous l'avez mise à l'écart des recherches pour retrouver son fils !
— Oui, et j'avais de bonnes raisons pour le faire », dit-il calmement. « Elle ne peut pas être parfaitement concentrée en sachant que son fils est en danger. De plus, elle te met en danger. Ta formation n'est pas terminée ; elle connait ton importance pour notre communauté et n'en a pas tenu compte. »
Je ne compris pas de quoi il parlait. Je m'inquiétais pour Elodie mais aussi pour le sort qui nous serait réservé.
Les soldats se mirent à la tâche pour installer un campement provisoire. Une tente majestueuse fut montée rapidement en direction du nord du campement. Elle était sûrement destinée à Richard. À quelques mètres de moi, Elodie se remettait doucement de la punition de Richard.
« Tu vas bien ? » lui demandai-je, inquiète.
« Oui, ne t'inquiète pas. C'est très impressionnant mais pas très grave pour la santé », dit-elle en se rapprochant de moi. « La question est de savoir si toi, tu vas bien. »
Sincèrement, ce n'était pas la grande forme. Je sentais que mes nerfs n'allaient pas tarder à craquer. Lucas, les Eristas, la santé d'Elodie et maintenant mon importance dans la communauté des hybrides que je ne comprenais pas.
« À vrai dire, ce n'est pas la grande forme. Je ne sais plus où j'en suis », répondis-je dépitée. « En quoi suis-je importante ?
— Qui t'a dit ça ? » dit-elle, alarmée.
— Richard.
— Je me doutais qu'il finirait par faire une bêtise de ce genre.
— De quelle bêtise parles-tu, Elodie ? » dit Richard derrière nous.
« Je ne lui annoncerai pas. Tu as voulu qu'elle soit au courant, c'est à toi de lui dire », répondit sèchement Elodie.
« Très bien. Rachel, voudrais-tu bien me suivre dans ma tente ?
— À condition qu'Elodie vienne avec nous !
— À ta guise. Plus on est de fous, plus on rit ! »
Nous le suivîmes à travers le camp en direction de sa tente. Arrivés à l'intérieur, il s'assit sur son siège puis nous fixa.
« Est-ce que quelqu'un va enfin se décider à me dire la vérité ! Je ne peux plus supporter ces mensonges ! » m'écriai-je.
« Calme-toi, ma chère enfant. Rien ne sert de t'énerver comme cela. Tu ne résoudras rien en te mettant dans des états pareils », dit Richard calmement.
« Excusez-moi, Richard, mais je pense que vous seriez dans le même état !
— Je comprends, Rachel, mais Richard a raison, il faut que tu te calmes », rétorqua Elodie sèchement.
« Ok, ok, je vais me calmer. Mais je ne veux plus de mensonges, s'il vous plaît.
— Bien. Je te propose de t'asseoir, ça risque d'être long », me dit Elodie.
Commença alors un récit que je ne m'attendais pas à entendre. Richard commença son récit par des choses que je connaissais : la création de notre espèce par un extraterrestre et notre fonction sur la Terre. Puis il passa au combat avec les Eristas depuis le début. Je commençais à m'impatienter quand il arriva à quelque chose que je ne connaissais pas.
« Un jour, notre père nous dit cela : "Un jour viendra une jeune femme, une hybride comme vous tous. Elle sera la clé de la victoire contre nos ennemis. Vous la reconnaîtrez car un pouvoir s'échappera d'elle comme jamais cela n'aura été vu auparavant. Des capacités que vous avez mis des années à contrôler, elle les contrôlera en quelques mois. Faites attention à elle ! Elle est la clé, elle est l'élue." »
« Je ne comprends pas en quoi cela me concerne, Richard !
— Mais parce que c'est toi l'élue ! L'élue décrite par notre créateur, c'est toi. Tu as un pouvoir que tu ne soupçonnes même pas.
— Vous devez vous tromper. N'est-ce pas, Elodie ? Dis-lui comment tu m'as sauvée la dernière fois devant les Eristas. Si j'étais celle que vous prétends que je suis, j'aurais pu les vaincre seule.
— Mais c'est ce qui s'est passé, Rachel. Quand je suis arrivée, un grand éclair est apparu et a fait fuir les Eristas. Je n'ai rien fait.
— Mais... »
Je ne pus répondre à cela. C'était trop pour moi. Tout s'emboîtait en finalité. Mes pouvoirs, contrôlés rapidement, et, et l'enlèvement de Lucas, sûrement... Est-ce à cause de moi que Lucas a été enlevé ? demandai-je d'une voix faible, abattue par ce que je venais d'apprendre.
« Nous pensons que oui. Les Eristas cherchent à te détruire. Lucas est un appât, un fabuleux appât, je dois dire, étant donné que, malgré ce que j'avais dit, vous êtes ici toutes les deux.
— Elodie ?
— Rachel ?
— Tu le savais ? lançai-je dans un souffle.
— Oui... Je suis désolée, je n'aurais pas dû, mais depuis que Lucas a été enlevé, je ne suis pas dans mon état normal », dit-elle tristement.
— Tu aurais dû me le dire », répliquai-je sèchement en sortant de la tente.
J'étais folle de rage. Comment avait-on pu me cacher une chose pareille ? Je ne comprenais même pas ce qu'était mon rôle, comment étais-je sensée vaincre les Eristas ? D'un coup, je me sentais encore plus coupable de l'enlèvement de Lucas. Lui, mon meilleur ami (enfin, pour le moment, je ne sais toujours pas ce que je ressens), enlevé par mes ennemis héréditaires pour m'attirer dans leurs griffes et me détruire.
J'avais des problèmes, de gros problèmes, mais restée prostrée ne me servirait à rien. Je revins vers la tente de Richard d'un pas décidé avec une idée en tête.
« Allons libérer Lucas. Jetons-nous dans les griffes des Eristas ! »